La préparation aux oraux de langue, ou comment se faire passer pour bilingue en moins d’un mois La préparation aux oraux de langue, ou comment se faire passer pour bilingue en moins d’un mois
Les langues sont les seules épreuves orales que vous retrouverez dans chaque école lors de cette longue période. Et même si elles présentent des... La préparation aux oraux de langue, ou comment se faire passer pour bilingue en moins d’un mois

Les langues sont les seules épreuves orales que vous retrouverez dans chaque école lors de cette longue période. Et même si elles présentent des formats légèrement différents, il est toujours possible de s’en tirer avec une note plus que respectable, grâce à une préparation sérieuse, minutieuse, quotidienne. Et ce sans nécessairement être bilingue.

 

HEC

LV1

Coefficient : 4 (sur 36)

Format : 20 min de préparation pendant lesquelles le candidat écoute deux fois de suite un texte audio d’une durée maximum de préparation, pour y prendre des notes, préparer son compte-rendu, et faire un commentaire sur le sujet. S’ensuivent 15 minutes de passage devant le jury.

 

LV2

Coefficient : 3 (sur 36)

Format : 20 minutes de préparation où le texte audio est remplacé par un texte écrit. Puis s’ensuivent 15 minutes de préparation sur le même format que la LV1, avec éventuellement la traduction de quelques lignes. À défaut d’un entretien de personnalité à HEC, les langues jouent souvent le rôle de ce dernier donc préparez-vous à des questions portant sur votre futur.

 

ESSEC

LV1

Coefficient : 6 (sur 30)

Format : 30 minutes de préparation sur un texte en français, ce qui est quasiment unique en France. Le jury composé de deux personnes est plus exigeant car vous ne pouvez désormais plus vous cacher derrière une compréhension imparfaite du texte (ici, ça ne marche pas 😉 ). Cette épreuve est d’autant plus difficile que comprendre le texte en français ne signifie pas pour autant pouvoir le réexpliquer en langue étrangère, avec le vocabulaire adapté. Le passage à l’oral dure environ 30 minutes, réparties approximativement de la sorte : 5 minutes de résumé, 10 minutes de commentaire, et 15 minutes de conversation, dont le sujet dépendra, malheureusement pour vous, du bon vouloir du jury.

 

LV2

Coefficient : 4 (sur 30)

Format : 20 minutes de préparation sur un texte écrit dans la langue que vous passez, puis 20 minutes de passage –devant un unique examinateur- réparties entre 10 minutes de résumé-commentaire et 10 minutes de discussion.

 

ESCP

LV1

Coefficient : 6 (sur 30)

Format : 20 minutes de préparation sur un texte en version originale suivies de 15 minutes de passage. La portée internationale de l’école incite les jurys à exiger des candidats un haut niveau de maîtrise lexicale et syntaxique.

 

LV2

Coefficient : 4 (sur 30)

Format : 20 minutes de préparation et 15 minutes de passage.

 

Emlyon

LV1 & LV2

Coefficient : 3 chacune (sur 15)

Format : 25 minutes de préparation sur un texte écrit pour 20 minutes de passage, où il vous sera demandé, au début, de lire quelques lignes du texte.

 

EDHEC

LV1

Coefficient : 6 (sur 30)

Format : 20 minutes de préparation sur un texte, puis 20 minutes de passage réparties de la sorte : 5 minutes de résumé, 5 à 10 minutes de commentaire et 5 à 10 minutes de discussion portant généralement sur pourquoi vous visez l’EDHEC.

 

LV2

Coefficient : 4 (sur 30)

Format : idem.

 

Audencia

LV1

Coefficient : 4 (sur 15)

Format : Un déroulé classique avec 20 minutes de préparation et 20 minutes de passage sur un texte.

 

LV2

Coefficient : 3 (sur 15)

Format : idem.

 

TBS

LV1 (qui est automatiquement l’anglais)

Coefficient : 5 (sur 20)

Format : 20 minutes de préparation sur un texte en anglais suivies de 20 minutes de passage, réparties entre 10 minutes de résumé-commentaire et 10 minutes de discussion dont le thème ne sera pas limité au sujet du texte présenté.

 

LV2

Coefficient : 4 (sur 20)

Format : idem.

 

ECRICOME

LV1

Coefficient: 4 sur 15 pour Neoma, 4 sur 19 pour Kedge

Format : 20 minutes de préparation basée sur l’écoute d’un article de presse enregistré, puis 20 minutes de passage.

 

LV2 : 4 sur 15 pour Neoma, 3 sur 19 pour Kedge

Format : idem.

 

 

Prenez vous en main

Vous avez peut-être accordé peu d’importance aux khôlles de langues lors de vos années de préparation,… et vous avez eu raison. Elles vous auront probablement permis d’être plus à l’aise avec le format de l’épreuve ou les attentes des jurys, mais leur fréquence était si faible que la valeur ajoutée qu’elles ont apportée à votre maîtrise de la langue et à votre fluidité est… proche de zéro. Désormais, le plus gros du travail se fera tout seul ou entre amis, et les khôlles de langues lors de la préparation aux oraux seront l’occasion d’évaluer votre niveau et d’échanger quelques mots avec votre attentif professeur sur votre progression. Ni plus, ni moins.

 

 

Abandonnez les traductions mais… Reprenez votre grammaire

Félicitations, les longues heures que vous avez passées à traduire de longs textes incompréhensibles ou des phrases tordues sont désormais, espérons-le, derrière vous. Il ne vous sera évidemment plus utile de poursuivre cette préparation écrite, comme traduire ou lire. Cependant, il est vivement déconseillé d’abandonner cette chère grammaire: la plupart des jurys auront l’oreille pour détecter les fautes de grammaire que vous lâcherez sûrement par hasard -lors d’une passionnante discussion- ; et dont la répétition entrainera indéniablement votre note vers les abysses (« French women are having less and less babies »= Merci, au revoir). Deuxièmement, un mois d’abstention grammaticale risque fort de nuire à votre mémoire, qui vous jouera pour sûr des tours au moment de prendre la parole devant un jury à l’affût.

Par conséquent, continuez à travailler votre grammaire. Si vous avez eu l’idée d’établir un lexique grammatical lors de votre préparation aux écrits, l’idéal serait de le relire régulièrement pour ne pas perdre le rythme. Sinon, votre professeur de langues a très probablement eu la sagesse de vous délivrer des cours de grammaire. Inutile de consacrer un temps fou : 10 min par langue par jour suffiront ;).

 

 

Travaillez votre accent

Si vous n’êtes pas un bilingue maîtrisant parfaitement l’intonation, alors vous avez probablement « the French Accent ». Mais vous pouvez aussi réaliser d’importants progrès dans l’intonation qui, même s’ils ne satisferont pas pleinement les puristes, auront le mérite de prouver à vos jurys que vous avez essayé. Et c’est déjà bien. Comme il sera précisé plus tard, les jurys valoriseront aussi votre personne et apprécieront vous voir –même si c’est dur- faire des efforts de prononciation.

 

Hollande2

You ken bi… Dou, wat oui want. Tou dou.

 

La meilleure façon de s’améliorer est avant tout de s’imprégner de cet accent : écoutez la radio, des livres audio, vos séries préférées,… dans la langue à travailler. La stratégie est simple et efficace. Évidemment, un des mots d’ordre est de prendre du plaisir : si les reportages de la BBC vous barbent, inutile de se prendre trop la tête et switchez sans hésitation sur des choses plus divertissantes. Une des meilleures solutions est sans doute d’écouter un livre audio d’un auteur qui vous intéresse : vous pouvez en trouver facilement en ligne ou faire une modique dépense sur iTunes, pour l’écouter à tout instant, en mangeant, conduisant, faisant du sport, et tout ça en prenant du plaisir. Et promis, vous vous imprégnerez lentement mais sûrement de l’accent.

En même temps, prenez un autre temps pour répéter les phrases et intonations que vous entendez. Choisissez sur Youtube par exemple une vidéo traitant de l’actualité, écoutez le narrateur, interrompez la vidéo, et répétez ce qui vient d’être dit exactement de la même manière et jusqu’à parfaite prononciation. Vous vous sentirez, peut-être, un peu ridicule à parler tout seul devant votre bureau, mais si vous y consacrez 20 à 30 minutes par jour, vous verrez des améliorations au bout d’une demi-semaine. Et vous prendrez une avance considérable sur vos collègues qui se contenteront des khôlles pour s’améliorer (« Winners are simply willing to do what losers can’t », Million Dollar Baby, Clint Eastwood).

Même les langues que vous étudiez auront des accentuations différentes selon la localisation géographique de ceux qui la parlent. Et heureusement pour vous, vous avez la possibilité de choisir les meilleurs accents sur lesquels travailler. En anglais par exemple, préférez l’accent anglais plus prononcé et plus facile à imiter qu’un accent américain bien typique et plus hâché. En espagnol, préférez la prononciation d’Amérique Latine légèrement plus lente et plus insistante sur les accents, que celle d’Espagne dont le débit a de quoi décourager…

 

 

Travaillez votre fluidité

Maintenant que vous maniez avec brio l’intonation, il ne manque plus que la fluidité de la langue pour pouvoir démontrer avec aisance ce que vous affirmez lors d’une présentation digne d’un récital ou d’un débat politique enflammé. L’idée est aussi d’avoir un minimum de crédibilité lorsque vous séchez sur une question tordue.

Pour ce faire, trouvez un « team partner » sérieux et agréable qui travaille la même langue. De l’ordre de 30 minutes par jour, échangez dans cette même langue sur un sujet d’actualité concernant le pays étudié, et ce dans un endroit tranquille pour éviter les parasites. Le plus dur est de se lancer. Vous pouvez choisir un copain ou un ami, mais au risque d’avoir un niveau d’efficacité proche de zéro. Vous développerez entre autres de nombreux skills comme : préparer votre phrase avant de vous lancer –éviter à l’oral les différentes fautes de grammaire –gagnez en fluidité – être bref et pertinent. Vous gagnerez indéniablement en confiance et, encore une fois, le plus difficile dans cette préparation est de se lancer. Une fois tous les sujets d’actualité épuisés, continuez à parler, de tout et n’importe quoi.

 

 

Les sujets de civi

Il existe toujours un risque de tomber à l’oral sur un sujet que vous n’aurez pas du tout étudié, et sur lequel il sera très difficile de faire un exposé. Mais vous aurez aussi d’autres choses à faire selon votre préparation aux oraux et les écoles auxquelles vous aspirez. L’idée est donc extrêmement synthétique et d’entamer une révision de ces sujets ni trop exhaustive, ni trop chronophage. Inutile par exemple de connaître les réformes exactes de Donald Trump, mais seulement les plus importantes, dans les grandes lignes. Trudeau, les minorités aux Etats-Unis, l’éducation, les grands partis politiques aux EU comme au Royaume-Uni… sont des sujets qu’il est aussi conseillé de maîtriser dans les grandes lignes. Mais encore une fois, vous n’aurez pas le temps de tout couvrir, et cela se fera partiellement au petit bonheur la chance (comme les autres candidats). Vous vous distinguerez par la clarté de votre propos et votre attitude.

 

 

Le langage corporel

Le langage corporel est extrêmement important (comme à peu près dans tous les oraux) mais il est à tort très peu évoqué durant les préparations. Vous apporterez une énorme valeur ajoutée à votre présentation et votre oral en ayant l’attitude correcte, c’est-à-dire en montrant que vous en voulez. Imposez-vous, penchez-vous légèrement en avant les mains posées calmement sur la table (et pas recroquevillé ou adossé sur le siège les bras croisés), regardez le jury droit dans les yeux, ne balbutiez pas mais parlez d’une voix claire et distincte, répondez avec calme et confiance aux questions tordues, jouez des mains pour donner plus de sens à votre propos. Montrez que vous êtes content d’être là (même si vous ne l’êtes pas) et que vous voulez cette école (même si c’est votre pire admissibilité). Ces petits détails laisseront une agréable image à votre jury, et compenseront une maîtrise de la langue éventuellement moyenne. Vous n’avez strictement rien à perdre et tout à gagner, surtout des points supplémentaires.

 

Encore une fois, les jurys valoriseront les prestations de candidats qui montrent être motivés et qui essaient de bien faire. Dites-vous au pire que ce ne sont que 40 minutes à faire semblant.

 

Et surtout, souriez.

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris Ancien préparationnaire au Lycée Saint-Vincent de la Providence à Rennes.

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