Le triptyque est une épreuve que l’on retrouve seulement à HEC Paris.

Extrait du rapport du jury 2014 :

« Le triptyque offre aux candidats la possibilité de manifester la qualité de leur réflexion. Les trois moments de l’épreuve (convaincant, répondant, observateur) permettent aux examinateurs d’apprécier comment les candidats élaborent leur argumentation dans une situation d’interaction.

Complémentairement aux qualités intellectuelles indispensables, l’épreuve permet de manifester des qualités personnelles d’engagement, de sincérité et d’autonomie. Elle explicite comment les candidats réfléchissent et travaillent avec autrui.

L’écoute, l’intégration des idées d’autrui (sans soumission servile, mais sans opposition de principe), la créativité, l’originalité sont des qualités indispensables pour le parcours que l’école HEC propose à ses étudiants et pour leur vie professionnelle future. Au fond ce que l’on attend, et que l’on analyse à travers le prisme des trois temps de l’épreuve, c’est une compréhension intellectuelle des enjeux de notre temps, c’est une écoute responsable gage d’une pensée ouverte et autonome, et c’est l’intelligence des situations mettant en confrontation différents acteurs autour d’une réflexion commune.

Avec la mise en perspective des trois facettes de l’épreuve, avec ce mécanisme qui permet de « révéler» (au sens photographique) les qualités et les faiblesses des candidats, on peut affirmer que l’épreuve remplit bien son rôle et qu’elle est de mieux en mieux comprise par les candidats.

Les sujets proposés, renouvelés chaque année, dont quelques exemples sont donnés à la fin de ce rapport, sont choisis en raison de leur caractère problématique que les candidats doivent interroger : ni opposition dichotomique brutale (pour ou contre la mondialisation ?) ni formulation platement assertive (la mondialisation se justifie pour des raisons économiques) mais l’ouverture d’une réflexion possible, argumentée, contradictoire (Faut-il craindre la mondialisation ?).

Une épreuve de mieux en mieux comprise, des enjeux et des objectifs clarifiés dans la tête des candidats et de ceux qui participent à leur formation. Il faut cependant pour aider les futurs candidats reprendre les principaux travers constatés lors de la session 2014. Le défaut majeur (tant pour le convaincant que pour le répondant, mais aussi pour l’observateur, témoin passif et souvent soumis du débat), reste, depuis plusieurs années, l’absence de questionnement du sens du sujet.

On ne saurait trop répéter aux candidats que la première question à se poser quand on leur propose un sujet est toujours : pourquoi ce sujet, quel intérêt y a-t-il à me confronter à cette question ?

Plus précisément, on peut noter les faiblesses suivantes :

En position de convaincant :

  1. Une lecture partielle et incomplète du sujet, une définition imprécise des termes et de la problématique proposée ainsi qu’une absence de recul,
  2. Un choix de position relevant du goût, de l’aléa ou de l’opportunité et non de réflexions, de valeurs ou de principes. De plus en plus de candidats considèrent, à tort, que toute « position » est possible dès lors qu’elle est affirmée.
  3. Un plan souvent « convenu » en trois points (+ de 80% des exposés). Les trois points sont parfois sans lien, sans cohérence (il faut trois points, un point c’est tout, pensent à tort beaucoup de candidats !)
  4. Un manque de rigueur et de précision dans la structure de l’exposé ou dans la forme. Conseillons, à cet égard, aux candidats d’utiliser au mieux le temps court (4 minutes) de l’exposé (court, mais affreusement long pour certains qui s’arrêtent après deux minutes à peine) en évitant, au début de l’exposé, de faire une annonce de plan déjà très explicite qui fait redondance avec l’exposé proprement dit, qui parfois n’apporte rien ensuite.
  5. Annoncer 2 ou 3 points et les aborder immédiatement et clairement pour la formulation est suffisant.
  6. Le temps proposé pour l’exposé est de 4 minutes : cela signifie que le critère de gestion du temps est un élément logique de l’appréciation. Si l’exposé est un peu court, mais cohérent, structuré, riche, le candidat ne sera pas pénalisé. Si le candidat poursuit au-delà de 4 minutes, il sera arrêté par le jury sans pouvoir conclure et son évaluation s’en trouvera minorée.

En position de répondant :

  1. Un manque de recul, d’envergure, d’imagination, d’originalité.
  2. Un choix « par principe » de la position inverse de celle défendue par le convaincant sans expliciter ce qui fonde ce choix (raisonnement, lecture historique et théorique, principes ou valeurs personnels),
  3. Une volonté affichée de façon un peu systématique et artificielle d’établir en fin d’épreuve une position commune qualifiée de « consensus »,
  4. La répétition des positions déjà évoquées au moment de la conclusion sans synthèse réelle,
  5. Il faut conseiller au candidat de commencer par réfléchir avant de s’engager sans discernement dans le débat, lequel ne peut se réduire à une interrogation du convaincant : le répondant n’est pas un journaliste qui vient recueillir les réflexions de l’exposant. Il doit se situer lui-même dans le débat et développer une pensée structurée et autonome qui peut prolonger celle du convaincant ou s’en départir selon les hypothèses proposées et justifiées par l’un et l’autre.

En position d’observateur :

  1. Trop de généralités, trop d’hésitations,
  2. La recherche systématique des contradictions supposément exprimées par les candidats,
  3. Un fréquent manque de discernement et une lecture souvent réductrice orientée sur des questions de forme (l’expression de qualités telles que la modestie, l’humilité, voire la politesse est souvent considérée comme un signe de faiblesse),
  4. Une évaluation du débat souvent centrée sur l’obsession d’avoir obtenu ou non un consensus,
  5. Il faut conseiller au candidat en position d’observateur d’aller à l’essentiel :

– Que s’est-il passé dans ce débat ?

– Quelles sont les contributions respectives du convaincant et du répondant ?

– Y a-t-il ou n’y a-t-il pas de progression, d’avancée et de résultat à la fin du débat ?

– Comment qualifier les performances et les comportements des candidats et les relations qu’ils ont établies pendant la discussion ?

Distance, compréhension des paradoxes, humour restent des qualités appréciées des examinateurs…mais sont assez rares. La maîtrise incertaine de la langue conjuguée à une insuffisante réflexion met en péril de nombreux candidats. Quelques exemples de débat permettent d’illustrer cette situation :

  • « Un fils est un créancier donné par la nature » (Stendhal) ne peut être traité comme l’affirmation de la dette des enfants envers leurs parents ! Les candidats n’ont pas encore la compréhension fine des bilans des entreprises mais on peut attendre qu’ils ne confondent pas la dette et la créance. L’erreur souvent commise en position de convaincant est généralement acceptée sans hésitation tant par le répondant que par les observateurs : ce n’est que lorsque l’examinateur mentionne, par exemple, les créanciers de la Grèce que les candidats comprennent (enfin !) que le créancier n’est pas celui qui doit mais celui à qui l’on doit. C’est toute la richesse contre-intuitive de l’affirmation de Stendhal qui fait l’intérêt du sujet proposé.
  • Le sujet « entreprendre suppose-t-il une bonne dose d’inconscience ?» ne peut être traité à partir de l’assertion consistant à établir que l’inconscience, c’est l’insouciance et que ce sont les insouciants qui font les bons entrepreneurs !
  • « La science est le mythe des sociétés modernes, qu’en pensez-vous ? » ne peut se limiter à un développement sur le fait que le mythe est une fable en ignorant toute perspective sociale et toute dimension fondatrice.
  • « N’injurie pas un plus âgé que toi car il a vu la lumière divine avant toi, selon la sagesse de l’Égypte ancienne » ne peut s’envisager comme l’organisation de la prise en charge des personnes âgées.
  • « L’Allemagne est un pays que je n’aimerais pas avoir pour voisin, disait Conrad Adenauer » ne peut être traité sans mentionner l’auteur de la citation qui lui donne une dimension ironique mais surtout une dimension volontariste sur la puissance de l’Allemagne et ses perspectives dès les années 1960.
  • « Faut-il surtout craindre les concurrents qui n’existent pas encore ? » ne peut être traité à partir de l’analyse du sentiment de crainte ou de peur en ignorant la dimension clé de l’émergence de nouveaux acteurs économiques dans un contexte d’innovation.
  • « L’altruiste est un égoïste raisonnable selon Rémy de Gourmont » ne peut être traité à partir de l’assertion que l’altruiste est celui qui est en relation avec les autres et est ouvert aux réseaux sociaux.

Nous ne nous livrerons pas à l’exercice du bêtisier, inutilement blessant pour les candidats, mais constatons simplement, que, bien que le triptyque ne soit pas une épreuve d’histoire, il est assez singulier d’entendre que le principal mérite de Napoléon a été de chasser tous les tyrans d’Europe ou que l’époque de Blaise Pascal est celle du libertinage.

Les candidats manifestent, à juste titre, un fort intérêt pour les propositions concrètes et se défient, tout aussi justement, des considérations abstraites. L’ennui, c’est que pour beaucoup d’entre eux, concret s’assimile à prosaïque, à ce qui se passe entre nous ici et maintenant, sans recul, ni élaboration et qu’abstrait est le terme employé pour théorique et conceptuel !

Certains candidats se plaignent des citations de leurs camarades car elles renvoient à des situations historiques, donc dépassées !

Constatons pour conclure que de très nombreux candidats font preuve de qualités remarquables (dûment constatées par des notes exceptionnelles) dans les trois composantes de l’épreuve :

  • Des convaincants réalistes, stratèges, assumant leur analyse et leur approche avec honnêteté, s’exprimant avec clarté et rigueur,
  • Des répondants faisant preuve d’écoute et de tolérance, vifs, capables de sérier les problèmes et de réagir positivement à des propositions. Qu’un candidat, qui ne connaît pas le sujet quand il entre en salle d’examen, après avoir « subi » un exposé vide d’à peine trois minutes sur le sujet « Les absents ont toujours tort … de revenir » soit capable d’aborder les différentes dimensions de l’affirmation en les illustrant par la référence au colonel Chabert, à Ulysse et aux tentatives ratées ou réussies de certains hommes politiques en présentant sa réflexion avec clarté et pertinence ne peut qu’impressionner favorablement les examinateurs. Ajoutons dans le cas mentionné une tentative d’associer un convaincant médiocre à la réflexion sur le thème proposé sans condescendance ni suffisance.
  • Des observateurs lucides, attentifs à ce qui est dit (mais aussi à ce qui est implicite dans les argumentations) capables d’analyser un débat et d’en faire la synthèse avec finesse et respect.
  • Les notes s’échelonnent de 5 à 20. »

Exemples de sujets :

  • L’abeille brusque-t-elle le jasmin ?
  • L’adolescence est l’âge où les enfants commencent à répondre eux-mêmes aux questions qu’ils posent. Qu’en pensez-vous ?
  • Un fils est un créancier donné par la nature, dit Stendhal dans Lucien Leuwen. Qu’en pensez-vous ?
  • Est-ce un progrès si un cannibale se sert d’une fourchette ?
  • C’est ce que nous pensons déjà connaître qui nous empêche souvent d’apprendre, selon Claude Bernard. Qu’en pensez-vous ?
  • Changement d’herbage réjouit les veaux, dit un proverbe français. Qu’en pensez-vous?
  • La méthode, c’est le chemin une fois qu’on l’a parcouru. Qu’en pensez-vous?
  • Le président des Etats-Unis Harry Truman disait qu’il y a récession quand votre voisin perd son travail, dépression quand vous perdez le vôtre. Qu’en pensez-vous ?
  • Les tests d’intelligence mesurent-ils l’intelligence ou l’aptitude à passer des tests ?
  • Si l’on veut gagner sa vie, il faut travailler. Si l’on veut devenir riche, il faut trouver autre chose. Que pensez-vous de cette affirmation ?
  • La loi du net est-elle la loi de la jungle ?
  • Peut-on s’affranchir du passé ?
  • Y a-t-il une éthique des affaires ?
  • La gratuité est-elle rentable ?
  • Nos sociétés modernes ont-elles encore besoin de livres ?
  • Faut-il pratiquer une discrimination positive ?
  • Le développement durable est-il une mode ?
  • Y a-t-il un management au féminin ?
  • Faut-il s’en remettre à l’opinion ?
  • « Indulgence envers le loup est injustice envers le mouton » selon un proverbe scandinave. Qu’en pensez-vous ?
  • Le clonage va-t-il s’imposer ?
  • L’école joue-t-elle encore un rôle de promotion sociale ?
  • Le nucléaire : une technologie comme les autres ?
  • Les séries remplacent-elles le cinéma ?
  • Le salariat a-t-il un avenir au 21ème siècle ?
  • Peut-on faire de la politique sans être machiavélique ?
  • Le vrai bonheur coûte peu. Qu’en pensez-vous?
  • Vie privée, vie publique : y a-t-il une frontière ?
  • Faut-il plafonner les rémunérations ?
  • La presse est-elle objective ?

No comments so far.

Be first to leave comment below.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *