Elections américaines (1) — La primaire Républicaine Elections américaines (1) — La primaire Républicaine
Cet article est le premier d’une série de 4 articles sur la campagne présidentielle américaine 2016. Des primaires au déroulement de l’élection, vous retrouverez... Elections américaines (1) — La primaire Républicaine

Cet article est le premier d’une série de 4 articles sur la campagne présidentielle américaine 2016. Des primaires au déroulement de l’élection, vous retrouverez tous ces articles dans notre rubrique Anglais.

Pour commencer, un point sur les primaires américaines

Cette étape a pour but de sélectionner un candidat pour représenter chaque parti (a front runner). Chaque Etat ou groupe d’Etat organise son « caucus » à l’issue duquel des délégués sont attribués aux candidats. La distribution des délégués peut se faire proportionnellement au nombre de votes reçus. Dans certains Etats — pour les primaires Républicaines seulement : Floride, Ohio, Montana, New Jersey…— c’est le candidat qui a recueilli le plus de votes empoche tous les délégués d’un Etat (winner-take-all). Le candidat avec le plus de délégués remporte la primaire. 

La primaire Républicaine

Avec au départ 12 candidats en lice, la primaire s’est vite resserrée sur quelques figures phares des ces élections : Donald Trump, Ted Cruz, Marco Rubio, Jeb Bush et John Kasich.

 

Donald Trump : l’outsider

By Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America - Donald Trump, CC BY-SA 2.0

By Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America – Donald Trump, CC BY-SA 2.0

Magnat de l’immobilier, déjà candidat en 2000 à la primaire du Reform Party, la réputation du milliardaire n’est plus à faire ! C’est son style décalé, voire même son populisme qui ont séduit l’électorat républicain.

Ses points forts : Trump est un outsider. Se présentant comme un homme d’affaires et non comme homme politique, Trump transforme sa différence en avantage en s’opposant à l’establishment américain. Il dénonce une classe politique hypocrite et déconnectée des aspirations du peuple au profit des lobbys.

«  I’m not part of the corrupt system. In fact, the corrupt system is trying to stop me. I’ve been paying my own way. The voters in the Republican Party this year defied the donors, the consultants, the power brokers, and choose a nominee from outside our failed and corrupt and broken system. » — Donald Trump

Sa richesse devient un argument  : il n’hésite pas à dire qu’il est tellement riche qu’il ne pourrait jamais être acheté par qui que ce soit. D’ailleurs sa campagne est entièrement financée (funded) par des contributions de particuliers, contrairement à d’autres.

Cela envoie un signal fort à certaines franges de la société américaine : la classe moyenne blanche ou encore les personnes non ou peu diplômées. Ces populations ont vu leurs conditions de vie se dégrader : pour la première fois l’espérance de vie a reculé pour une frange de la société, la classe moyenne blanche (white middle class, WMC). Certains Etats sont rongés par la prolifération des drogues dures (héroïne, crack) et la WMC est la première touchée. Celle-ci souffre aussi du développement de grossesses précoces (teen pregnancies) et du chômage. En définitive, cette partie de l’électorat a l’impression d’être délaissée par l’élite politique au profit des minorités ethniques qui, elles, peuvent bénéficier des politiques de discrimination positive (affirmative action).

Ils votent ainsi pour Trump car il centre son discours sur eux : il accuse la mondialisation — et derrière elle la Chine et le Mexique — d’être à la source du chômage américain. Pour lui, revenir à l’Amérique protectionniste d’antan (fin XIXe jusqu’à la Première Guerre Mondiale) est une priorité qui permettrait de réduire le chômage. Il semble d’autant bien placé pour parler des Etats-Unis qu’il se présente comme self-made man ayant réussi à ériger un empire immobilier (alors qu’en fait il s’est appuyé sur la richesse et renommée de son père).

De plus, Trump est charismatique, contrairement à Jeb Bush par exemple. Il sait précisément ce que ses supporters veulent, et il leur donne. Avec l’assurance qu’il dégage, il séduit les nostalgiques d’un leadership affirmé à la Reagan (« America needs a strong leadership », martèle-t-il).

Ses points faibles : ses frasques et déclarations incendiaires ne se comptent plus… On en a donc sélectionnés quelques uns.

  • Une attaque à ses adversaires : Jeb Bush était une de ses cibles de choix. 

« This is a tough business to run for president..

—Oh I know, you’re a tough guy Jeb, I know.

—It is. And we need to have a leader that is…

—You’re tough, Jeb. You’re real tough Jeb, yeah.

—You’re never going to be president of the United States by insulting your way to the presidency.

—Well let’s see : I’m at 42(%) and you’re at 3(%), so so far I’m doing better.

—Doesn’t matter. Doesn’t matter.

—[•••] You know you started off over here Jeb. You’re moving over further and further. Pretty soon you’re going to be off the end [of the stage], I can guarantee you that. »

Deux mesures politiques :

  1. Renforcer le mur à la frontière Mexicaine (même s’il dit qu’il va en construire un, en vérité il le renforcerait car il y en a déjà un) et faire payer l’addition au Mexique.
  2. Jusqu’à fin juin 2016, Trump voulait interdire l’entrée sur le territoire américain aux musulmans. Il a depuis changé d’avis,  restreignant l’interdiction aux musulmans venant de pays sensibles, dont la France (« terror states » selon ses dires).

 

Son inconsistance s’est manifestée sur de multiples sujets, et ici encore nous en avons choisi un : l’avortement.

En 1999, il se déclarait « pro-choice », mais après Trump a changé d’avis, considérant qu’il n’est possible d’avorter qu’en cas de viol ou pour sauver la vie de la mère. Il a ensuite suggéré qu’autrement, les femmes qui avortent devraient être sanctionnées légalement. Puis il a nuancé en disant que la possibilité ou non de les sanctionnées devrait revenir aux Etats. Enfin, son opinion actuelle est de ne pas sanctionner les femmes qui avortent mais les médecins qui effectuent l’opération en cas d’interdiction d’avorter.

De même, on reproche à Trump d’être impulsif. Plusieurs fois, il s’est déclaré prêt à utiliser l’arme nucléaire si besoin… Trop prêt ? Lors d’une interview, il s’est exprimé sur le sujet:

« They are hearing a guy running for President of the United States talking maybe about using nuclear weapons. Nobody wants to hear that about an American President.

—Then why are we making them ? »

Donald Trump a laissé entendre qu’il serait prêt à bombarder le Moyen Orient pour se défendre, voire même une partie de l’Europe. Bluff ou réalité ? Derrière cette assurance, Trump déclare vouloir paraître crédible quant à l’utilisation de la bombe nucléaire, qu’il ait l’intention de l’utiliser ou non, afin que le pouvoir de dissuasion des Etats-Unis soit élevé.

“I’m never going to rule anything out—I wouldn’t want to say. Even if I wasn’t [in favor of using nuclear weapons], I wouldn’t want to tell you that because at a minimum, I want them to think maybe we would use them…. We need unpredictability. ” — Donald Trump

De fait, plusieurs personnes craignent quand même que Donald Trump ait accès aux codes nucléaires. (They don’t want Trump’s finger on the nuclear button).

Ted Cruz : l’ultra-conservateur

Ted Cruz

Ses points forts : Très conservateur (plus que Trump) et lui aussi incendiaire dans ses propos, Cruz a su récupérer les votes des croyants sceptiques et outragés par Trump. Il se présente comme un leader religieux, lui aussi outsider du monde politique à sa manière puisqu’il possède une très mauvaise réputation dans le monde politique (on ne le supporte pas).

Ses points faibles : Impossible pour lui d’élargir sa base électorale avec ses idées et déclarations qui ne sont pas assez modérées. Par exemple, il veut supprimer le Programme Parental (Planned Parenthood) et retirer les subventions aux associations pro-avortement. De même, il est contre le mariage homosexuel qui, même s’il est inscrit dans la Constitution, devrait en être retiré. Enfin, il a été très critique vis-à-vis du mode de vie de certains Etats tels que New York où il a évidemment perdu. Cruz s’est donc vu incapable de gagner plus de votes.

 

Marco Rubio : le dauphin

MarcoRubio

Ses points forts : Le jeune sénateur de Floride a enregistré quelques percées par son dynamisme.

Ses points faibles : Son inexpérience a pu rapidement transparaître dans une bourde qui lui vaudra bien des railleries. Rubio avait visiblement appris par coeur des parties de son discours et s’est laissé submerger par le stress.

 

Jeb Bush : l’héritier

JebBush

Fils de Bush père et frère de Georges W. Bush, il était le candidat de l’establishment républicain. Jeb a bénéficié d’un Super PAC de près de 100 millions de dollars. Il est de loin celui dont la campagne a été la moins rentable.

Le résultat

Rubio s’est retiré de la course, fortement fragilisé par la leçon qu’il a reçu par Chris Christie. Restaient ensuite Cruz et Kasich qui se sont alliés pour contrer Trump dans sa course aux Etats. En effet, ils ont promis de ne pas empiéter sur le terrain de l’autre dans certains Etats et d’y appeler à voter pour l’autre. Cela n’aura finalement pas suffi : Trump réussit à réunir 1441 délégués en sa faveur, loin du nombre nécessaire à atteindre pour être sûr de gagner les primaires (1237). Cruz, à côté, n’en décroche que 551 grâce aux Etats du centre où il a remporté les votes (Texas, Oklahoma, Iowa…).

Sarah Abdesselam

Ancienne élève de classe préparatoire au lycée Janson-de-Sailly, voie E. Désormais étudiante en première année à l'ESSEC Si vous avez besoin de plus de précisions sur un sujet, je donne des cours en ligne ! Contactez moi à : [email protected]