Margaret Thatcher : le bilan Margaret Thatcher : le bilan
La Dame de Fer a laissé un souvenir amer à certains britanniques. Ces trois mandats, de 1979 à 1990, ont été marqués par le... Margaret Thatcher : le bilan

La Dame de Fer a laissé un souvenir amer à certains britanniques. Ces trois mandats, de 1979 à 1990, ont été marqués par le libéralisme, les privatisations, le monétarisme, la lutte acharnée contre le communisme, la défense des intérêts britanniques face à la communauté européenne, les protestations sociales. Jusqu’à la chute de la Dame. Si son bilan n’est pas explicitement au programme des classes prépa, il peut toujours être intéressant de connaître dans les grandes lignes la politique de ce personnage haut en couleurs, au carrefour de grands enjeux historiques et problématiques contemporaines. Ces trois mandats regorgent aussi d’anecdotes surprenantes ou d’évènements souvent évoqués mais peu connus (exemple : la guerre des Malouines).

Pour vous faciliter la lecture ou pour vous permettre d’être sélectifs, l’article aborde le bilan thatchérien par thématiques, et regroupe les politiques, réformes et faites lors des trois mandats.

Le film « La Dame de Fer » de Phyllida Lloyd est un excellent complément et aborde différentes problématiques des mandats de Thatcher.

 

Les années pré-Thatcher

Du point de vue thatchérien, les années 1960 et 1970 sont marquées par une intervention néfaste de l’État dans la politique économique et sociale, après une période de croissance généreuse et de reprise après guerre. Les crises entre gouvernements et syndicats se multiplient, car les premiers ne peuvent répondre aux revendications –souvent très exigeantes- de ces derniers. La Grande-Bretagne a perdu de sa puissance industrielle du fait d’une faible compétitivité lors de cette période, et l’ensemble des facteurs macroéconomiques était affecté par le Stop-Go Economic Cycle : un cycle court-termiste d’accroissement puis de réduction des dépenses gouvernementales qui, étant donné son instabilité lors des trois décennies, a condamné la Grande-Bretagne à une récurrence d’inflation et de déflation et à une faible croissance (de l’ordre de 1,9% sur la période 1960-79 contre 4,1% pour la France et 5,8% pour le Japon). Margaret Thatcher a donc construit son programme de candidate sur la nécessité de mettre fin à ce cycle infernal, en finir avec l’hégémonie des syndicats, et revaloriser la compétition, le travail et l’effort face à l’atonie du Nanny State.

 

 

La question budgétaire

Dès les premiers budgets, des efforts considérables sont réalisés pour stimuler l’investissement et réduire le poids des impôts dans le porte-monnaie des ménages. Les politiques depuis 1945 étaient en effet axées majoritairement sur la redistribution et le financement du Welfare State, et le taux d’imposition, notamment pour les revenus les plus élevés, était considérable. Le taux maximum d’impôt sur les revenus est par exemple passé de 83% à 60% puis à 40%, pour inciter les hauts revenus à investir. L’impôt sur le revenu passe de façon plus générale de 33% à 30% puis à 25%. Pour supporter cette baisse, la TVA augmente de 8% à 15%, ce qui entraine une hausse de l’inflation et une baisse du pouvoir d’achat.

 

Certains affirment que cette « révolution » dans le budget n’aurait pas été possible sans la rente du North Sea Oil, dont l’exploitation s’est accélérée sous Margaret Thatcher. À l’inverse de ce qu’elle promettait, les dépenses gouvernementales ont augmenté, grâce notamment aux privatisations et aux revenus pétroliers.

 

 

 

Dépenses du gouvernement selon les secteurs principaux (en millions de £)

 

 

 

La lutte contre les syndicats

La Dame de Fer est aussi connue pour ses positions inflexibles concernant les syndicats, et de nombreuses mesures ont été prises pour affaiblir leur position dans le monde de l’entreprise. Les Employment Act de 1980 et 1982 vont dans ce sens : les votes à bulletins secrets sont imposés dans les entreprises pour éviter la pression de certains membres de syndicats, on ne peut plus participer à une grève qui ne concerne pas son entreprise (« sympathy strike »), ou faire grève à un lieu clé pour l’exercice commerciale de l’entreprise (« secondary picketing »), et des compensations sont prévues pour les travailleurs qui refusent de se syndiquer (contre l’opération « closed shop » : certaines entreprises signataires ne pouvaient employer une personne non-syndiquée), une grève doit être approuvée par 85% des syndiqués… En conséquence, le nombre de syndiqués passe de 13,2 millions en 1979 à 9,5 millions en 1991, et la Grande-Bretagne regagna un peu en compétitivité.

Des luttes symboliques ont eu lieu entre le gouvernement et les syndicats : les plus violentes ont été les grèves des mineurs de 1984-1985 à Orgreave. Les mineurs menés par Arthur Scargill ont affrontés les policiers mais perdirent le soutien de la population du fait d’une presse acquise à Margaret Thatcher et sa position intransigeante. On parlera d’ailleurs d’une presse d’opinion, complètement biaisée et peu sérieuse.

 

 

 

 

Education et universités

Le niveau des élèves britanniques était considéré comme très moyen et le système éducatif était divisé en deux branches pour les jeunes de 16 ans : les plus brillants rejoignaient une section d’excellence alors que les autres rejoignaient une voie beaucoup moins bien considérée. Une réforme en 1988 a introduit de nouvelles opportunités pour mettre fin à ces inégalités. Les universités quant à elle, faiblement considérées par Margaret Thatcher qui portait plus d’intérêt à l’entrepreneuriat et au travail acharné qu’à la recherche, voient leur budget se réduire et la stabilité de l’emploi de leurs salariés se détériorer. Elles sont aussi soumises à de nouveaux classements universitaires pour restaurer entre elles une certaine compétition.

 

 

Privatisation et dérégulation financière

La dérégulation atteint son paroxysme lors du Financial Services Act de 1986 qui opère deux changements majeurs dans les activités financières et boursières : n’importe qui peut désormais vendre et acheter des actions, alors qu’il y avait avant un monopole des financiers travaillant au Stock Exchange, et les banques étrangères peuvent désormais accroitre leurs activités à la City (banques d’affaires, agents de change,…). Ceci organisé en parallèle de l’importance croissante des nouvelles technologies a permis à Londres d’être le fer de lance de la dérégulation des 3D (désintermédiation, déréglementation, décloisonnement). Margaret Thatcher a souvent été accusée de favoriser une mentalité « d’argent facile » à l’extrême opposé des valeurs de travail acharné qu’elle défend.

Les privatisations de grands groupes publics ont permis de financer une partie des baisses d’impôt. Le gouvernement acceptait de recevoir un très gros chèque et d’abandonner tout revenu futur. Parmi les privatisations les plus importantes, on notera celle de British Telecom (1984 : 3 900 millions de livres) et de British Gas (1986 : 5 434 millions de livres)

Ces privatisations ainsi qu’une livre forte ont considérablement affecté la productivité industrielle qui a chuté de 11% entre 1979 et 1983. Les écarts de richesse entre les riches et les pauvres ainsi qu’entre le Nord plus industriel et le Sud, concentré autour du secteur tertiaire, se sont accrus et sont encore prégnants aujourd’hui.

 

 

 

La politique étrangère

Thatcher est connue pour sa position ambiguë vis-à-vis de la Communauté Européenne : soucieuse de préserver la souveraineté politique de la Grande-Bretagne, elle ne voulait pourtant pas perdre les apports économiques de la Communauté. Le fameux chèque de Fontainebleau de 1984, qui visait à rembourser en partie la contribution britannique abusive au budget agricole, a permis à la Communauté d’avoir la Grande-Bretagne comme signataire de l’Acte Unique de 1986. « Je ne peux jouer les Père Noël de la Communauté alors que mon propre électorat est prié de renoncer à des améliorations dans le domaine de la santé, de l’éducation […] et ainsi de suite. » Au parti conservateur, les avis étaient partagés sur la question. Mais Margaret Thatcher a perdu une partie de son soutien lorsque, après avoir catégoriquement affirmé qu’elle ne rejoindrait pas l’Union économique et monétaire encore larvée, elle s’y est finalement ralliée à certaines conditions.

La Guerre des Malouines (1982-1983) fut la grande guerre du Premier Ministre Thatcher. En 1982, à des fins de réduction des dépenses, l’armée britannique retire le seul et unique bateau militaire en charge de la défense de la possession britannique que sont les îles Malouines (ou « the Falklands Islands », ou encore « las Islas Malvinas »). La junte argentine en profite et envahit l’île, pariant sur des négociations avec les autorités britanniques plutôt qu’une riposte militaire. Or Margaret Thatcher voit déjà sa popularité s’effondrer du fait de mesures économiques impopulaires, et ne peut se permettre de perdre la face aux Argentins. La riposte est déclarée, et le conflit débouche sur une victoire militaire britannique rapide. La junte est renversée et la popularité de Thatcher explose, ce qui lui permettra de remporter les élections de 1983. Là encore, Margaret Thatcher a pu compter sur le soutien de médias à émotions acquis à sa cause, dont un des grands magnas est Rupert Murdoch, conservateur convaincu.

 

 

La « special relationship » avec les Etats-Unis a perduré sous Thatcher : sa proximité avec Ronald Reagan, avec qui elle partageait des principes comme l’anticommunsime et le libéralisme, a permis une étroite collaboration entre les deux pays. Lors des négociations avec l’URSS, elle s’est montrée intransigeante concernant la dissuasion nucléaire et a apporté un soutien inébranlable aux Américains. Rares ont été les sujets de divergence entre les deux pays (invasion militaire américaine de Grenade en 1983, ancienne possession britannique ou soutien mitigé lors des Malouines).

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Nicolas Berrou

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris

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