Le réveil des Pharaons Le réveil des Pharaons
Chaque semaine, Stéphan Bourcieu, DG de BSB et Docteur en Sciences de Gestion, décrypte pour toi l’actualité mondiale et apporte des clés de lecture utiles... Le réveil des Pharaons

Chaque semaine, Stéphan Bourcieu, DG de BSB et Docteur en Sciences de Gestion, décrypte pour toi l’actualité mondiale et apporte des clés de lecture utiles pour nourrir tes copies d’ESH ou de géopolitique cette année.

 

Dans l’Égypte antique, les capitales de l’empire ont changé au fil des dynasties et des divisions du pays. Parmi les 23 recensées, certaines ont laissé leur empreinte dans l’histoire, à l’image de Memphis, Thèbes ou encore Alexandrie, dernière capitale de l’Égypte antique. Depuis son accession à l’indépendance en 1922, la capitale de l’Égypte dite moderne est Le Caire. Cette ville est en fait la principale aire urbaine d’Égypte et l’une des plus importantes au monde.

Elle réunissait plus de 22,9 millions d’habitants en 2016. Mais surtout, elle connait une croissance annuelle de plus de 500 000 habitants. C’est comme si une ville de la taille de Toulouse venait chaque année s’agglomérer à la capitale égyptienne !

Cette croissance frénétique n’est évidemment pas sans poser des problèmes considérables en matière de transport, de sécurité, d’assainissement des eaux et plus largement d’urbanisation. Malgré le remarquable succès des deux premières lignes de métro et la mise en chantier d’une troisième (toutes réalisées par un opérateur français, Vinci Construction), la ville est saturée et les habitants sont exposés à une pollution considérable de l’air et à des problèmes d’insalubrité endémiques.

 

Pays coutumier des chantiers

Pour tenter de désengorger Le Caire, dont la population a été multipliée par quatre en un demi-siècle, plusieurs projets ont imaginé, dès les années soixante-dix, la construction d’une nouvelle capitale administrative – Le Caire restant la capitale du point de vue de la constitution. C’est le Maréchal-Président al-Sissi qui a finalement entrepris en 2016 la construction d’une ville nouvelle qui devrait accueillirà terme les administrations de l’État égyptien et près de cinq millions d’habitants.

Construite en plein désert, à 45 kilomètres du Caire, elle est située à proximité de la ville de Suez, à l’entrée sud du canal, lieu stratégique s’il en est. C’est un chantier considérable, dont le pays est coutumier. On pense évidemment aux travaux pharaoniques de l’Égypte antique, depuis les pyramides du plateau de Gizeh (2500 av JC) jusqu’au phare d’Alexandrie (289 av JC) en passant par les temples d’Abou Simbel (1260 av JC). Mais la période contemporaine a également été marquée par les travaux gigantesques de percement du Canal de Suez (1859-1869) ou la construction du haut barrage d’Assouan (1960-1970), l’un des plus grands au monde.

 

Un horizon ? Un nom ?

Le chantier de la future capitale mobilise actuellement 200 000 personnes. Il est très largement financé par la Chine via la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC), qui est désormais la première entreprise de construction mondiale. Il semble que les Émirats Arabes Unis soient également très engagésdans le financement du projet. Malgré ces soutiens financiers de poids, de nombreux observateurs estiment que le projet est trop important et que l’Égypte ne disposerait pas des moyens financiers nécessaires pour le mener à son terme. Le pays traverse en effet une crise économique importante avec l’effondrement du tourisme, secteur économique essentiel au pays.

Dernier élément, et non des moindres, cette future capitale administrative n’a pas encore de nom. L’acronyme anglais NAC (New Administrative Capital) est souvent utilisé pour la désigner. Les détracteurs du projet le nomment Sissi-City, du nom duMaréchal-Président égyptien, très engagé dans le projet. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire contemporaine qu’un pays construit ex nihilo une capitale. En 1994, le Kazakhstan a délaissé Almaty au profit d’une ville existante, mais considérablement agrandie au cœur de la steppe kazakhe, Astana. Précision d’importance : Astana a pris en 2019 le nom de Noursoultan, en hommage à son fondateur, tout juste retiré du pouvoir, l’ex Président Noursoultan Nazarbaïev. De quoi donner des idées au Maréchal-Président al-Sissi…

 

Si l’Égypte était encore un Empire, on aurait pu la nommer « al-Sissi impératrice ». OK, je sors 😉.

Antoine Mecocci