La France, championne des ventes d’armes La France, championne des ventes d’armes
« La France mère des arts, des armes et des lois » -selon la formule de Joachim du Bellay- les exporte historiquement dans le monde. Du... La France, championne des ventes d’armes

« La France mère des arts, des armes et des lois » -selon la formule de Joachim du Bellay- les exporte historiquement dans le monde. Du Code Civil à la danse classique (elle a été codifiée sous Louis XIV et les termes techniques utilisés par les danseurs du monde entier sont en français), en passant par les Rafales, la France bénéficie d’une réputation très avantageuse. Le Mistral n’est pas simplement gagnant pour Renaud : les entreprises d’armement françaises concurrencent ainsi celles Américaines, Russes et à présent, Chinoises, et les carnets de commandes ne cessent de se remplir. Indéniablement le complexe militaro-industriel français est ainsi devenu l’un des premiers au monde et se porte on ne peut mieux depuis 2015. On pourra néanmoins s’interroger sur la durabilité de ce phénomène et l’ambiguïté d’une telle spécificité française. Comment expliquer que la France soit devenue incontournable en matière de vente d’armes ? Le restera-t-elle ?

 

La France, une bonne élève dans le domaine de l’industrie de l’armement à l’échelle mondiale

  • La France se classe parmi les premiers pays exportateurs d’armes dans le monde

Tandis que l’Allemagne a perdu sa place de 3ème exportateur, la France se place parmi les 5 premiers exportateurs d’armes au monde (3ème) et, dans la mesure où le quinquennat Hollande a vu une augmentation de près de 45% des livraisons d’armement, elle pourrait même devancer le géant Russe d’ici à 2018. Toutefois, les Etats-Unis devraient rester de loin le n°1 des 57 pays exportateurs d’armes évoluées dans le monde – à eux seuls ils totalisent en effet le tiers des ventes dans le monde ! Entre 2012 et 2016 les chiffres de prise de commande auprès d’entreprises françaises sont ainsi passés de 4,8 à 20 milliards d’euros selon la DGA. Pour ce qui est des livraisons facturées, selon une étude de l’Observatoire économique de la Défense, l’évolution est plus lente : la tendance est cependant bien là et cette relative lenteur s’explique par le temps de matérialisation des commandes ! Remarquons que la France exporte ainsi au total cinq fois plus d’armement qu’elle n’en importe.

 

  • La France, en effet, vend des armes au monde entier

    Les chiffres établis par l’Observatoire de la défense sont cependant assez contre-intuitifs et placent l’UE comme premier client de la France – alors même que le SIPRI soulignait une baisse importante des commandes de la part de la région depuis la crise de 2008-. Voici les chiffres de l’année 2016 synthétisés sous forme d’un graphique (en pourcentage de ventes) :

Toutefois la Chine est le 2ème client de la France sur la période 2011-2016, ce malgré l’embargo sur les armes à son encontre, décidé par les Etats-Unis et l’UE après les évènements de Tian’ anmen (1989). Elle se positionne juste derrière le Maroc et devant l’Egypte, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite.

 

  • Elle a depuis 2014 reçu des commandes historiques !          

Si l’on excepte la commande brésilienne de quatre sous-marins Scorpène en 2009, la période 2014-2016 a connu les commandes les plus importantes depuis plusieurs décennies.

En 2014, Jean Yves Le Drian a décroché le contrat Falcon Eye de satellites espions pour Abu Dhabi, au nez et à la barbe de l’américain Lockheed Martin, mais ce n’est pas tout. Voici les principales ventes d’armes signées par la France ces dernières années :

3 milliards de dollars d’armes pour le Liban via l’Arabie Saoudite

En novembre 2014, l’Arabie Saoudite a signé une série d’accords, le contrat DONAS, pour équiper les Forces armées libanaises avec du matériel français. Ce contrat a cependant été remis en question en février de la même année à cause des prises de positions diplomatiques de Beyrouth (les équipements devant être redirigés vers l’armée saoudienne pour ne pas tomber entre les mains du Hezbollah).

24 Rafale et une Frégate vendus à l’Egypte pour 5,2 milliards d’euros

Une commande annoncée en février 2015 et historique, car elle met fin à 27 ans sans une seule vente pour l’avion français, qui jusqu’ici n’avait jamais été exporté à l’international. En effet, son prix unitaire – presque 101 millions d’euros alors que son aîné, le Mirage 2000D (1984-aujourd’hui) coûtait 17 millions d’euros– a longtemps été dissuasif pour les gouvernements étrangers.

36 Rafale pour 10 à 12 milliards d’euros à l’Inde

Annoncé en avril 2015. J’en profite pour te rappeler que le Rafale est le fleuron de Dassault Aviation.

24 Rafale à 6,3 milliards d’euros au Qatar

La vente est annoncée le 30 avril 2015 par l’Elysée. Les premières livraisons devraient avoir lieu dès 2018. L’Armée française a profité de l’occasion pour signer des formations pour 36 pilotes qataris et une centaine de mécaniciens. Les avions livrés seront équipés de tous les armements disponibles, dont des missiles de croisière Scalp et air-air Meteor, ce qui augmente la note finale !

12 sous-marins pour l’Australie à 34,3 milliards d’euros

C’est LE contrat de ces dernières années. Le premier sous-marin devrait être mis en service en 2030 et cet accord comprend la conception, les transferts de technologie, la production, le système de combat et la maintenance pendant 25 ans. Cette commande mobilisera plus de 4000 salariés !

L’Affaire des Mistral commandés par la Russie

En juin 2011, la Russie achète, pour 1,2 milliard d’euros, deux BPC de classe Mistral à la France. Mais les deux bateaux construits par les chantiers de Saint-Nazaire vont rester à quai, et leur livraison est suspendue en 2014 par le président français suite à l’intervention de la Russie dans la crise ukrainienne. Ils seront finalement vendus en septembre 2015 à l’Egypte pour 920 millions d’euros.

 

Si la France occupe un tel rang aujourd’hui c’est en raison de décisions politiques historiques et de la qualité de sa production.

  • La France a voulu produire ses propres armes mais pour rentabiliser le développement d’un complexe militaro-industriel performant, elle a dû devenir exportatrice

La France a en effet fait le choix de produire l’ensemble de son matériel militaire, ce qui représente des investissements colossaux que le marché national ne suffit pas à rentabiliser.

Après avoir développé en interne son complexe militaro-industriel -le terme désigne l’ensemble que constituent l’industrie de l’armement, les forces armées, les lobbys et les décideurs publiques- la France s’est ainsi repositionnée au sein de l’industrie de l’armement afin de rester performante dans un contexte très contemporain de mondialisation des ventes d’armes. Parmi les restructurations qu’a connues la branche, figurent l’abandon de la filière du blindé léger (2002), et la production de fusils d’assaut et de munitions de petits calibres (fin des années 1990). On remarquera toutefois que les commandes nationales sont particulièrement importantes en France, car elle est l’un des deux derniers pays européens membres de l’OTAN (avec le Royaume-Unis) à entretenir considérablement ses forces armées. Cela lui permet de dégager des marges pour innover et investir, à travers entre autre des partenariats avec les industries de défense britanniques, italiennes, et plus largement,    européennes : Lancaster House, FREMM, Eurocopter Tigre…

  • Actuellement d’autres raisons stratégiques poussent la France à exporter

       Au-delà de la simple rentabilisation de la création du complexe militaro-industriel français, l’exportation d’armes a un effet considérable sur l’économie française. En 2016, ce secteur a généré un solde commercial positif de 6,6 milliards d’euros et représente plus de 70 000 emplois (directs et indirects). Selon l’Observatoire économique de la défense, à chaque million de matériel exporté, correspondent en effet 9 emplois directs et indirects ! C’est entre autre grâce à ce secteur très innovant que la France entretient sa réputation dans des domaines comme l’aéronautiques -on pourra penser au programme ARIANE et à sa participation à des projets comme Galileo, la stratégie militaire et les nouvelles technologies- !

Néanmoins, ce n’est pas un hasard si l’Etat exerce un contrôle important sur ce secteur -au point même de se voir parfois reproché une absence de transparence-. Les enjeux sont également diplomatiques et géopolitiques. Les transferts de matériel s’accompagnent entre autre de formation des militaires, d’échanges de savoir-faire, et ce sur plusieurs décennies. Exporter des armes, par exemple au Moyen-Orient dont elle dépend fortement pour ses importations de pétrole, est donc une façon de nouer des relations privilégiées avec le pays acheteur et de jouer un rôle dans la région où il est situé.

  • Toutefois, cela serait impossible sans la réputation de son complexe militaro-industriel liée à la qualité des équipements qu’il propose

Actuellement, la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense) repose sur une dizaine de grands groupes internationaux et sur un tissu très diversifié de 4 000 PME. Alors que certaines technologies critiques de l’armement demeuraient des exclusivités américaines jusque dans les années 1960, le complexe militaro-industriel français et ses partenaires européens (à travers EADS-Airbus) sont parvenus à se diversifier et couvrent désormais l’ensemble du spectre des armements possibles (à l’exception des fusils d’assaut). On compte aujourd’hui quatre groupes français dans les trente premiers mondiaux -Thales (10), Safran (16), DCNS (19) et Dassault Aviation (53). Ces grands groupes ont développé des armes phares    comme le Mirage, puis le Rafale (pour l’aviation), ou encore le Mistral (pour la Marine). Les entreprises françaises sont par ailleurs très actives dans les projets de recherche internationaux. Ainsi, bien que la société mère d’Airbus Group soit de droit néerlandais, le groupe est très implanté en France. On notera enfin que la France est l’un des rares pays à disposer de la technologie des sous-marins nucléaires et qu’elle reste l’un des principaux précurseurs en matière d’aviation, se plaçant comme leader de l’industrie aéronautique !

 

De telles performances françaises ne sont cependant pas sans  contradiction et l’on peut s’interroger sur leur pérennité.

  • La France a bénéficié d’un contexte géopolitique «favorable » ces dernières années. 

Selon le SIPRI, les ventes d’armes auraient augmenté de 8,4% dans le monde en 10 ans : depuis la Guerre Froide, jamais autant d’armes n’avaient été vendues en si peu de temps que sur la période 2012-2016 ! Seule l’Europe aurait vu ses importations d’armes chuter -malgré les programmes d’équipement des pays Baltes et de la Pologne- à l’inverse de l’Inde et des pays du Moyen-Orient. En Afrique subsaharienne, on remarque que les principaux acheteurs ne sont autres que le Nigéria, le Soudan et l’Ethiopie, trois pays en zone de conflit !

Les récents conflits ont par ailleurs profité aux ventes françaises, faisant de ses produits, des équipements « combat proven » : le Rafale et les hélicoptères Caracal (récemment vendus au Koweït) avaient été utilisés avec succès en Afghanistan, en Libye, Centrafrique, et sur le théâtre syro-irakien…. Certains pays, pris de court, ont été contraints d’acheter le matériel nécessaire à leur armée sans pouvoir développer leur propre industrie, c’est le cas de tous les pays du Proche-Orient à l’exception d’Israël, et pourraient à terme vouloir remédier à cette situation…

  • En plus de devoir faire face à des conditions économiques moins favorables, la France doit faire face à des critiques liées à ses valeurs

La France va entre autres devoir faire face à un changement de conjoncture économique et des réductions de budgets qui vont, à l’échelle nationale, entraîner une nouvelle diminution des commandes nationales et mettre en péril l’innovation et la recherche. Hors de telles considérations économiques, elle doit, depuis le début des années 2000, faire face à de nombreuses critiques. Alors qu’elle prône la paix et les droits de l’homme, elle est accusée d’avoir, en contribuant au réarmement du régime, contribué au génocide du Rwanda (1994), mais aussi, elle est accusée de contourner les embargos internationaux. La France, pourtant tenue de respecter les embargos votés sur les ventes d’armes, en aurait violé plus de la moitié ces dernières années. Par exemple, malgré l’embargo européen, elle aurait vendu à la Chine plus de 500 millions d’armement entre 2010 et 2014… Il est donc possible que la France doive tôt ou tard rendre des comptes…

  • Toutefois, il n’est pas exclu que la France réussisse à s’adapter et/ou survivre

     Certes la hausse de ses ventes est aussi le fruit d’une conjoncture favorable en ce qui concerne le cours de l’euro (bas) qui facilite les ventes, certes les variations du cours du baril risquent de conduire certains pays à réduire leurs dépenses ou les étaler, mais rien n’est écrit en économie (et les effets que ces variations auraient potentiellement ne sont pas définis !). De plus, la France demeure une alternative importante pour les pays qui ne voudraient pas s’adresser aux Etats-Unis pour leurs commandes. En ce qui concerne le viol des embargos, dans la mesure où toutes les conventions de ce genre -comme le Traité sur le Commerce des Armes visant à réguler la circulation des armes et entré en vigueur en 2014- ne sont pas toujours signés par les principales puissances (ou les principaux clients dans le cas du TCA), le dossier pourrait être classé….

 

 

    Ainsi malgré quelques nuages, la France vendeuse d’arme apparaît comme rayonnante, et semble avoir encore de beaux jours devant elle au regard des derniers contrats signés!

Je te conseillerai donc de retenir que :

-La France est la 3ème exportatrice d’armes au monde et ne cesse de se hisser dans la hiérarchie et elle a réalisé d’importantes ventes depuis 2014 grâce notamment à la réputation de ses équipements.

-La qualité de son complexe militaro-industriel résulte de choix politiques historiques, notamment celui d’assurer son indépendance en matière de défense.

-Toutefois son statut risque d’être remis en question avec le changement du contexte économique et géopolitique.

 

 

Astrid Plonquet

Après trois années de préparation dans une prépa parisienne, j'ai intégré l'ESSEC où je suis élève en première année. Bien qu'ancienne S, mes matières de prédilection sont plutôt littéraires : il s'agit de la géopolitique, de la CG et de l'Allemand !

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