Les bidonvilles : un mal inévitable? Les bidonvilles : un mal inévitable?
Conséquence de la pauvreté rurale et de la croissance incontrôlée des populations, les bidonvilles constituent un enjeu majeur pour la majorité des pays en... Les bidonvilles : un mal inévitable?

Conséquence de la pauvreté rurale et de la croissance incontrôlée des populations, les bidonvilles constituent un enjeu majeur pour la majorité des pays en voie de développement : conditions de vie malsaines, activités illégales, étalement urbain anarchique, encadrement impossible… Incontrôlables, les bidonvilles sont aussi une mauvaise publicité pour l’appareil administratif et le développement économique d’un pays.

Malgré la diversité des situations d’extrême pauvreté urbaine, il est possible de définir un bidonville selon certaines caractéristiques : surpeuplement, conditions insalubres, insécurité, manque d’hygiène (dont manque d’infrastructures, de services de santé et accès insuffisant à l’eau potable)… Chaque bidonville présente aussi ses propres enjeux au vue du pays, de la ville, de ses logements formels ou informels, des activités qui s’y sont développées, des autorités en charge de leur gestion et de la dynamique socio-économique autour de leur zone(sont-ils appelés à être chassés à terme)… Malgré l’ambitieux objectif 7 de la Déclaration du Millénaire des Nations Unies, qui voulait « améliorer la situation d’au moins 100 millions d’habitants de bidonvilles d’ici 2020 », il reste encore beaucoup à faire car les moyens restent encore insuffisants et car l’échelle du problème est avant tout nationale plus qu’internationale.

Tour du monde des enjeux les plus importants propres à quelques bidonvilles

 

 

Évolution globale

Selon les Nations Unies, près d’un citadin sur trois vivrait dans un bidonville, et ce chiffre est en constante diminution depuis près de trois décennies.

Malgré l’évolution encourageante de cette proportion, soulignons que le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté urbaine continue quant à lui d’augmenter : la croissance urbaine marquée lors de la seconde moitié du XXème siècle a été peu encadrée et n’a pas été suivie d’une véritable amélioration des conditions de vie. Par exemple, la population des bidonvilles dans les pays en développement est passée, entre 1990 et aujourd’hui, de 650 millions à près de 870 millions.

Même s’il est possible d’être pauvre sans vivre dans un bidonville (vivre dans des logements pas chers réservés aux populations défavorisées par exemple, comme en Chine, pays qui comporte beaucoup de logements précaires mais aucun bidonville), ces deux derniers faits se recoupent généralement, surtout dans les pays en développement où les classes moyennes sont bien moins importantes que dans les pays développés. Ces derniers ont éradiqué la très grande majorité de leurs bidonvilles (le dernier officiel en France a fermé dans les années 1970), et s’ils en présentent, cela est souvent dû à une conjoncture politique ou sociale spéciale, comme la jungle de Calais, fruit de l’immigration méditerranéenne.

L’exode rural et l’attrait des villes expliquent en partie cette croissance urbaine des pays en développement, mais la plupart des nouveaux habitants urbains sont condamnés à s’installer dans des logements insalubres, relégués en périphérie à l’écart des centres-villes dynamiques.

 

 

Mexico

Le bidonville de Mexico est le plus important du monde en terme de nombre de « slumdogs », près de 4 millions d’habitants s’entassent dans le quartier périphérique de Netzahualtcoyolt. Le secteur agricole mexicain a été négligé par les autorités mexicaines et malmené par l’ouverture de son marché aux producteurs américains (ALENA), ce qui a incité de nombreux paysans, dans les années 1990, à rejoindre l’agglomération qui attire par son dynamisme économique. Ainsi, près de 30 000 personnes rejoignent annuellement la métropole mais beaucoup sont reléguées à ce bidonville très éloigné du centre-ville (deux heures d’autobus). La pollution est enfin le problème majeur de la ville et du bidonville : Mexico a été construite dans une cuvette qui les vents de chasser les nuages de pollution et les transports en commun y sont très peu développés. L’État a fait percé de nombreuses avenues, ce qui n’a pas remis en cause l’hégémonie de la voiture, hautement polluante.

 

 

Lagos

Lagos est de loin la ville la plus peuplée d’Afrique avec près de 20 millions d’habitants. Capitale économique du Nigeria, qui est appelé à devenir un pays émergent à terme, Lagos est aussi le poumon économique de la région et veut encore accélérer son expansion engagée depuis quelques années avec d’ambitieux projets immobiliers et commerciaux (Lagos dispose d’un port commercial très développé au cœur de l’activité pétrolière nigériane qui représente 20% du PIB du pays). Mais près de 12 millions de Lagotiens vivent dans des milieux précaires principalement situés en zone humide. Ces bidonvilles sur lagune sont peu sécurisés, difficiles d’accès et extrêmement étendus. Pour preuve, il y a eu très peu de projets sociaux d’envergure et seules quelques initiatives locales permettent d’améliorer la vie des citadins. Ces larges bidonvilles incommodent donc la municipalité qui elle est soucieuse de préserver l’image d’une Lagos dynamique, riche et prospère.

 

 

Bogota

Bogota est la métropole colombienne incontestée : la convergence des capitaux vers cette ville de 7 millions d’habitants et la diversité de ses activités en font une plaque tournante du commerce latino-américain. Mais l’essor démographique que le pays a connu depuis les années 1960 ainsi que la violence (FARC) ont provoqué une urbanisation anarchique de la ville les décennies qui suivirent, que les autorités n’ont pas réussi à encadrer : aujourd’hui, près de 2 millions de personnes vivent dans des quartiers informels, ou formels dans de pauvres conditions. Malgré le bon classement de la ville en terme de niveau de vie (coût de la vie faible, bonnes infrastructures,…), Bogota n’arrive pas à établir des projets sur le long terme susceptibles de sortir ces personnes de la misère.

 

 

Le Caire

Les Printemps Arabes n’ont pas amélioré la situation du logement en Égypte. Sur les 17 millions d’habitants que compte Le Caire, environ 11 millions vivent dans des logements précaires et souvent construits de façon illégale. La politique d’Abdel Nasser était d’offrir des logements pour tous à bas prix, mais la vague libérale des années 80 a entrainé une crise du logement qui, combinée aux troubles politiques de 2011, n’ pas amélioré la situation de ces logements improvisés. Aujourd’hui, les bidonvilles cairotes accueillent près de 50 000 personnes par an, mais il n’y a aucun projet à long terme pour l’accueil ou l’amélioration des conditions. Au contraire, les autorités policières, peu inquiétées de quelconque retombée du fait du régime militaire actuel, utilisent la force et détruisent régulièrement ces logements improvisés sans entrainer pourtant de départ des populations qui n’ont nulle part où aller.

 

 

Bombay (Mumbaï)

Le bidonville de Dharavi est l’un des plus grands d’Inde (près d’un million d’habitants) et l’un des plus importants concernant ses enjeux et son devenir : il est situé en plein cœur d’une ville en pleine croissance économique du fait de l’essor de l’Inde et de l’ouverture de Bombay sur l’Océan Indien, le Moyen-Orient et l’Occident. Le bidonville est coincé entre l’aéroport de la ville au Nord, le quartier d’affaires plus au Sud, et le nouveau CBD récemment construit à l’Ouest et nommé Banda Aceh. Il est la proie des promoteurs immobiliers qui veulent profiter de l’incroyable position de ces terres pour développer de nouveaux projets, mais l’illégalité et l’anarchie qui entourent le bidonville empêchent toute évolution. Les projets de « bidonvilles verticaux » ont tous été refusés par les habitants et en 2007, le bidonville a même été mis en vente pour y faire un quartier chic, mais aucune suite pour le moment.

 

 

Bagdad

Les bidonvilles de Bagdad ne sont pas les plus grands en terme de nombre ou de superficie, mais leur croissance a été exponentielle depuis le début du conflit avec les miliciens de l’État Islamique : beaucoup de réfugiés ont fui le Nord des conflits pour le Sud et la périphérie de Bagdad. Mais le problème est le même que dans les autres régions du monde : les personnes pauvres se voient reléguées aux périphéries sans assistance. L’assistance de l’État irakien est d’autant plus faible qu’il est engagé depuis deux ans dans un conflit extrêmement onéreux. Cette guerre ainsi que la chute des prix du pétrole aura un coût que le gouvernement irakien prévoit de combler en stoppant le financement à de projets sociaux (santé, infrastructures,…). C’est l’ensemble de la population du Sud du pays qui est affecté, et le taux de pauvreté y est passé de 19% en 2013 à près de 23% aujourd’hui.

Pour aller plus loin : http://major-prepa.com/livres/10-lieux-de-la-mondialisation-denis-retaille/ (chapitre 7 sur le bidonville de Dharavi).

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris Ancien préparationnaire au Lycée Saint-Vincent de la Providence à Rennes.

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