Culture générale emlyon 2018 – Analyse du sujet Culture générale emlyon 2018 – Analyse du sujet
Découvrez l’analyse du sujet de la dissertation de culture générale emlyon 2018 :   Champ philosophique d’application du sujet : Le sujet proposé par... Culture générale emlyon 2018 – Analyse du sujet

Découvrez l’analyse du sujet de la dissertation de culture générale emlyon 2018 :

 

Champ philosophique d’application du sujet :

Le sujet proposé par l’EMlyon cette année fait le lien entre morale et corps. La morale est un ensemble de règles de conduite que l’on se donne, définie à partir de principes : des normes et des valeurs. Ainsi, se poser la question de “Que faire de notre corps ?” invite à s’interroger sur les règles de conduite que nous devons adopter vis-à-vis de notre corps, et par conséquent à interroger les principes qui sous tendent ces manières d’agir sur/avec notre corps. Le sujet ici se limite à la conduite sur le corps humain :notre” renvoie à une frontière humaine, ce qui nous appartient à nous autres les humains, a contrario, on évitera de parler des animaux, puisqu’ils n’appartiennent pas à “notre corps” :  donc exit le passage vegan dans votre copie.

C’est un sujet qui lie aussi politique et corps : on n’interroge pas seulement la conduite individuelle vis-à-vis du corps, mais plus largement celle de la communauté humaine puisque l’on emploie un adjectif possessif pluriel “notre”. Et puisque le politique est le domaine où se jouent les affaires humaines, et que le corps fait partie de ces affaires humaines, il convient d’interroger l’action collective à entreprendre vis-à-vis des corps humains. Ainsi, nous aborderons aussi les questions qui lient corps et science : le progrès des technologies, nous permettant de modifier notre corps, doit-il être utilisé ?

Problématisation du sujet :

“Que faire de notre corps ?” nous invite à réfléchir à l’ensemble de règles de conduite que l’on se donne individuellement et collectivement à propos de notre corps. Ainsi, ce qui pose problème est de déterminer le principe sur lequel repose ces règles : nous ne suivons des règles, et leur accordons de la légitimité, seulement parce qu’elles nous sont imposées (par la contrainte) ou bien parce que nous y adhérons.

Ce qui pose ainsi problème est la légitimité des principes que l’on invoque pour justifier notre conduite : d’où tirent-ils leur légitimité ? Certains font références à des principes métaphysiques (Platon) ou religieux (Saint Augustin) et supposent que nous possédons une substance que l’on appelle “âme” et, affirment ainsi qu’il faut maîtriser notre corps pour élever notre âme ; mais à supposer que nous n’ayons pas d’âme et que tout soit affaire de matière, comme l’affirment les matérialistes, nous pourrions supposer qu’aucun principe moral n’a de légitimité : toute conduite envers notre corps serait permise ; or, comment permettre le vivre ensemble dans un monde où aucun référentiel commun ne serait établi ? D’autant plus que la question de nos actes sur le corps humain se pose de manière prégnante, avec le progrès de la technique.

 

 

Problématique Quels principes peuvent fonder une éthique légitime du corps ?

Plan :

1) Principe métaphysique et religieux : Maîtriser notre corps pour élever âme
2) Absence de principe, nous ne sommes que corps : la liberté d’agir sur le corps
3) Trouver un principe universel sans référence morale et religieuse : une éthique du corps

Développement

1) Maîtriser son corps et cultiver son âme

A) Apprendre à mourir : la condamnation du corps

  • Le corps corrompt l’âme : c’est pourquoi il faut adopter une conduite très ferme avec lui : le contrôler, le maîtriser et développer l’âme.
  • Platon: “L’âme ne raisonne jamais mieux que quand elle s’isole le plus complètement en elle-même, en envoyant promener le corps”. Pour Platon, le corps appartient au domaine de l’éphémère, du mortel tandis que l’âme appartient au domaine de l’éternel. Il faut seulement se préoccuper de son âme, et contempler le monde des Idées.
  • Lois WacquantCorps et âme – Notes ethnographiques d’un apprenti-boxeur  Le corps nécessite une hygiène de vie, doit être contrôlé pour pouvoir atteindre certains objectifs. La maîtrise et le contrôle du corps par les boxeurs les rapprochent de l’éthique calviniste de Max Weber. Dans cette éthique rationnelle, la valeur des hommes est mesurée à leur travail, accompli dans un cadre de vie réglé et méthodique, proche de l’ascèseLe travail et le contrôle du corps garantit la maîtrise de l’esprit. 

Article Major Prépa

Platon (1) – Le corps est un tombeau

Lois WacquantCorps et âme – Notes ethnographiques d’un apprenti-boxeur

 

B) Trouver un équilibre entre l’âme et le corps

Ce contrôle ne doit pas signifier l’abandon du corps : nous sommes certes des esprits, mais également des êtres mortels qui ont besoin de leur corps.

Platon (3) – La philosophie : l’art de trouver l’équilibre entre l’âme et le corps

Le péché originel chez Saint Augustin

 

2) Le corps, purement matériel : le principe de plaisir du corps

A) Mon corps m’appartient, matérialisme : la sagesse du corps

Ce qu’on attribuait autrefois à l’âme n’était que du physique inconnu. Tous les processus affectifs et perceptifs du moi sont réductibles à des rapports mécaniques entre éléments matériels. « Je » est donc réductible à un corps, qui n’a pour spécificité que d’être un automate très perfectionné. C’est la théorie développée par les philosophes matérialistes, ceux qui considèrent que nous ne sommes que des atomes, que de la matière. Si nous n’avons qu’un corps, et pas d’esprit, quelle conduit devrions-nous suivre vis-à-vis de notre corps ?

  • La seule morale possible est de suivre la sagesse du corps.  « la chair demande impérieusement de ne pas souffrir de la  faim, de la soif et du froid. Celui qui est à l’abri de ces besoins et  qui a l’espoir de l’être dans l’avenir peut rivaliser de félicité » nous dit Epicure dans le Fragment 33. C’est la  chair, donc le corps, qui demande, qui se pose comme sujet : le corps est sujet de moral. Et  toute l’éthique consiste à savoir se limiter à ces désirs naturels  nécessaires qui sont ceux que demande le corps.

B) Si aucun principe moral n’existe, je dispose d’une liberté totale d’agir sur le corps 

  • Sade, La philosophie dans le boudoir. Etre un simple corps autorise à une  recherche du plaisir sans les limites de la morale et des préjugés.

Articles Major Prépa 

Sade : nudité et déchaînement des passions

C) Le pouvoir politique peut maîtriser entièrement le corps

  • Puisque le corps n’est que matière, il peut être utilisé à n’importe quel escient par ceux qui possède le pouvoir. Ils peuvent contrôler, quantifier, maîtriser et dominer le corps de ceux qu’ils gouvernent :

Articles de Major Prépa  :

Le Meilleur des mondes : le corps comme instrument de la domination politique (1)

Le Meilleur des mondes : le corps comme instrument de la domination politique (2)

  • “Depuis six mille ans la guerre plaît au peuple querelleur […] Les sombres âmes s’allument. Aux lumières des canons. Et cela pour des altesses. Qui, vous à peine enterrés, Se feront des politesses. Pendant que vous pourrirez,” Victor Hugo. Les dominants peuvent se servir des corps de la population à leur gré, notamment pendant les guerres, sans se soucier des conséquences désastreuses que cela fait à leurs corps.

Article Major Prépa 

A l’Ouest rien de nouveau, une analyse du corps dans la “der des ders”

 

3) Ne faut-il pas pour autant adopter une éthique du corps ?

A) Le corps appartient à la communauté humaine, la politique

En tant qu’être humain, “animal politique”, nous évoluons dans une société. Toutes questions qui portent sur les affaires humaines, dans une démocratie, sont réglées par la discussion, l’échange.

  • C’est à la politique de déterminer les limites de l’acceptable et les comportements légitimes à adopter vis-à-vis du corps humain. C’est une question qui nous concerne tous, puisque le corps humain est un bien commun ; nous devons statuer de ce comportement de manière juste.
  • Le politique peut adopter un principe de justice dénué de toutes références morales ou religieuse : un principe universel auquel nous faisons référence pour déterminer le comportement à adopter sur notre corps. Une discussion démocratique sur le corps permet d’empêcher un souverain de le maîtriser
  • C’est pourquoi il faut déterminer des lois en commun, par un processus démocratiquesur ce que l’on peut ou ne peut pas faire sur le corps. Exemple : Le code de Nuremberg 1947 sur l’éthique médicale et le domaine d’extension des médecins sur nos corps.

B) Les débats contemporains sur la bioéthique, la nécessité de débattre de ce sujet.

Référence : Sylviane Agacinski, Le Corps en miettes (2009)

  • L’auteur s’intéresse à la loi sur la bioéthique. La loi de bioéthique sera réexaminée par le Parlement dans un délai de cinq ans et donne naissance à la loi de bioéthique de 2011. Les principales innovations de ce nouveau texte portent sur les points suivants : autorisation du don croisé d’organes intervenant en cas d’incompatibilité entre proches c’est à dire que deux personnes, candidates au don pour un proche mais incompatibles avec leur proche malade, s’échangent leur receveur respectif s’ils sont compatibles. Cette possibilité concernant essentiellement les greffes de rein permettrait d’en réaliser 100 ou 200 de plus chaque année, une nouvelle définition des modalités et les critères permettant d’autoriser les techniques d’assistance médicale à la procréation et d’encadrer leur amélioration. Ainsi la congélation ovocytaire ultra rapide (ou vitrification) devrait être autorisée.
  • L’auteur considère que c’est une forme d’aliénation biologique et qu’elle porte atteinte à la dignité de l’homme. Elle fait référence à un principe universel, qui serait une valeur égale à tous les hommes.

 

 

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Assia Hadj-Ahmed

Etudiante à l'ENS Ulm en Sciences sociales et à l'ESSEC en M2, je suis rédactrice en chef en CG/Philo et je gère l'équipe de rédaction A/L et B/L du site.