La mémoire historique dans le monde hispanique La mémoire historique dans le monde hispanique
¡Hola cher carré!  Maintenant que les écrits sont enfin finis, place aux oraux. Pour t’aider dans ton travail de préparation, nous t’offrons l’occasion de... La mémoire historique dans le monde hispanique

¡Hola cher carré!  Maintenant que les écrits sont enfin finis, place aux oraux. Pour t’aider dans ton travail de préparation, nous t’offrons l’occasion de faire le point sur quelques sujets de civilisation.

Si tu es en première année, profite de cet article pour t’avancer dans les sujets de civilisation (si cela n’a pas déjà été traité en classe par ton professeur/e) et pour approfondir le sujet si tu le souhaites. Des connaissances solides en civilisation sont très appréciées aux épreuves orales et tu peux t’en servir pour te démarquer lors des épreuves écrites.

 

La mémoire historique, késako ?

La mémoire historique qualifie l’importance d’un fait historique au sein d’un pays, d’une société. Lorsque l’on parle de mémoire historique dans le cadre du monde hispanophone, cela renvoie principalement à la façon dont les pays se comportent vis-à-vis de leurs anciennes dictatures. En effet, le monde hispanophone a connu des régimes dictatoriaux durant le XXème siècle, régimes qui ont fait beaucoup de morts et ont laissé des milliers de familles dans le doute et l’incompréhension. Si l’Espagne a commencé à réhabiliter les victimes du franquisme, l’Argentine reste le pays qui a le plus fait en matière de condamnation de son régime dictatorial.

 

Les conséquences du Franquisme ont longtemps été passées sous silence

Depuis le début du siècle, l’Espagne remet en question son passé franquiste. Ce regard rétrospectif est nouveau et ravive des souvenirs souvent passés sous silence. Tu n’es pas sans savoir que la guerre civile (1936 – 1939) et le franquisme ont fait beaucoup de morts.  A ce jour, très peu de corps ont été retrouvés ; par exemple, la dépouille du célèbre dramaturge Federico García Lorca demeure toujours introuvable malgré plusieurs recherches.

Les familles des victimes continuent à demander à ce que justice soit faite, encore aujourd’hui. En effet, la transition démocratique a été fondée sur une sorte de « pacte de l’oubli » : en échange du consensus politique, le procès des responsables du franquisme n’a jamais été tenu du fait de la Loi d’Amnistie Générale signée lors de cette période. Dans cette vidéo, 15 artistes espagnols prennent l’identité de quelques victimes du régime, pour protester contre cette impunité.

En 2007, la Loi sur la mémoire historique est adoptée en Espagne. Ce fut l’un des plus grands chantiers du mandat de José Luis Rodríguez Zapatero (PSOE), lui-même petit fils d’un républicain fusillé en 1936. Cette loi vise à reconnaître et localiser les victimes du franquisme. Cette loi impose également la disparition des symboles franquistes, des statues franquistes, à certains noms de rues comme 18 de julio ou Carrero Blanco, en passant par la reconversion del Valle de los Caídos, lieu commandé par Franco pour faire hommage aux « héros et martyrs de la Croisade » où se situe également la sépulture du dictateur. Cependant, cette loi a fait polémique et a été l’objet de vives critiques, notamment de la part du Partido Popular.  En effet, ce parti est l’héritier d’un parti politique, l’Alliance Populaire, fondé sous la transition par un ancien ministre franquiste. Une partie de son électorat reste très conservateur et s’oppose à la condamnation du national-catholicisme sous Franco. Le PP n’a jamais condamné la guerre civile et la dictature.

 

L’Argentine est le pays qui a le plus œuvré a réparer les conséquences de sa dictature

Comment ne pas parler de l’Argentine lorsque l’on parle de mémoire historique ? L’Argentine est bien LA référence en matière de réparation. L’Argentine a connu plusieurs régimes dictatoriaux durant le XXème siècle et le plus connu reste sans doute le « Processus de réorganisation nationale », dictature militaire qui a sévit de 1976 à 1983. Durant cette période, il y a eu près de 30 000 disparus (desaparecidos), 15 000 fusillés, plus de 500 bébés enlevés aux desaparecidos et élevés par des familles proches du régime.

Les Mères de la place de Mai n’ont pas attendu la fin du régime pour demander des comptes au régime. Cette association a été formée par des mères argentines de desaparecidos qui voulaient retrouver leurs enfants enlevés de force. Le nom de cette association provient de la place où les mères effectuent leurs rondes tous les jeudis après midi : la place de mai où se trouve le siège du gouvernement, la Casa Rosada. A l’origine, les mères portaient les langes en tissu de leurs bébés en signe de protestation, mais aujourd’hui elles portent des foulards blancs. Le groupe acquiert une portée internationale lors de la Coupe du monde de football de 1978 qui avait lieu en Argentine cette année là.

Par la suite, l’association des Grands-Mères de la Place de Mai s’est formée, se spécialisant dans la recherche de l’identité des bébés volés sous la dictature militaire. A ce jour, leur travail a permis d’identifier 120 enfants enlevés et clandestinement adoptés.

Mais l’Argentine ne s’est pas arrêtée là. Il y a eu beaucoup de poursuites judiciaires contre les crimes commis lors de la dictature pendant les années 80. En juillet 2003, Nestor Kirchner, alors président de l’Argentine, abroge certains décrets d’amnistie. En 2005, la Cour Constitutionnelle déclare comme anticonstitutionnelles les lois d’amnisties de 1986 et 1987. Cela a donc ouvert la possibilité de nouveaux procès. Une soixantaine de ces procès ont eu lieu entre 2005 et 2009.

Parmi les jugés, le Général Jorge Videla, à l’origine du coup d’Etat de 1973, a été condamné à la prison à perpétuité en 1985 et y est mort en 2013. Reynaldo Bigone a également été condamné à la prison à perpétuité en 2011 pour sa participation sur l’opération Condor, ainsi que Alfredo Astiz, « el angél de la muerte ».

 

El Juez Garzón, figure phare de cette lutte

Baltasar Garzón Real, plus connu sous le nom de Juez Garzón, a grandement œuvrer pour faire la lumière sur certains crimes contre l’humanité. Garzón s’est fait connaitre en lançant un mandat d’arrêt contre l’ex dictateur chilien Augusto Pinochet. Il tenta également d’assigner à comparaître Henry Kissinger, ex secrétaire d’Etat américain, afin de l’entendre sur l’opération Condor.

Le juge a décidé en 2008 d’enquêter sur 114 000 disparus de la guerre civile et des organisations d’extrême droite telles que la Phalange Espagnol ou le syndicat Manos Limpias ont porté plaine contre lui. En 2012, Garzón est suspendu de la magistrature espagnole pour 11 ans, pour avoir enfreint la loi d’amnistie de 1977.

 

 

Vocabulaire et quelques précisions

Los desaparecidos: nom donné aux personnes enlevées de manière secrète puis tuées lors de la guerre sale de la dictature militaire chilienne de 1976 à 1983

El Plan Condor : nom donné à une campagne d’assassinats et de lutte contre les guérillas dans le cône Sud, menée par les services secrets avec le soutien des Etats Unis  au milieu des années 70.

La mémoire historique                la memoria histórica

Les bébés enlevés                         los bebes robados

Les parents adoptifs                     los padres adoptivos

Les Mères de la Place de Mai      las madres de la plaza de Mayo

Une dictature                                 una dictadura (toujours avec un d)

La prison                                         la carcél

Prison à perpétuité                       cadena perpetua

Rendre des comptes                     rendir cuentas

La Phalange                                   la Falange

Un héritier                                     un heredero

Hériter                                            heredar

Exhumer                                         exhumar, desenterrar

Demander justice                          pedir/exigir/reclamar justicia

Manon Gomes

Préparationnaire à plein temps au Lycée Henri Poincaré de Nancy, je donne un coup de pouce à Major Prépa à mes heures perdues.

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