Épisode 3/8 : quel bilan pour les gauches latino-américaines du XXIe siècle ? Épisode 3/8 : quel bilan pour les gauches latino-américaines du XXIe siècle ?
Nous voilà de retour pour notre bilan de la situation politique en Amérique latine, de 1929 à nos jours. Lors du deuxième épisode, nous... Épisode 3/8 : quel bilan pour les gauches latino-américaines du XXIe siècle ?

Nous voilà de retour pour notre bilan de la situation politique en Amérique latine, de 1929 à nos jours. Lors du deuxième épisode, nous avons analysé l’apparition de la crise de la dette en Amérique latine et l’imposition de mesures libérales.

Au programme du troisième épisode : les conséquences des mesures libérales imposées pendant la crise. Bonne lecture !

 

Épisode 3 (1990-2000) : les conséquences d’un tournant libéral imposé

Une croissance économique encourageante

Malgré quelques turbulences financières à l’orée du XXIe siècle, dans les années 90, l’Amérique latine semble enregistrer un rattrapage économique record. De manière générale, l’ensemble des pays parviennent à maîtriser l’inflation et renouent progressivement avec des taux de croissance satisfaisants.

BILAN politique

 

De nombreux problèmes sociaux subsistent

Ce panorama global, relativement positif au premier abord, est vite entaché par une situation sociale préoccupante. Le taux de pauvreté a certes diminué à partir des années 1990, mais celui-ci demeure malheureusement supérieur au taux d’avant la crise. Selon les estimations, à la fin des années 1970, près de 35 % de la population latino-américaine vivent sous le seuil de pauvreté ; durant les années 1980, ce taux remonte à 41 % avant de diminuer progressivement pour tomber à 36 % à l’orée des années 2000.

Cette situation quelque peu paradoxale au vu de la croissance économique de l’époque s’explique avant tout par les grandes inégalités de répartition de revenus. 

En effet, parmi l’ensemble des pays disposant d’un taux de croissance supérieur à 5 %, seul l’Uruguay parvient à durablement réduire les inégalités de revenus. Ainsi, il semble que les fruits de ce rattrapage soient essentiellement captés par les classes les plus aisées, puisque même la classe moyenne de l’époque est impactée par cette iniquité.

 

De nouvelles politiques sociales

Face à cela, les gouvernements et les institutions internationales mettent en place de nouvelles politiques sociales désormais compatibles avec les théories néolibérales de l’époque. Ces politiques, dont la mise en œuvre est décentralisée, reposent avant tout sur l’action conjointe des acteurs publics et privés, et sont majoritairement à destination des plus défavorisés.

Toutefois, ces programmes sociaux se révèlent être relativement peu efficaces dans la mesure où l’impôt, principal mode de financement, est particulièrement inégalitaire (peu progressif). Comme l’explique Olivier Dabène :

 « La classe moyenne [la plus assujettie à l’impôt] constate amèrement que les moins pauvres aident les plus misérables. »

Cette incapacité à résoudre ces problèmes sociaux sera l’un des facteurs responsables de la chute des politiques libérales en Amérique latine. L’un des exemples les plus flagrants concerne peut-être la manière dont la crise argentine fut gérée par les gouvernements de l’époque. En 1999, cet État fait face à une soudaine dévaluation du peso brésilien qui, conjuguée à la hausse des taux d’intérêt du dollar, l’entraîne droit vers la déflation, puis la récession. Les différents plans d’ajustement n’ont alors comme unique conséquence que d’accroître la pauvreté qui passe de 19,7 % (en 1999) à 41,5 % en 2002 et amènent le pays à déclarer qu’il n’honorerait pas une partie de sa dette. Il faudra attendre 2003 et l’arrivée de Néstor Kirchner au pouvoir pour que celui-ci, à rebours des institutions financières, mette en place un plan de relance.  

 

Une violence qui se perpétue

Pour finir, en plus de cette incapacité à résoudre les inégalités sociales s’ajoutent une recrudescence des violences et un profond rejet (de la part des citoyens) des politiques. Cette dernière idée s’illustre par l’alternance et les cohabitations qui deviennent malheureusement la norme, rendant la gouvernance encore plus difficile. L’ensemble de ces facteurs, et notamment la crise sociale, poussera les électeurs à se tourner, presque par manque de choix, vers l’unique alternative remettant en question cette libéralisation particulièrement inégalitaire : les partis dits « de gauche ».  

 

Au cours des trois premiers épisodes, nous avons étudié la période 1929-2000 et vu comment les gauches arrivent au pouvoir. Pour poursuivre la lecture de ce bilan politique, rendez-vous au prochain épisode où nous analyserons les points de convergence et de divergence des gauches au pouvoir en Amérique latine.

Yanis Bekhti

Après deux années de classes préparatoires au Lycée Gustave Flaubert (Rouen), j'ai désormais la chance de vous partager ma passion pour la culture hispanique. Mon domaine de prédilection est la civilisation latino-américaine. En parallèle, je suis étudiant à l'école d’Économie de Clermont-Ferrand.