Les JO peuvent-ils relancer un Brésil en pleine crise ? Les JO peuvent-ils relancer un Brésil en pleine crise ?
Après la Coupe du Monde 2014, le Brésil s’apprête à accueillir un nouvel événement majeur sur fond de crise politique. Du 5 au 21... Les JO peuvent-ils relancer un Brésil en pleine crise ?

Après la Coupe du Monde 2014, le Brésil s’apprête à accueillir un nouvel événement majeur sur fond de crise politique. Du 5 au 21 août, Rio de Janeiro sera la ville hôte des XXXIème Jeux Olympiques d’été. Un événement sportif est souvent à la source de reconstruction sociale voire d’un nouveau cycle économique. Néanmoins, le Brésil entre dans l’une des périodes les plus difficiles de son histoire du fait d’une croissance économique revue à la baisse et crise politique unique en son genre… Dans un contexte aussi complexe, le Brésil peut-il être tiré vers le haut par cet événement ?

 

I) “Les raisons de la colère”

La nuit du 11 au 12 mai 2016 marque un tournant dans l’histoire du Brésil : après des mois de résistance, la présidente Dilma Rousseff a été mise à l’écart du pouvoir dans le cadre du processus d’impeachment (“destitution”) dont elle a été l’objet. Durant 180 jours, la “mère du peuple” ne pourra remplir ses fonctions de présidente.

 

Les raisons de cet échec politique sont multiples :

Sur le plan économique, le pays est ravagé des suites de décisions aux effets dévastateurs. En 2015, le PIB a reculé de 3,8%. On parle ainsi de la pire récession depuis 1930. Les dernières analyses du FMI se veulent plus rassurantes mais restent préoccupantes puisque le PIB de 2016 devrait régresser de 3,3 %.

L’économiste G. Oliveira critique particulièrement la politique budgétaire expansionniste et le contrôle artificiel des prix de l’électricité qui ont été deux mesures phares de la première partie du mandat de D. Rousseff. Ces mesures n’ont eu que pour effet de créer une inflation difficilement maîtrisable.

 

Bien qu’ayant une tradition protectionniste, le Brésil reste très dépendant du commerce international. Le modèle économique brésilien repose, en effet, sur le lien entre solde extérieur positif et croissance du marché intérieur : les revenus liés aux exportations alimentent, en effet, la consommation intérieure. Cette dépendance est très risquée comme le montre les variations actuelles .

Dans un premier temps, le Brésil a souffert d’une chute du cours des matières premières sur fin 2015 et début 2016. Le recul du prix du baril a dégradé la rentabilité de la plus grande multinationale du pays, Petrobras, conduisant à plusieurs licenciements d’un des plus gros employeurs du pays. En conséquence de cela, le taux de chômage connaît des évolutions dramatiques. Fin 2015, celui-ci avait déjà doublé en moins d’un an atteignant  6.9 % de la population active. Aujourd’hui, c’est 11.2 % de la population active qui se trouve dans une position précaire.

Enfin, les évolutions de la politique commerciale chinoise a eu des conséquences directes sur les débouchés du Brésil. En 2014, la Chine était à la fois le premier pays client et fournisseur du Brésil, représentant 19% du total des échanges commerciaux brésiliens.

 

Le climat social est très lourd à l’approche des JO. Le Brésil a longtemps été considéré comme un pays marqué par la violence. Les dernières statistiques vont dans ce sens et placent le géant latino-américain en tête du classement mondial.  Une étude menée par l’Institut de recherche économique appliquée (IPEA), recense près de 60.000 assassinats en 2014, soit une augmentation de 24% depuis 2005. Début août 2015, c’est la ville de Sao Paulo qui connaît un cauchemar après l’assassinat de 19 personnes suite à un règlement de comptes.

Germain Champomier est étudiant à SKEMA BS et passionné par le Brésil. Actuellement en échange universitaire sur le campus SKEMA de Belo Horizonte, il nous fait part de l’inquiétude de la population face à la montée de la violence : ” J’ai rencontré des jeunes qui avaient peur de se promener seuls dans leur propre ville, qui vivent dans l’angoisse  permanente par rapport à la violence. “
Enfin, le chaos actuel est surtout marqué par la succession de crises politiques. Le parti au pouvoir (Parti des Travailleurs) a été frappé par plusieurs polémiques nationales. Dès 2013, Dilma Rousseff est accusé d’avoir maquillé les comptes de campagne par des montages fiscaux.

Fin 2014, c’est le scandale du Lava Jato (“lavage express”) qui éclate au grand jour. Le “plus grand scandale de l’histoire du Brésil” met en évidence des liens dangereux entre des personnalités publiques et hommes d’affaires de la société pétrolière Petrobras. Plus de 4 milliards de dollars auraient été détournés durant cette opération facilitant l’octroi de contrats à la firme brésilienne. Les personnalités publiques impliquées dans ce scandale sont membres du Parti des Travailleurs représenté par…Dilma Rousseff. Les liens de corruption entre Dilma Rousseff et Petrobras n’ayant certes pas été prouvés, il n’empêche que la présidente du pays émergent nage en eaux troubles.

Ces accusations ont donné du crédit à un groupe parlementaire d’opposition porté par le président de la Chambre des députés Eduardo Cunha. Ces députés ont eu recours à la procédure d’ “impeachment” (destitution). Mais ce mouvement parlementaire a également été sous le feu des critiques. E. Cunha et autres opposants à D. Rousseff ont rapidement été rattrapés par un passé sulfureux :  le député Edouard Cunha a, en effet,  été accusé à plusieurs reprises de corruption.

 

Ces déséquilibres se répètent et vont à l’encontre des principes fondateurs du Brésil : “Ordem e Progresso” (Ordre et progrès). Le peuple brésilien souhaite un renouveau mais ne nourrit point d’espoir à travers les JO :

Germain nous fait part d’un sentiment de gâchis concernant ces événements : ” Pour la population, ce sera la même histoire que pour la Coupe du monde 2014 : beaucoup de dépenses, éviction de populations pauvres pour « nettoyer » la ville, et surtout manque d’organisation/ retards… Depuis la CDM 2014, il y a pas mal d’immeubles fantômes dans certaines villes comme à  Belo Horizonte, par exemple. ”

 

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Crédits : Germain Champomier

 

Cet événement se déroule effectivement dans l’indifférence des Brésiliens. Fait rare dans l’histoire des J.O : en mai, soit 3 mois avant le début de l’événement, seul 1 ticket sur 2 avait été vendu. Ces invendus sont la conséquence directe de la baisse du niveau de vie des ménages brésiliens : pour la première fois depuis 1992, le revenu des salariés recule, conduisant ainsi près de 40% de la population dans l’incapacité de rembourser leurs dettes.

A quelques jours d’un événement sport à dimension internationale, le Brésil fait face à de profondes mutations qui l’empêchent de s’émanciper et de figurer parmi les puissances économiques de premier plan. Les J.O peuvent-ils initier une période de prospérité ?

 

 

II) Comment les JO peuvent insuffler un nouvel élan au Brésil

Les apports économiques d’un tel événement sont positifs mais…limités

Accueillir un événement comme les JO produit un effet accélérateur vérifié pour la ville et le pays. D’un point de vue économique, cet événement international est un véritable moteur en termes de création d’emplois. Plusieurs industries sont concernées (travaux publics, services…). A travers les différents travaux d’aménagement de l’espace (construction des stades, amélioration des réseaux de transport), l’activité du bâtiment connaît un regain d’activité prometteur et source d’emplois. D’une manière globale, les JO sont créateurs de valeur ajoutée comme l’atteste une étude suite aux JO de Londres : en 2013, le rapport établi par le gouvernement britannique affirme que les JO ont apporté “près de 11.4 milliards d’euros” à travers différents canaux : contrats commerciaux, investissements et ventes diverses. Des professeurs de l’université d’Oxford prévoient des retombées économiques de 16.5 milliards £ d’ici 2017.

 

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Crédits : site officiel des Jeux Olympiques

 

L’accueil des JO a souvent été perçu comme une source de gaspillage économique et écologique. A l’inverse des stades en Grèce inutilisés depuis Athènes 2004, les JO s’inscrivent dans la continuité de la Coupe du Monde de football de 2014. Ainsi, certains stades comme le Maracana ont déjà été rénovés 2 ans plus tôt.

Enfin, les JO ont été l’argument principal d’Eduardo PAES durant sa campagne. L’actuel maire de Rio se veut optimiste «Même dans mes plus beaux rêves je n’aurais jamais imaginé arriver à faire autant de transformations dans la ville». Il faut dire que la “cidade maravilhosa” (cité merveilleuse) a connu des jours moins glorieux. Dans les années 60, celle-ci était surnommée “Ville de la mort” pour son insalubrité.

 

Cependant, l’enthousiasme du maire de Rio cache des lacunes qui pourraient avoir des conséquences terribles sur l’événement. Dans un premier temps, la rénovation des réseaux de transport accuse d’un retard irrécupérable. Cela ne permettra pas de désengorger l’afflux de touristes dans la village olympique.

Le problème majeur réside dans la santé désastreuse des finances publiques de la ville de Rio. La ville a récemment décrété l’état d’urgence financière et plus de 25 000 policiers et pompiers ne sont plus payés. Ces derniers menacent de ne pas assurer leur fonction durant l’événement. Le représentant de l’ONG Justiça Global, Mario Campagnani, déplore une situation difficilement acceptable : “L’Etat de Rio est ruiné et on pense que la ville de Rio va connaître le même sort. On a dépensé beaucoup d’argent public pour ces jeux et nous allons devoir payer cette dette, nous la population de Rio.”

 

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© Reuters / Pilar Olivares

 

Enfin, l’organisation de cet événement est souvent critiquée par des ONG pour le manque d’autonomie du pays hôte. Les ONG pointent du doigt le contrôle total de l’Organisation Internationale Olympique (CIO) qui attribuerait les contrats publics de façon douteuse.

 

En synthèse, le Brésil est caractérisé par une crise politique majeure ayant dégradé l’ensemble des variables de la nation (économie, société…). Les aspects positifs de l’accueil d’un événement comme les JO  ne peuvent masquer la fragilité du système politique actuel. Le mécontentement de la population est très symbolique et marque le pessimisme sur les bienfaits de cet événement unique.

 

Pour aller plus loin :

Pour approfondir, voici les sources de l’article :

I)

http://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/bresil/cadrage-general

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/04/18/les-deputes-bresiliens-se-prononcent-pour-la-destitution-de-dilma-rousseff_4903914_3222.html

http://www.challenges.fr/entreprise/20150304.CHA3558/bresil-le-tentaculaire-scandale-de-corruption-petrobras.html

http://www.challenges.fr/monde/20160506.CHA8838/bresil-les-jeux-olympiques-de-rio-sous-haute-tension.html

 

II)

http://www.lesechos.fr/sport/sport-business/0211103908582-jo-de-rio-un-impact-economique-insuffisant-pour-sortir-de-la-recession-2012724.php

http://www.newspress.fr/Communique_FR_297931_2173.aspx

http://www.sports.fr/jo-2016/articles/50-des-bresiliens-sont-hostiles-aux-jo-1560137/

http://www.challenges.fr/monde/20160708.CHA1719/jeux-olympiques-2016-le-bresil-un-hote-a-bout-de-souffle.html?xtor=RSS-32&utm_content=buffere1784&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer

https://www.franceinter.fr/monde/a-2-semaines-des-jo-rio-n-est-ni-prete-ni-enthousiaste

 

Suggestion de lecture estivale : https://major-prepa.com/methodologie/faire-lete-entre-1ere-2e-annee-de-prepa-hec/

Allan Labate

Allan Labate, 21 ans, est étudiant en Master 2 à NEOMA BS - campus de Reims. Passionné d'histoire économique, il a un goût prononcé pour les nouvelles technologies, le sport business et les pays émergents.