Le Vietnam, nouvel atelier du monde? Le Vietnam, nouvel atelier du monde?
Selon le journal japonais Nikkei, le Vietnam est devenu un centre de fabrication de smartphones de premier rang mondial. Afin de profiter des politiques... Le Vietnam, nouvel atelier du monde?

Selon le journal japonais Nikkei, le Vietnam est devenu un centre de fabrication de smartphones de premier rang mondial. Afin de profiter des politiques préférentielles du gouvernement vietnamien, le nombre d’investisseurs étrangers choisissant ce pays ne cesse de croître.

Avec ses 90 millions d’habitants, sa population très jeune et son dynamisme démographique (on parle de « fenêtre démographique » favorable), le Vietnam a un potentiel de croissance impressionnant. Il est un de ces nouveaux pays émergents qui attirent de nombreuses entreprises étrangères et des flux d’investissements nourris en provenance du Japon, de la Corée et, plus récemment, des Etats- Unis.

 

I. Le renouveau du Vietnam

Ce n’est pas un hasard si la « Đổi mới », la réforme économique entreprise au Vietnam en 1986 signifie « renouveau » en vietnamien. Depuis, le pays connaît une croissance fulgurante, tirée par les investissements  étrangers et les exportations, qui représentent aujourd’hui 2/3 de son PIB. Les Etats Unis, depuis la levée de leur embargo, sont devenus le premier partenaire commercial du Vietnam : 16% des exportations de ce pays se dirigeaient vers l’Amérique du Nord en 2014.

Depuis les années 2000, le Vietnam a connu une forte croissance économique. Le PIB par habitant a fortement augmenté depuis 2002. En 2015, le Vietnam est le seul pays d’Asie du Sud Est à avoir connu un essor de ses exportations. De plus, le pays a peu souffert de la crise économique internationale. Les perspectives de croissance pour 2017 sont parmi les plus élevées de l’Asie avec plus de 7% de croissance envisagée.

 

A. Un contexte très favorable à l’émergence

 

L’ouverture au commerce international a été un facteur clé de développement mais le Vietnam bénéficiait déjà à l’origine de nombreux atouts : une main d’œuvre qualifiée et bon marché, un environnement sociopolitique stable, des usines qui ont de l’expérience en matière de sous-traitance et un artisanat développé.

La situation continue d’être très favorable pour le pays : en 2014, les points marquants de l’économie nationale sont la stabilité macroéconomique, un taux d’inflation inférieur à celui prévu par l’Assemblée Nationale et une croissance économique supérieure à 5.8%. De plus, ce pays a réussi à stabiliser le marché monétaire et financier, à ramener les taux de dépôt et de prêts bancaires à 8-9%, un réajustement fort par rapport aux années précédentes. Le cours de change entre le dong et le dollar, qui n’a pas connu de fluctuation, a favorisé l’exportation.

Le président de la Commission de l’économie du Comité central du Parti communiste du Vietnam (oufff), Vuong Dinh Huê, revient sur les réformes économiques récentes: la Commission a entamé la cession de fonds public au secteur privé, elle a minimisé les risques dans le secteur bancaire, a renforcé le système et a stabilisé la solvabilité. Concernant les investissements publics, la réorganisation des capitaux va dans le bon sens, permettant ainsi d’utiliser ces derniers efficacement.

 

B. L’importance de l’industrie textile

 

En 2015 l’industrie textile, à elle seule, réalise un chiffre d’affaires à l’exportation de 28 milliards de $. C’est le deuxième poste d’exportation après l’industrie pétrolière et représente actuellement 25% de l’emploi industriel dans le pays.

Il faut souligner que l’industrie textile vietnamienne fait bien plus qu’attirer les acheteurs des grandes marques occidentales, elle les détourne de la Chine. Bien que la Chine reste le premier producteur de textile, son rôle d’« atelier du monde » est de plus en plus contesté, ce qui bénéficie aux pays d’Asie du Sud Est, et plus particulièrement au Vietnam. La Chine a longtemps attiré pour sa supply chain complète qui limitait la sous-traitance, mai en 10 ans le salaire moyen chinois a été multiplié par 5, ce qui remet peu à peu en question le fonctionnement des usines chinoises qui sont elles aussi contraintes de sous-traiter en Asie du Sud Est. Tout particulièrement au Vietnam, qui possède l’industrie textile la plus développée de la région. Le Vietnam est donc largement reconnu comme étant le principal concurrent de la Chine pour les textiles à faibles valeurs ajoutées.

 

En plus de bénéficier d’une main d’œuvre abondante et bon marché, au même titre que ses voisins, le Vietnam cherche à se différencier en mettant en place un vrai dialogue social. Le gouvernement a compris que le faible coût du travail ne suffisait pas pour attirer les acheteurs en recherche de nouvelles destinations de sourcing. Les marques occidentales sont désormais très attentives aux conditions de travail de leurs fournisseurs, les entreprises vietnamiennes font donc en sorte de créer un bon environnement de travail pour attirer les acheteurs internationaux et être plus compétitives que leurs concurrents des pays frontaliers.

Jusqu’ici, les usines vietnamiennes faisaient principalement de la CMT (coupe – couture – finition) c’est-à-dire de la production de textile à très basse valeur ajoutée. Mais elles se modernisent peu à peu et intègrent des procédés permettant la confection de vêtements plus complexes et techniques.

Enfin, le pays bénéficie d’une montée en gamme de ses exportations grâce aux IDE.

 

C. De nouveaux secteurs fleurissent dans le pays

Grâce aux IDE, le Vietnam produit désormais des biens technologiques à forte valeur ajoutée.

« Le groupe américain Microsoft a transféré les chaînes de production de ses deux usines de smartphone Nokia en Chine – fermées fin mars dernier – vers son usine au Nord du Vietnam » – journal japonais Nikkei, juillet 2015.

De plus, le géant sud-coréen Samsung pourrait investir 4 milliards de $ d’ici à la fin de cette année pour moderniser et agrandir ses usines au Vietnam, pour le développement de sa gamme de smartphones « Galaxy ».

En mars dernier, la marque LG a dévoilé son projet d’usine de 1.5 milliards de $ à Hai Phong, dont une grande partie de la production, notamment de smartphones et de produits électroménagers, sera destinée à l’export.

Lors du premier trimestre de 2015, 107.3 millions de smartphones et téléphones portables ont été fabriqués au Vietnam, soit une croissance de 69% sur un an. A ce jour, Samsung, LG et Microsoft représentent 99% du volume total de smartphones et de téléphones portables fabriqués au Vietnam.

Concernant les politiques préférentielles du gouvernement vietnamien pour les investisseurs étrangers, il y a en premier lieu la diminution de l’impôt sur les revenus de l’entreprise, l’exonération partielle ou totale de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ou sur les exportations, et la réduction des redevances d’occupation foncière.

 

D. Des accords très prometteurs 

Malgré un contexte économique mondial difficile ces dernières années, le Vietnam n’a cessé de s’étendre sur les plus grands marchés mondiaux et ce phénomène devrait encore s’accentuer. En effet, derrière la récente popularité du Vietnam en tant que destination de sourcing, se cache un intérêt croissant pour les accords de libre échange qui ont récemment été conclus par le Vietnam :

  • L’accord de libre-échange entre l’UE et le Vietnam – clos en décembre 2015
  • L’accord de Partenariat Trans-Pacifique TPP : 12 pays signataires dont le Vietnam, les Etats-Unis et le Japon – clos en octobre 2015

Ces accords bénéficient à la fois aux pays importateurs qui peuvent importer leurs produits du Vietnam sans qu’ils ne soient taxés, et au Vietnam qui voit donc ses exportations progresser notablement en volume comme ne valeur. C’est certainement le secteur du textile et de l’habillement qui bénéficie le plus des accords de libre-échange. La majorité des produits textiles vietnamiens sont exemptés de droits de douane, ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on sait qu’ils subissaient, avant les accords, une taxe douanière de 12% en UE et de 18% aux Etats – Unis. Cela donne des raisons supplémentaires aux pays importateurs de textile de se tourner vers le Vietnam pour leur sourcing ; De plus, avec une main d’œuvre moins chère qu’en Chine et des tarifs douaniers si avantageux, les transferts de la Chine vers le Vietnam ont même cru.

Le TPP est l’accord qui en théorie a le plus d’impact sur l’industrie de l’habillement vietnamienne étant donné qu’il est signé avec les Etats-Unis et le Japon, les deux plus grandes sources de débouchés pour le Vietnam en matière textile. Quant à l’accord de libre-échange entre l’UE et le Vietnam, il doit encourager fortement les marques européennes à se mettre au « Made in Vietnam ».

Avec la signature de ces traités, le Vietnam devient le seul pays en développement à faire à la fois partie du TPP, de l’ASEAN et de Système des Préférences Généralisées de l’UE. Les accords ne font que renforcer les nombreux avantages du sourcing vietnamien pour les marques de prêt à porter des pays signataires.

 

II. Cependant, sa place n’est pas vraiment assise au sein de l’économie mondiale

A. Les conditions de ces traités de libre échange posent des problèmes pour le pays

Ces accords ne se font pas sans quelques sacrifices de la part du Vietnam. En effet, ils sont soumis à la règle d’origine…le TPP stipule par exemple que « les entreprises exportatrices seront dispensées de toute taxe sous réserve de justifier que les matières premières proviennent du Vietnam ou de l’un des pays signataires de l’accord. » Cela deviendra problématique pour le Vietnam s’il continue d’importer la plupart de ses matières premières de Chine.

 

B. Les obstacles qui demeurent pour l’économie vietnamienne

L’un des grands problèmes aujourd’hui est l’équilibre entre les recettes et les dépenses budgétaires, notamment dans un contexte où la dette publique risque d’atteindre le plafond autorisé et où le cours mondial du pétrole brut baisse. Les activités commerciales des entreprises rencontrent toujours des difficultés.

D’un autre côté, les dettes douteuses du système bancaire restent encore élevées et leur règlement ne rapporte pas encore de résultats remarquables. En 2016 les finances publiques restent fragiles, la monnaie nationale s’étant dépréciée en 2015 et les réserves de change étant insuffisantes.

Enfin, les échanges du Vietnam sont marqués par un fort déséquilibre géographique, le pays enregistrant un excédent commercial avec les pays occidentaux et un déficit avec ses voisins asiatiques. Le Vietnam exporte du riz (il se classe parmi les premiers exportateurs), des produits textiles et des chaussures, des produits technologiques et du pétrole brut, comme nous l’avons vu. Ses importations sont constituées essentiellement de machines – outils, de pétrole raffiné et d’acier. Le gouvernement a pris des mesures depuis 2011 afin de réduire le déficit commercial, responsable du déficit de la balance courante des paiements. Le Vietnam continue à être pénalisé par un déficit commercial, les importations du pays ayant également augmenté.

 

Conclusion

Après quelques turbulences en 2012-2013, l’économie vietnamienne semble relancée dans une dynamique positive, qui s’est traduite par une croissance de 6.7% en 2015. Dans un contexte international dégradé, le Vietnam a pleinement profité de la perte de compétitivité chinoise pour s’intégrer encore plus intensément dans les chaînes de valeur internationales, notamment sur de nouveaux segments tels que la téléphonie. Pour autant, aussi impressionnante que soit la trajectoire de développement du pays sur les deux dernières décennies, celle-ci ne se démarque pas fondamentalement du dynamisme général de l’Asie en développement. Surtout, le processus de convergence semble se ralentir sur la période la plus récente, posant la question de l’efficience globale du système économique vietnamien (faiblesse de la contribution de la productivité globale des facteurs à la croissance) et des réformes à mettre en œuvre pour anticiper les limites du modèle de développement actuel. Cette évolution passe par des interactions renouvelées entre les trois grands blocs d’acteurs : les entreprises publiques, privées étrangères et locales et un rééquilibrage des droits dans l’accès au marché, l’accès au financement etc.

(D’après « Le Vietnam, nouvel atelier du monde ? Opportunités et enjeux  – Christophe BARAT)

 

 

Voici une petite vidéo publiée par Forbes sur les perspectives économiques du Vietnam pour 2017 :

https://www.forbes.com/sites/ralphjennings/2017/01/05/beer-to-xx-5-reasons-vietnams-economy-will-grow-quickly-this-year/#515718d91e85

Violeta Campos

étudiante à HEC Paris. J'ai passé toute ma scolarité au Lycée Français de Madrid, puis j'ai intégré Janson de Sailly (Paris) en prépa ECE. Mon amour pour les maths, l'éco (un peu) et les langues me poussent à écrire pour vous aujourd'hui !

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