Culture générale EDHEC/ESSEC 2021 – Analyse du sujet 17 mai Culture générale EDHEC/ESSEC 2021 – Analyse du sujet 17 mai
La culture générale est une matière importante, à ne pas négliger mais que la plupart des candidats ne savent pas vraiment appréhender. Beaucoup disent... Culture générale EDHEC/ESSEC 2021 – Analyse du sujet 17 mai

La culture générale est une matière importante, à ne pas négliger mais que la plupart des candidats ne savent pas vraiment appréhender. Beaucoup disent que la note est totalement aléatoire, mais pourtant, obtenir une bonne note nécessite surtout d’être concentré et de construire un raisonnement logique et cohérent. Retrouve dans cet article l’analyse du sujet de Culture générale EDHEC 2021du 17 mai.

Malheureusement cette année, les candidats ont dû repasser cette épreuve initialement passée le 29 avril. A présent les écrits sont enfin terminés, bravo à tous !

Si tu n’as pas encore lu le sujet, retrouve le ici.

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L’analyse du sujet de culture générale EDHEC/ESSEC 2021 du 17 mai

Avant de passer à l’analyse du sujet, il convient de préciser que la connaissance de la doctrine de Montaigne ou du contexte de la citation n’était pas requise. Cela pouvait éventuellement vous aider, mais il suffisait d’analyser la citation avec pertinence pour produire un dissertation de qualité. 

A priori, ce sujet est assez déconcertant : d’une part, il s’agit d’une citation, ce qui est assez inédit dans les épreuves de Culture générale ; d’autre part, la proposition contenue dans cette citation est assez complexe. En effet, elle aborde les différences entre animal et homme en les mesurant aux différences entre hommes. Il s’agit ainsi de penser la question des différences internes à l’espèce humaine pour s’interroger sur les différences entre homme et animal.

 

En quoi cette citation est-elle surprenante ? 

  • Premièrement, il faut la recontextualiser : Montaigne est un auteur humaniste du XVIe siècle, et la théorie darwinienne unifiant le système vivant n’existait pas encore. Les explications en vogue à cette époque, au sujet du vivant, étaient celles de la Bible, selon laquelle il y a une différence de nature entre l’homme et l’animal. Dans cette conception, l’homme et l’animal sont deux objets aux propriétés distinctes, ils n’appartiennent pas à la même catégorie. Par conséquent, il est assez audacieux de soutenir que (1) les différences entre hommes sont > (2) aux différences entre animal et homme. 
  • Deuxièmement, s’il fallait adopter un point de vue de biologiste, les différences en termes d’espèces dans le monde animal sont infiniment plus importantes que dans le monde humain,  puisqu’il y a unité de l’espèce humaine.

Pour des raisons pratiques, il semble qu’il faudrait distinguer deux propositions dans cette citation : la proposition (1) « il se trouve plus de différence de tel homme à tel homme » et la proposition (2) « que de tel animal à tel homme ». Le sujet revient donc à se demander ici si l’on souscrit aux deux propositions contenues dans cette citation. 

 

            La proposition (1) diffère de la proposition (2) de deux manières :

        Tout d’abord, la proposition (1) parle de différences inter-individuelles au sein d’une espèce, tandis que la proposition (2) parle de différences entre une espèce (l’homme) et toutes les autres espèces animales, considérées ici comme un ensemble unifié (l’animal).

        Ensuite, il semble évident que les différences évoquées inter-individuelles dans l’espèce humaine ne sont pas de même nature que les différences entre l’espèce humaine et les autres espèces animales. Il convient alors de s’interroger sur les types de différences qui existent entre les humains (sont-elles culturelles ? cognitives ?…) et celles entre humains et animaux, ici caractérisées par leur faible importance en comparaison des différences entre humains.

Pour résumer, la citation de Montaigne pourrait se comprendre de la manière suivante : (1) il y a de grandes variations inter-individuelles au sein de l’espèce humaine ; (2) ces variations inter-individuelles sont plus importantes que les différences entre l’espèce humaine et toutes les autres espèces animales. 

 

De là, plusieurs remarques peuvent être formulées :

  1. Que signifie le terme de différence ? En philosophie, il est convenu de distinguer les “différences de nature” des “différences de degré”. Dans la Bible, les différences entre  homme et animal sont à la fois des différences de nature et des différences hiérarchiques : l’homme est ontologiquement différent de l’animal ET supérieur à lui. Mais on peut aussi imaginer des différences de nature qui n’impliquent pas de hiérarchie : un chat est différent d’un chien, mais ça n’implique pas nécessairement de hiérarchie entre ces deux espèces.
  2. Quelles sont les implications morales de cette citation ? 
    1. Remise en cause de la Bible : l’homme perd sa supériorité ontologique sur l’animal, il n’est plus au sommet de la pyramide du vivant ;
    2. Remise en cause d’un égalitarisme entre animal et homme : les variations inter-espèces animales sont plus faibles que les variations inter-individuelles au sein de l’espèce humaine. Par conséquent, l’homme serait “plus riche” en termes de diversité que l’animal.
  3. Montaigne est à la fois philosophe et homme de lettres : il faut donc prendre en compte le caractère éventuellement rhétorique de cette citation. Le côté provocateur de cette affirmation peut être une hyperbole visant à remettre en cause la thèse d’une différence de nature entre l’homme et l’animal. Il faut donc relativiser l’idée qu’il y aurait d’immenses différences d’homme à homme. 

 

Problématique

De l’ensemble de ces remarques, un paradoxe émerge : au premier abord, la Nature donne à voir une immense diversité dans le monde animal et une forte unité chez l’homme ; comment concilier ce constat avec l’idée qu’il y aurait, au contraire, une grande diversité chez l’homme, qui serait considérablement plus importante que l’écart entre lui et l’animal ? 

Dans un premier temps, on nie les deux points de la citation : on soutient qu’il y a unité de l’espèce humaine fondée sur des propriétés qui la distingue radicalement de l’animal ; dans un second temps, on défend surtout le point (2) de la citation : on montre que ces propriétés sont déjà présentes chez les animaux, bien qu’à un moindre degré ; et dans un troisième temps, on défend surtout le point (1) de la citation : en interprétant le terme de “différence” au sens de “diversité” et de “richesse”, on montre que cette continuité ne suffit pas à rendre justice à la richesse que constitue la diversité humaine.

 

Partie 1 – L’unité de l’humanité creuse le fossé entre homme et animal

On peut d’abord nier les deux idées de la citation de Montaigne : il y a peu de différences entre les hommes, mais il y a de grandes différences entre l’homme et l’animal. Ces différences sont d’abord des différences de nature : tous les hommes possèdent des propriétés spécifiques à l’humanité en général, comme l’âme, la raison et le langage (comme le soutiennent Descartes et Aristote). Mais ce sont aussi des différences hiérarchiques : la vision biblique attribue à l’homme une supériorité ontologique sur l’animal.

  • Tous les animaux ont une âme, tandis que les animaux n’en ont pas (Descartes)
  • Tous les hommes ont le langage, ce sont des animaux politiques à la différence des autres animaux. (Aristote)
  • Ces différences ontologiques amènent à conclure que l’homme est ainsi supérieur à l’animal (La Bible)

Transition : Pourtant, un examen plus attentif nous indique que les différences supposées entre animal et homme, et donc l’unicité humaine, doivent être relativisées.

 

Partie 2 – Peu de différences entre hommes, car continuité de l’homme à l’animal

⇒ Il faut reconsidérer l’idée d’une unité de l’espèce humaine fondée sur la possession commune de certaines caractéristiques spécifiques (raison, langage). Une étude attentive du monde animal révèle que ces qualités existent déjà chez les animaux, bien qu’à un degré moindre. 

  • Continuité dans le vivant (Darwin) : il n’y a qu’une différence de degrés entre l’homme et l’animal. Il n’y a pas de raison de considérer que l’humanité est un îlot dans le vivant, où les variations inter-individuelles seraient plus élevées que dans les autres espèces animales. 
  • Les hommes et les animaux ont les mêmes facultés cognitives : le rôle identique de l’apprentissage par habitude (Hume) et l’identité des facultés linguistiques (Montaigne)
  • Les hommes et les animaux sont également soumis au déterminisme psychologique (Schopenhauer)

Transition : L’insistance sur la continuité biologique entre l’homme et l’animal ne devrait cependant pas occulter l’existence d’un phénomène qui semble ne se rencontrer que parmi les hommes : la diversité culturelle. Il faut donc tenter de concilier ces deux idées.

 

Partie 3 – La diversité humaine face à l’uniformité animale, produite par de légères différences

Les petites différences (de degré) entre l’homme et l’animal (un langage plus développé, une rationalité plus poussée) produisent finalement une diversité telle parmi les hommes qu’on peut soutenir que cette diversité est précisément ce qui distingue l’homme. C’est parce que nos facultés sont un peu plus développées qu’il existe des différences culturelles immenses entre les hommes, différences qui contrastent avec l’uniformité qu’on constate à l’intérieur de toutes les autres espèces animales (qui n’ont pas de “culture”, ou bien sous une forme très embryonnaire). 

  • S’il existe un embryon de diversité culturelle chez certaines espèces animales…
  • … la richesse et la diversité culturelles sont incomparablement plus grandes chez l’homme.

On montrera donc que la diversité culturelle existe bien chez les animaux, mais qu’elle est incomparablement plus faible (le primatologue Frans de Waal montre ainsi qu’il peut exister des “modes” chez les singes, par exemple porter une fleur à l’oreille).

Puis on pensera ici à citer des œuvres d’anthropologues qui s’attachent à décrire l’immense variété culturelle au sein de l’humanité. Il est possible, par exemple, de rappeler ici les travaux de Lévi-Strauss dans Race et histoire (1948).

Assia H