Tout savoir sur le Commonwealth Tout savoir sur le Commonwealth
Le Commonwealth est une libre association entre 53 Etats initialement créée par la Grande-Bretagne dans l’optique de conserver de « bonnes relations » avec ses anciennes... Tout savoir sur le Commonwealth

Le Commonwealth est une libre association entre 53 Etats initialement créée par la Grande-Bretagne dans l’optique de conserver de « bonnes relations » avec ses anciennes colonies.

 

Quelques dates clés 

1926 : Arthur Balfour, lors de la Conférence impériale reconnaît l’autonomie des colonies du Royaume-Uni et renomme l’Empire britannique en Commonwealth of Nations, association pour favoriser la collaboration entre ces pays devenus autonomes.

1931 : Le statut de Westminster rend les anciennes colonies officiellement indépendantes, leur conférant le statut de dominion.

1949 : La position de roi des Etats membres du Commonwealth est remplacée par celle de chef du Commonwealth pour que l’Inde, nouvelle république, puisse rester membre de l’organisation.

 

Politiquement 

Les pays membres sont tous considérés égaux dans cette association et à partir de 1949, l’allégeance à la Couronne britannique ne fut plus une condition d’appartenance au Commonwealth. Néanmoins, la reine Elizabeth II est reconnue par tous comme chef du Commonwealth et dans 16 royaumes, dont le Canada et l’Australie, elle est toujours considérée comme le chef d’Etat – bénéficiant d’un gouverneur au pouvoir symbolique la représentant sur place – et son profil est aujourd’hui encore utilisé comme avers de la monnaie. Le reste des Etats membres se compose de 32 républiques et de 5 monarchies ayant leur propre souverain. Aujourd’hui, la liste d’attente pour entrer dans le Commonwealth n’est pas négligeable : si le Rwanda a rejoint l’organisation en 2009, la candidature de l’Algérie, Madagascar, le Soudan et le Yémen est toujours sans réponse.

Attention : Le titre de chef du Commonwealth n’est pas héréditaire, le prochain roi d’Angleterre ne sera donc pas automatiquement chef du Commonwealth.

Le principal organe permanent du Commonwealth est son secrétariat, il a le statut d’observateur et représente le Commonwealth aux assemblées générales de l’ONU, organise les rencontres entre pays membres et offre à certains d’entre eux une assistance pour se développer économiquement et socialement. Quant aux décisions, elles sont le plus souvent prises lors des CHOGM (Commonwealth Heads of Government Meetings), réunions de tous les chefs de gouvernement du Commonwealth une fois tous les deux ans dans un des pays membres (le chef du gouvernement du pays hôte préside cette réunion).

Les pays du Commonwealth entretiennent des liens diplomatiques particuliers entre eux : entre pays du Commonwealth, il n’y a pas d’ambassadeurs représentant les chefs d’Etat mais seulement des hauts commissaires représentant les gouvernements et si un citoyen du Commonwealth fait face à un problème dans un pays tiers où son pays n’est pas représenté, il peut bénéficier de l’assistance de l’ambassade britannique. Plus encore, certains pays du Commonwealth donnent le droit de vote aux citoyens des autres pays membres qui résident sur leur territoire. C’est notamment le cas du Royaume-Uni et de certaines îles des Caraïbes.

Néanmoins, le Commonwealth n’est aucunement une union politique dans la mesure où les Etats membres ont la possibilité de rester neutres en cas de conflit.

 

Économiquement 

Historiquement, le Commonwealth est indéniablement né pour satisfaire aux intérêts économiques communs des pays membres. En effet, le statut de Westminster contribue principalement à la mise en place d’un protectionnisme assis sur le concept de « préférence impériale ».

Aujourd’hui, le Commonwealth bénéficie d’outils pour aider au développement économique de ses membres. C’est notamment le cas du CFTC (Fonds du Commonwealth pour la coopération technique) qui fournit les compétences techniques manquantes à certains Etats pour accélérer leur croissance économique.

 

Socialement 

Le Commonwealth, grâce à ses organismes (universités, associations, réseaux de bénévoles, organisations médiatiques, …) contribue à la promotion de certaines valeurs. Justement, deux de leurs déclarations vont dans ce sens :

  • La déclaration de Singapour en 1971 engage les pays du Commonwealth à officier pour la paix dans le monde, l’égalité, les libertés individuelles, la lutte contre la colonisation ainsi que la lutte contre la pauvreté et les inégalités économiques.
  • La déclaration de Harare en 1992 réaffirme ces principes et y ajoute la lutte pour l’égalité des sexes, l’éthique démocratique ainsi que le développement durable et la protection de l’environnement.

Néanmoins, l’indulgence du Commonwealth sur ces questions vis à vis de ses membres est souvent critiqué dans la mesure où le bilan des Etats membres en terme de droits de l’homme est loin d’être parfait. Par exemple, les problèmes de liberté d’expression et de liberté religieuse sont indéniables au Pakistan et au Nigéria et aujourd’hui, 41 des pays du Commonwealth criminalisent encore l’homosexualité.

En plus de partager des valeurs communes, les pays du Commonwealth s’unissent tous les 4 ans depuis 1930 dans une compétition multisports nommée les Jeux du Commonwealth. Les épreuves de cette compétition sont comparables à celles des jeux olympiques d’été auxquelles s’ajoutent des épreuves propres à la culture des pays du Commonwealth comme le netball ou le rugby à sept (épreuve d’ailleurs présente à Rio cet été).

 

Un succès à relativiser 

Dès le milieu des années 1960, il devient indéniable que les promesses du Commonwealth n’ont pas été tenues dans la mesure où dès 1966, Enoch Powell remarquait que « la grande majorité des Britanniques n’attachent aucune réalité ou substance à l’idée qu’ils appartiennent à un Commonwealth ». Si aucun événement n’est directement responsable de cet échec, on peut néanmoins noter trois raisons qui y ont contribué :

  • Les lois sur l’immigration de 1962 (restreint les droits à la libre-circulation des citoyens des pays indépendants du Commonwealth) et de 1968 (restreint les droits à la libre-circulation même aux citoyens des colonies).
  • Le retrait de l’Afrique du Sud du Commonwealth (1960), la suspension du Pakistan (1971), … montrent qu’il n’existe pas vraiment de lien puissant entre les pays du Commonwealth.
  • Le retrait britannique de Suez montre que le Royaume-Uni n’a plus la capacité pour défendre militairement les autres Etats membres.

Plus encore, aujourd’hui, les nombreux débats ayant lieu en Australie, au Canada, … sur la légitimité de la souveraineté de la reine contribuent à affaiblir l’image d’un Commonwealth uni.

 

Conséquences du Brexit sur le Commonwealth 

En 1973, le fait que la Grande Bretagne rejoigne la CEE a été assimilé à son abandon du Commonwealth pour se reconcentrer sur l’Europe. Dès lors, le Brexit est aujourd’hui considéré par certains comme une opportunité pour le Commonwealth.
Avant le referendum, le message dominant des leaders des pays du Commonwealth était un désir de voir la Grande Bretagne rester dans l’Union Européenne dans la mesure où elle défendait les intérêts des pays membres au sein des négociations de l’UE. Mais maintenant que le Brexit a été décidé, de plus en plus d’analystes pointent du doigt la possibilité que le Commonwealth, avec son marché qui se développe, remplace l’UE comme partenaire commercial privilégié de la Grande Bretagne. En termes d’échanges commerciaux, la part du Commonwealth dans les échanges de la Grande Bretagne est constante autour de 10% du PIB pendant la dernière décennie mais lors du dernier CHOGM de Novembre 2015, à Malte, les leaders du Commonwealth ont bien insisté sur leur désir d’augmenter leurs échanges commerciaux. Plus encore, les pays du Commonwealth ont indéniablement des facilités à échanger dans la mesure où ils parlent la même langue, ont les mêmes systèmes judiciaires et les mêmes normes et régulations. Dès lors, la presse a souvent mentionné l’intérêt de certains Etats du Commonwealth (Inde, Nouvelle Zélande, Australie) pour mettre en place des accords de libre-échange avec la Grande Bretagne post-Brexit.
Néanmoins, depuis le Brexit règne également un climat d’insécurité commerciale dans la mesure où une baisse de la croissance des pays émergents du Commonwealth a été remarquée ces deux dernières années à cause de la baisse des prix des matières premières. Or, les négociations étant jusqu’alors surtout faites au sein de l’UE (en particulier pour les pays africains), plusieurs accords bilatéraux doivent aujourd’hui être renégociés par la Grande-Bretagne ce qui peut représenter une menace pour les Etats émergents du Commonwealth.
Sur le plan politique, si rien n’a encore été décidé, la presse ne s’empêche pas de rêver à la possibilité qu’un jour, le Commonwealth soit tellement développé, qu’on y mette en place la libre-circulation des biens et des personnes.

 

Vocabulaire 

Colonies : Colony (colonies), settlement
Conférence impériale : Imperial Conferences
Statut de Westminster : Statute of Westminster
Chef du Commonwealth : Head of the Commonwealth
Allégeance : Allegiance
Candidature : Application
Secrétariat du Commonwealth : Commonwealth Secretariat
Statut d’observateur : Observer status
Liens diplomatiques : Diplomatic ties
Ambassadeurs : Ambassadors
Hauts commissaires : High commissioners
Rester neutre : To remain neutral
Protectionnisme : Protectionism
Préférence impériale : Imperial Preference
CFTC : Commonwealth Fund for Technical Cooperation
Déclaration de Singapour/Harare : Harare/Singapore Declaration
Liberté d’expression : Freedom of speech
Liberté religieuse : Religious freedom
Compétition multisports : Multi-sport contest
Jeux du Commonwealth : Commonwealth Games
Lois sur l’immigration : Immigration laws
Retrait militaire : Military withdrawal
Débats autour de la souveraineté de la reine : Debates about the Queen’s sovereignty
Partenaire commercial privilégié : Preferred business partner
Sytèmes judiciaires : Legal systems
Libre-échange : Free-trade
Matières premières : Commodities
Accords bilatéreaux : Bilateral agreements
Libre-circulation des biens et des personnes : Free movement of goods and people

Nouha Idrissi

20 ans, étudiante à l'em lyon et ex-ECS au lycée Hoche (Versailles).

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