Stéphan Décrypte #7 – Brexit Deal : clap de fin pour l’auberge espagnole Stéphan Décrypte #7 – Brexit Deal : clap de fin pour l’auberge espagnole
Cette semaine, le Directeur Général de BSB, Stéphan Bourcieu, décrypte une actualité qui a fait parlé dans le monde de l’éducation : la fin... Stéphan Décrypte #7 – Brexit Deal : clap de fin pour l’auberge espagnole

Cette semaine, le Directeur Général de BSB, Stéphan Bourcieu, décrypte une actualité qui a fait parlé dans le monde de l’éducation : la fin du programme Erasmus+ pour le Royaume-Uni !

Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il décidé de quitter ce programme et quelles seront les conséquence pour les étudiants qui souhaitaient y étudier ? Stéphan Bourcieu t’explique tout !

 

Brexit Deal : clap de fin pour l’auberge espagnole

Imaginez « l’auberge espagnole », le film culte de Cédric Klapisch (2002) sans Wendy ni William, son turbulent petit frère. Impensable, évidemment ! C’est pourtant la décision que vient de prendre le Premier Ministre britannique Boris Johnson en désengageant son pays du programme Erasmus+, dans le cadre du Brexit Deal passé le 24 décembre entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Le Royaume-Uni faisait pourtant partie des 11 pays fondateurs du programme Erasmus en 1987 avec l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal. Depuis l’origine, plus de 4,4 millions d’étudiants ont bénéficié de ce programme. En 2020, ce sont 34 pays qui participent au programme Erasmus+ : aux 27 états membres de l’Union européenne s’ajoutent l’Islande, le Liechtenstein, la Macédoine du Nord, la Norvège, la Serbie, la Turquie et le Royaume-Uni. Contrairement à une idée couramment répandue, qui aurait pu justifier la sortie du Royaume-Uni en raison du Brexit, il n’est donc pas nécessaire d’être membre de l’UE pour participer à Erasmus+.

Le Premier ministre Boris Johnson a affirmé que le départ d’Erasmus+ était une « décision difficile » car il était une « chose merveilleuse » d’accueillir autant d’étudiants européens, mais que le programme coûtait « extrêmement cher » au Royaume-Uni. En effet, le pays fait face à un déséquilibre entre le nombre d’étudiants européens accueillis (environ 35 000 par an) et le nombre de jeunes Britanniques (17 000) envoyés sur le Vieux continent. Ce déséquilibre s’explique en particulier par la réputation académique des universités britanniques et par l’attrait de la langue de Shakespeare. Même si elle n’est pas une surprise, cette décision désespère les universités britanniques comme l’a exprimé Vivienne Stern, directrice de Universities UK International.

Parlons gros sous

C’est vrai que le programme Erasmus+ coûte cher. Pour la période 2014-2020, ce programme représente 14,7 milliards d’euros. En juillet 2020, le Conseil européen s’est accordé sur un budget de 30 milliards d’euros sur la période 2021-2027, avec pour objectif une mobilité de 12 millions de personnes. Ces financements ne concernent pas seulement l’enseignement supérieur (38% du budget), mais aussi la formation professionnelle (23%), l’enseignement scolaire (16%), la jeunesse (13%) ou encore la formation pour adultes (5%). Chaque état contribue financièrement au programme mais en bénéficie également. Le principe de base du programme Erasmus+ est que les étudiants payent les frais de scolarité dans leur pays de départ. Or le coût d’inscription dans les universités britanniques est très élevé (jusqu’à 9000 £ l’année en Bachelor) et le gouvernement estime que le déséquilibre des échanges génère un manque à gagner important. Les universités britanniques contestent cette estimation : en rapportant les dépenses des étudiants internationaux sur le sol britannique à la participation du Royaume-Uni pour financer Erasmus, le pays engrangeait un bénéfice net de 243 millions livres, soit environ 270 millions d’euros, selon l’organisation Universities UK, qui représente plus de 140 établissements d’Angleterre, d’Ecosse, du Pays-de-Galles et d’Irlande du Nord.

Un choix avant tout politique

Mais plus que la question financière, le choix de quitter le programme Erasmus+ renvoie à des enjeux politiques.

Ce n’est pas un hasard si, dès la décision britannique connue, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a parlé de « vandalisme culturel » et annoncé que l’Ecosse ferait tout pour rester dans le programme. Cette prise de position s’inscrit clairement dans la ligne indépendantiste écossaise.

De même, la République d’Irlande profite de la situation pour favoriser un rapprochement avec les citoyens d’Irlande du nord : bien que ressortissants du Royaume-Uni, les étudiants nord-irlandais qui le souhaitent pourront bénéficier d’Erasmus+ grâce au financement de la République d’Irlande.

Logiquement, la décision des britanniques de quitter le programme Erasmus+ est elle aussi de nature politique. Elle est intimement liée à leur choix de quitter l’Union Européenne. On le sait, l’enseignement supérieur est un instrument d’influence géopolitique. La création d’Erasmus il y a 33 ans répondait à cet objectif : ce programme a en effet contribué à donner une véritable identité européenne et un sentiment d’appartenance à des millions de jeunes citoyens européens… britanniques inclus. Boris Johnson ne pouvait décemment maintenir un dispositif qui va à contrecourant des fondements du Brexit. Il a clairement justifié le choix de quitter Erasmus+ lors de la conférence de presse d’annonce du Brexit Deal : « we are doing a UK scheme for students to go around the world, it will be called the Turing scheme. Students will have the opportunity not just to go to European universities, but the best universities in the world ».

Le monde plutôt que l’Europe… en définitive, Boris Johnson ne fait que reprendre à son compte les propos de son illustre prédécesseur Winston Churchill au Général De Gaulle à la veille du débarquement de Normandie : « chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large ».

Bye bye William, hope to see you soon

102 476 : c’est le nombre de personnes qui ont bénéficié, en France, d’une mobilité financée par Erasmus+ en Europe ou hors d’Europe en 2019. Parmi eux se trouvent 57 087 étudiants (en échange universitaire ou en stage) et 23 722 apprenants issus de la formation professionnelle. Le budget alloué à Erasmus+ en France en 2019 était de plus de 247 millions d’euros, en augmentation de 22% par rapport à 2018. C’est la France qui envoie le plus d’étudiants en programme Erasmus+ devant l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. (Source touteleurope.eu).

Flore Deghaye