Amérique latine : quel bilan pour le « virage à droite » ? Amérique latine : quel bilan pour le « virage à droite » ?
Les peuples d’Amérique Latine abandonnent progressivement les leaders de gauche qui avaient fait leur fierté et mené le continent lors des années 1990 pour... Amérique latine : quel bilan pour le « virage à droite » ?

Les peuples d’Amérique Latine abandonnent progressivement les leaders de gauche qui avaient fait leur fierté et mené le continent lors des années 1990 pour s’orienter vers des politiques plus favorables à la mondialisation et moins susceptibles, a priori, de s’embourber dans des scandales politiques retentissants. Mais à bien y regarder, on constate que les causes de ce virage à droite sont avant tout spécifiques à chaque pays, ce qui nous interdit de parler d’une unique nouvelle grande politique. Dans certains pays encore, comme au Brésil, ces gouvernements, de même obédience que ceux des années 2000, sont embourbés dans divers scandales et situations inextricables, et ne profitent plus du soutien de la population qui leur était auparavant acquise.

 

Argentine : les élections de 2015 mettent fin à 12 ans de kirchnerisme

Nestor Kirchner (2003-2007) puis sa femme Cristina Kirchner (2007-2015) ont été à la tête de l’Argentine et ont mené, après la vague néo-libérale des années 1990, une politique de gauche favorable à la redistribution. Le bilan en demeure contrasté, étant donné que l’Argentine a été impactée par la crise mondiale à partir de2011 : l’extrême pauvreté est en recul et le pays a connu une croissance de 9% entre 2003 et 2010. La population a accueilli favorablement les nouvelles aides sociales des Kirchner après les coupes budgétaires des années 1990. Cristina Kirchner appelle la décennie des années 2000 la « décennie gagnée » après celle « perdue » des 1990. Mais le bilan de Cristina est entaché par des scandales et mauvais résultats : scandales des chiffres de croissance truqués, détournement d’argent, mort mystérieuse d’un procureur qui formulait de graves accusations contre la présidente, combat juridique avec des fonds vautours, gangrène de la corruption… Son dauphin à l’élection de 2015, Daniel Scioli, semble avoir été pénalisé par l’héritage judiciaire de sa prédécesseur. Il s’incline au second tour devant le centre-droit libéral Mauricio Macri, qui semble incarner une vague de modernité et de renouveau après la décennie Kirschner. Malgré son implication le scandale des Panama Papers, ses premières mesures sont encourageantes : réforme des agences de statistiques pour des chiffres plus crédibles, désamorçage d’une situation explosive avec des marchés financiers qui boudaient l’Argentine, fin du contrôle des changes de Kirchner, ouverture commerciale…

Pour tout connaître des difficultés que l’Argentine a connues ces 25 dernières années, c’est par là ! http://major-prepa.com/geopolitique/largentine-un-pays-neuf-qui-a-decu/

 

Cristina Kirchner et Mauricio Macri

 

Bolivie : première défaite électorale pour Evo Morales

Evo Morales est le président de la Bolivie depuis 2006 et il en est à son troisième mandat. Il a bâti ses politiques sur le principe de défenses des Indiens, de lutte contre l’hégémonie des Etats-Unis -qui voient d’un très mauvais œil sa proximité avec le Venezuela et Cuba-, et de nécessité de nationaliser l’appareil économique. Ses discours en faveur de la protection du climat et de la défense des plus pauvres en font un des leaders reconnus de la gauche altermondialiste et une icône dans son propre pays, qui l’élit trois fois au plus haut poste de l’État avec des scores avoisinant les 60%. En 2016, Evo Morales propose un référendum constitutionnel qui lui aurait permis de briguer un quatrième mandat : la proposition est rejetée à 51%. Cette première grande défaite du président marque un tournant dans l’opinion populaire qui retire progressivement son soutien à un président qui a fait son temps.

 

Evo Morales

 

Le Pérou : l’héritage d’Alberto Fujimori toujours prégnant

Alberto Fujimori est président du Pérou de 1990 à 2000. Bien qu’il ait rétabli la santé du pays via des politiques néolibérales -en reniant ses promesses de campagne- ses mandats sont marqués par deux scandales qui lui valurent une peine de 25 ans de prison qu’il purge aujourd’hui. Il est accusé d’avoir stérilisé de force près de 330 000 femmes indigènes pour limiter la croissance démographique et d’avoir violé les droits individuels de milliers de Péruviens au nom de la lutte contre la guérilla communiste. Sa fille Keiko Fujimori est la candidate de droite aux élections présidentielles de 2016, mais elle se fait battre sur le fil par le candidat de centre-droit Pedro Pablo Kuczynski. La candidature de ce dernier n’est pas accueillie avec grand enthousiasme, mais il gagne sur le fil car la population est soucieuse de mettre derrière elle la période Fujimori, symbole d’une Amérique Latine des excès, violente et dangereuse.

 

Venezuela: au nom de la « révolution bolivarienne », l’exécutif serre la vis contre l’opposition

Hugo Chavez a été président de Colombie de 1999 jusqu’à sa mort en mars 2013. Grâce à la rente pétrolière, il lance de grands projets sociaux, notamment dans le secteur de l’immobilier et pour la question des salaires, qui lui attirèrent une forte popularité parmi la population. Mais cette rente a aussi permis d’éclipser un temps les défaillances du modèle dirigiste inadapté de l’économie nationale ainsi que son manque de diversification, qui se fait fortement sentir aujourd’hui avec la chute du prix du pétrole. En parallèle, la corruption demeure très forte depuis l’ère Chavez, et ce dernier a constamment flirté avec le népotisme et le clientélisme. Son successeur, vice-Président sous Chavez, Nicolas Maduro, gagne sur le fil les élections anticipées de mars 2013 et entreprend une série de mesures considérées comme anticonstitutionnelles par l’opposition plus modérée qui, depuis les dernières élections législatives, est largement majoritaire à l’Assemblée. Depuis, le pays s’embourbe dans une crise institutionnelle, politique et économique qui semble n’en plus finir : alors que la population souffre de l’hyperinflation et de la faillite du modèle dirigiste chaviste, l’exécutif de Maduro s’accroche au pouvoir au nom de la « révolution bolivarienne », retire ses pouvoirs à l’Assemblée contrôlée par l’opposition, et a même récemment suspendu un référendum légalement initié par l’Assemblée pour destituer le Président. Malgré le fort soutien de la population à l’opposition sociale-démocrate (80%), l’exécutif chaviste persévère, nostalgique d’un temps révolu et incapable de s’adapter aux exigences et revendications actuelles.

 

Hugo Chavez et Nicolas Maduro

 

 

Brésil : la classe politique conspuée

Le 12 mai 2016, la présidente brésilienne de centre-gauche Dilma Roussef est destituée. Si le pilier légal de cette destitution est le maquillage des comptes publics (des banques publiques auraient financé les dépenses gouvernementales pour éclipser la situation financière du pays), trois autres dossiers sont venus entacher le bilan de Rousseff et précipiter la chute de sa popularité. En premier lieu, le scandale Petrobras : cette entreprise publique pétrolière aurait, avec d’autres géants du BTP, organisé un cartel dans le secteur de l’immobilier et aurait versé des pots-de-vin aux dirigeants politiques de la vaste coalition gouvernementale sous Lula (2003-2011) puis Dilma Rousseff (2011-2016). Deuxièmement, l’économie brésilienne est mal en point du fait de la chute du prix des matières premières. Troisièmement, elle est accusée d’avoir nominé son prédécesseur et mentor Lula au poste de chef de cabinet pour lui assurer l’immunité dans le cadre du scandale Petrobras. Michel Temer, vice-Président de Rousseff, assure sa succession depuis sa destitution mais demeure très impopulaire, du fait de son ancienne proximité avec Dilma Rousseff et de son implication dans le scandale Petrobras. D’obédience libérale, les réformes qu’il promet dans le but de redresser l’économie, axée sur la redistribution depuis Lula, sont déjà très impopulaires : repousser l’âge du départ à la retraite, augmenter le nombre d’heures de travail, gel des salaires,… Ce virage à droite est très susceptible de cristalliser la contestation populaire qui rejette déjà ce président à cause de sa forte implication dans divers scandales, dont Petrobras.

 

Michel Temer, Dilma Rousseff et Lula

N’oublie pas de jeter un coup d’oeil à cet article qui traite des difficultés des gouvernements de gauche -mais aussi de ceux de droite qui leur ont succédé- face à la mondialisation contemporaine ! http://major-prepa.com/geopolitique/de-colle-hggmc-lamerique-latine-subit-mondialisation/

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Nicolas Berrou

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris

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