Culture générale HEC/emlyon 2020 – Analyse du sujet Culture générale HEC/emlyon 2020 – Analyse du sujet
L’épreuve de culture générale HEC/emlyon est une épreuve phare du concours BCE. Lors de cette année un peu exceptionnelle, elle avait lieu ce mardi... Culture générale HEC/emlyon 2020 – Analyse du sujet

L’épreuve de culture générale HEC/emlyon est une épreuve phare du concours BCE. Lors de cette année un peu exceptionnelle, elle avait lieu ce mardi 30 juin au matin. Son importance était d’autant plus capitale qu’il n’y avait que cette épreuve pour montrer toute l’étendue de ses connaissances philosophiques. En effet, il n’y aura pas d’oraux en raison des mesures sanitaires.

Tu peux retrouver le sujet de culture générale HEC/emlyon ici !

Le désir étant à l’honneur cette année pour la culture générale, c’est donc sans surprise que l’épreuve de culture HEC/emlyon 2020 portait dessus. Le sujet révélé ce matin était quant à lui beaucoup plus surprenant : “Peut-il y avoir une civilisation du désir ?”.

Pour vous aider à vous retrouver et à vous préparer aux prochaines épreuves, on vous propose ici une ébauche de corrigé avec une analyse du sujet détaillée. N’hésitez pas cependant à relire et regarder toutes les autres fiches sur Major Prépa pour devenir maître de vos désirs !

 

Analyse du sujet

Peut-il y avoir une civilisation du désir ? Le sujet était posé sous la forme d’une question. Attention, cela ne veut absolument pas dire qu’il fallait reprendre la question telle quelle dans votre problématisation. Non ! Il est important de comprendre pourquoi cette question se pose. Pour cela, il faut tout d’abord que vous vous posiez cette même question et que vous vous demandiez quelle réponse serait pour vous la plus évidente. Le but est bien sûr de réinterroger cette réponse.

Par exemple, on pourrait très facilement se dire en voyant cette question qu’il ne peut pas y avoir de civilisation dans le désir. En effet, on pourrait se dire que le désir nous oblige à céder à nos pulsions premières. Vous pouvez pensez ici à l’église et à son rapport au désir sexuel. Le désir est considéré comme quelque chose d’animal, de répressible, de mauvais et seul l’homme capable de faire taire ses désirs pourrait accéder à un état de pureté et de civilisation. Dans ce sens-là, il n’y aurait pas de civilisation dans le désir, puisque le désir est la chose à réprimer pour bien vivre ensemble. De plus à l’échelle de la société, les désirs sont multiples et cette multiplicité peut être à l’origine de nombreux conflits, aux antipodes de toute civilisation. Pensez par exemple aux grands conquérants, mus par des désirs de gloire qui ont poussé des empires entiers à s’effondrer à cause de leurs désirs démesurés.

Mais en même temps le désir peut être également un facteur de cohésion. Les individus sont réunis par les sentiments affectifs qui les lient les uns aux autres et la société dans son ensemble est rendue possible par l’extension de ces affects à un groupe plus élargi.

Le mot surprenant dans cette question est donc “une civilisation”. L’utilisation de l’article indéfini “une” pose ici problème. On peut se demander de quelle civilisation il s’agit ici. Est-ce une civilisation, dans le sens de collectivité ? Est-ce une civilisation qui se rapprocherait de la civilité et de l’individu ? On n’est donc pas très loin du sujet d’Ecricome de la semaine dernière, mais avec une dimension de civilisation, qui est ici très importante.

On n’oublie surtout pas d’introduire le sujet par un exemple (ici la religion par exemple et le péché de la chair), puis de bien définir les termes du sujet (notamment civilisation, en en rappelant le double aspect à la fois individuel et collectif) et à bien problématiser le sujet en formulant la question différemment du sujet. C’est très important.

 

Le plan

Non ce n’est pas un mythe. La première partie répond à la question, la deuxième démontre le contraire et la troisième, permet d’ouvrir sur de nouveaux horizons. Oui, c’est aussi simple et banal que cela. Mais attention, ce plan doit être bien fait ! Là est le coeur de l’art de la dissertation. On veut voir avant tout comment vous arrivez à construire une argumentation cohérente du début jusqu’à la fin, avec un vrai enchaînement logique entre les différentes parties. Il est donc très important, oui très très important, de soigner vos transitions et de vous appliquer dans l’enchaînement de vos parties. Le contenu des parties importe moins – dès lors que vous respectez le sujet (et ne sortez pas complètement sur autre chose), que vous utilisez des exemples cohérents (issus de votre cours et de votre culture personnelle, de films, de livres…) et que votre argumentation est claire et structurée – tout se passera bien.

 

Première partie

On pourrait donc très facilement (à quelques reformulations près) démontrer dans une première partie que oui, il y a bel et bien une civilisation du désir (en tenant bien sûr compte des de l’aspect à la fois individuel et collectif).

On pourrait parler ici par exemple du tri rationnel des désirs – rien de plus civilisé que cela. C’est la thèse du désir frugal, défendue par Epicure qui montre que nous pouvons faire l’inventaire des désirs et ne conserver que ceux que nous percevons comme moralement acceptables.

On pourrait également parler de la répression des désirs immoraux dont parle Freud dans Société et répression du désir. Il explique ainsi que la moralité et les relations inter-individuelles sont pacifiées malgré la présence originelle, en nous, de désirs antisociaux.

On pourrait enfin éteindre cette vision du désir individuel à la société en parlant de Durkheim qui explique que le désir est encadré par la société, en montrant que la hiérarchie établie dans la société permet d’empêcher le développement de désirs illimités nuisibles à la concorde sociale.

Tous les exemples sont justes et bons à prendre ! Ne vous dites surtout pas que vous avez rendu un mauvais devoir.

 

Deuxième partie

Dans la deuxième partie, on démontre la thèse contraire, en montrant que le désir peut à l’inverse rendre les hommes incivilisés en les divisant. Le désir est par nature une pulsion animale qu’il s’agit de réprimer et de dépasser. Pensez à tous les films dystopiques qui montrent cela ! Vous pouvez également penser à l’immoralisme sadien qui montre que le désir laissé libre aboutit au mépris de la morale, donc à l’incivilité. Ne pas oublier également la dimension sociale avec par exemple Girard qui montre que le désir mimétique pousse les hommes à entrer en rivalité pour satisfaire leurs désirs individuels. On pourrait également penser à Hobbes, qui montre que pour dépasser les désirs individuels, il faut entrer en société, gagner la civilisation et oppose ainsi l’homme à l’état de nature, livré à ses désirs à l’homme en société, civilisé.

 

Troisième partie

La troisième partie permet tout le temps d’aller plus loin, d’affiner la compréhension du sujet. On pourrait distinguer dans la troisième partie finalement les “bons” désirs, des “mauvais”. On pourrait citer ici l’exemple religieux de Thomas D’Aquin qui montre qu’on ne désire pas les choses spirituelles comme on désire les choses terrestres Libre à vous ici de faire la partie la plus créative possible !

 

Conclusion

En guise de conclusion, on pourra bien sûr résumer son devoir en reformulant sa réflexion sur le sujet et en la structurant de nouveau pour montrer l’articulation logique entre chaque partie et idée. C’est le plus important. Si vous êtes un adepte de l’ouverture, veillez bien à ce qu’elle soit parfaitement logique par rapport à votre reflexion et au sujet.

Bon courage pour la suite ! C’est presque fini.

Pour plus d’informations sur le concours BCE, rendez-vous dans la rubrique Inside Concours.

 

 

Anna Logacheva