Les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud face au cas Nord-Coréen Les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud face au cas Nord-Coréen
            « Je suis vraiment déçu par la Chine (…) elle ne fait rien pour nous au sujet de la... Les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud face au cas Nord-Coréen

            « Je suis vraiment déçu par la Chine (…) elle ne fait rien pour nous au sujet de la Corée du Nord, seulement parler » : cet énième tweet tonitruant de Donald Trump le 30 juillet illustre à lui seul l’agacement de Washington face à l’attentisme de Pékin au sujet du dossier nord-coréen. Alors que dans le courant du mois de juillet, certains responsables américains cités par le Washington Post indiquaient que la Corée du Nord sera en mesure, dès l’année prochaine, de mettre au point un missile balistique intercontinental fiable, les États-Unis et la Chine ne semblent pas trouver un terrain d’entente. Comment expliquer que ces deux grandes puissances ne s’accordent pas face à une menace nucléaire aussi bien régionale que mondiale ?

Depuis 1945, le 38e parallèle est une ligne sismique où se concurrencent deux visions du monde

             Les rivalités de puissance entre la Chine et les Etats Unis en Corée remontent à la fin de la Seconde Guerre mondiale lorsque le royaume de Corée, alors colonie japonaise depuis 1910, est libéré conjointement par les Soviétiques et les Américains en 1945. Suite à la conférence de Yalta qui entérine le partage du pays en deux zones d’occupation séparées par le 38e parallèle ; deux Etats naissent en 1948 sous l’égide de l’ONU : au Nord, la République Populaire de Corée pilotée par le secrétaire général du parti des travailleurs (communiste) Kim Il-Sung, et au Sud, la République de Corée, un régime pro-occidental dirigé par Sygman Rhee.

             Dans un contexte de bipolarisation du monde, les antagonismes entre Soviétiques et Américains s’illustrent militairement pour la première fois en Corée. La guerre de Corée (octobre 1950-juillet 1953) est également l’occasion d’un affrontement entre les forces chinoises et américaines, notamment lorsque les troupes du général Mac Arthur repoussent l’armée nord-coréenne et se rapprochent du fleuve Yalou sur la frontière sino-coréenne. Cette offensive provoque alors l’entrée en guerre de la République Populaire de Chine aux cotés des communistes en octobre 1950. Les deux camps subissent de lourdes pertes (36 000 morts du côté américain et 200 000 du côté chinois) avant que les forces onusiennes ne refoulent la RPC et que l’armistice entre les Nations Unies, la Chine et la Corée du Nord ne soit signée en 1953.

Après la guerre du Corée, les deux Etats connaissent des évolutions politiques et socio-économiques symptomatiques de leurs alliances géopolitiques

             En effet, les deux Corées ont suivi des trajectoires foncièrement différentes qui illustrent leurs alliances diplomatique et militaire. Suivant la théorie du Juche (idéologie communiste développée par Kim Il Sung), la Corée de Nord s’industrialise et cherche à atteindre l’autosuffisance politique, économique et militaire. La Corée du Sud connaît quand à elle un essor économique fulgurant à partir des années 1970 sous la dictature de Park Chung-hee arrivé au pouvoir en 1962, devenant l’un des quatre Dragons. De même, alors que Pyongyang s’enfonce dans un régime dictatorial et répressif, Séoul s’achemine vers un régime démocratique par le vote d’une nouvelle constitution en 1988 et la libération de plus de 3000 prisonniers politiques entre 1988 et 1990.

            Si les tensions entre les deux Corées ont semblé s’apaiser dans les années 2000 dans le cadre de la Sunshine Policy initiée par le président sud-coréen Kim Dae-jung, le premier d’un des cinq essais nucléaire nord-coréen de 2006 a conduit la Corée du Sud à suspendre cette politique de rapprochement.

            D’autre part, si la guerre de Corée se termine par le rétablissement du statu quo ante le long du 38e parallèle, elle est loin de gommer les jeux d’alliances complexes qui se dessinent dans la région. Dès octobre 1953, les Etats Unis et la Corée du Sud signent un accord de défense mutuelle. Toujours en vigueur, ce dernier permet à Washington de maintenir une présence de 28 000 soldats américains en Corée du Sud. Plus généralement, Séoul est « l’un des alliés les plus proches de l’Amérique » comme le rappelait Barack Obama lors du sommet du G20 à Londres en 2009. Sur le plan militaire, les forces coréennes ont soutenu les forces américaines à plusieurs reprises notamment lors de la guerre du Vietnam (elles ont été le plus gros contingent étranger après le contingent américain) et en Irak en 2003. Cette alliance diplomatique et militaire est renforcée par des liens économiques forts : les Etats Unis sont le premier partenaire commercial de la Corée du Sud tandis que cette dernière est le septième plus grand marché pour les produits Américains.

              L’alliance entre la Chine et la Corée du Nord demeure quant à elle forte jusque dans les années 1960, en témoigne le Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle signé entre les deux pays en 1961. Puis, petit à petit, les liens se sont distendus notamment après la mort de Mao en 1976 et l’ouverture économique croissante de la Chine dès 1978. Toutefois, la Chine reste le premier partenaire commercial de la Corée du Nord (elle représenterait environ 80% de son commerce extérieur) et son principal soutien aux yeux de la communauté internationale.

 

Face à la menace nucléaire nord coréenne, les deux Corées face à face, les Etats Unis et la Chine dos à dos.

              Depuis l’arrivée du Donald Trump à la présidence des Etats Unis, le ton monte entre Washington et Pékin au sujet du dossier coréen. En effet, la menace nord-coréenne est aujourd’hui réelle. En janvier 2017, alors qu’il venait tout juste d’être élu, Donald Trump affirmait que le lancement test d’un missile balistique intercontinental annoncé par le régime « n’arriverait pas ». Huit mois plus tard, le régime de Pyongyang tire un missile théoriquement conçu pour avoir une portée de 10 000 kilomètres (donc susceptible d’atteindre Washington !). Force est de constater que depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2011, les avancées du programme nucléaire nord-coréen ont été fulgurantes : près de quatre-vingts missiles ont été tirés. Face à cette menace, Trump accuse la Chine qui pourrait selon lui « facilement résoudre le problème ». Dès lors, pourquoi la Chine adopte une attitude si ambiguë vis à vis de la Corée du Nord ?

                Certes, Pékin semble avoir durci le ton à l’égard de Pyongyang. « La Chine s’oppose aux violations par la Corée du Nord des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU » déclarait fin juillet Geng Shuang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, tout en appelant « les parties concernées » à la retenue peu après un exercice militaire conjoint mené en réaction par Washington et Séoul. Malgré ces déclarations édulcorées prononcées lors de sommets internationaux, les experts s’accordent à dire que la Chine ne cessera pas de soutenir son allié nord-coréen. En effet, la chute du régime entrainerait fatalement une vague migratoire massive de Nord-coréens vers la Chine. À plus long terme, l’émergence d’une Corée réunifiée pourrait concurrencer la Chine sur le plan économique. Sur le plan géopolitique enfin, une Corée réunifiée et alliée aux Etats-Unis renforcerait le sentiment d’encerclement chinois.

                Pyongyang étant un point nodal de la stratégie géopolitique de la Chine, les négociations entre Pékin et Washington sont très difficiles. Alors que Washington voit en la Chine un interlocuteur crédible aux yeux de Pyongyang pour tenter de convaincre Kim Jong-Un d’abandonner ses essais nucléaires, la Chine bat en retraite : «Quel que soit le talent de la Chine, ses efforts ne vont pas produire d’effet pratique parce que cela dépend des deux principaux protagonistes» a déclaré l’ambassadeur de Chien aux Nations unis, Liu Jieyi fin juillet. Une Chine hors-jeu préfigure ainsi un tête-à-tête dangereux entre Kim Jung-Un et Donald Trump, deux hommes aussi puissants qu’imprévisibles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lola Charbit

20 ans, étudiante à HEC et ancienne élève en classe préparatoire ECS à Stanislas.

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