L’essai d’allemand CCIR, Ecricome et IENA sera remplacé par un texte à trou à partir de 2018 L’essai d’allemand CCIR, Ecricome et IENA sera remplacé par un texte à trou à partir de 2018
C’était un secret de polichinelle pour bien des enseignants de la langue de Goethe en classe préparatoire. Bien entendu informés du fait que la... L’essai d’allemand CCIR, Ecricome et IENA sera remplacé par un texte à trou à partir de 2018

C’était un secret de polichinelle pour bien des enseignants de la langue de Goethe en classe préparatoire. Bien entendu informés du fait que la mesure était dans les tuyaux, nous nous sommes gardés de la révéler au grand jour avant son officialisation.

C’est désormais fait, et la chose est bel et bien entérinée : les professeurs de l’Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales (APHEC) en charge de l’enseignement des langues ont décidé de remplacer, pour les candidats germanistes LV2, le traditionnel essai qui conclut chaque épreuve de langue par un texte à trou. Cette décision concerne l’ensemble des épreuves (CCIR, Ecricome et IENA) et sera effective en 2018.

Concrètement, cela signifie que les candidats du millésime 2018 -ainsi que tous ceux des années suivantes- auront face à eux un texte (on parle d’un article issu de la presse d’environ 600 mots) qui aura été délesté d’une vingtaine de mots. Les étudiants devront ainsi compléter ce texte avec des mots qu’ils jugent pertinents en fonction du contexte.

Si cette réforme n’a rien de surprenante tant elle faisait figure de véritable serpent de mer dans le petit monde des classes prépas HEC, elle n’en demeure pas moins extrêmement clivante au sein du corps professoral. Le texte à trou est ainsi loin de faire l’unanimité « C’est une véritable honte pour la langue que j’enseigne ! » s’emporte Madame Blitzkrieg, une professeure qui officie dans un lycée parisien « Certes, l’allemand est une langue difficile, a fortiori pour les étudiants français. Mais de là à simplifier l’épreuve à outrance… on frise le ridicule, les élèves de prépa incarnent le renouvellement de l’élite intellectuelle française. A ce rythme-là, dans deux ans la version proposée aux concours sera issue de Oui-Oui à Baden Württemberg ! ».

Pourtant, à l’exception de ses quelques détracteurs, la décision de l’APHEC est globalement saluée par les enseignants. Madame Papagaye, qui enseigne depuis plus de 20 ans du côté de Toulouse, n’a pas assez de superlatif pour qualifier ce « progrès décisif » : « Cela fait près d’une décennie que je milite pour que cette réforme passe. Je dois avouer que je n’ai pas hésité à jouer de mes relations à l’APHEC pour accélérer les choses… Il faut se mettre à la place des élèves, on parle d’une langue qui désigne même les choses mignonnes telles qu’un écureuil par « ein Eichhörnchen » ! C’est à vous donner des aphtes dans la bouche… Alors oui mes collègues prof d’espagnol vont encore nous railler, mais je trouve cela mesquin lorsqu’on enseigne un dialecte qui consiste à rajouter des « o » ou des « a » aux mots français. »

Beaucoup d’enseignants partagent l’idée que le texte à trou est plus en adéquation avec le niveau des étudiants LV2 « Honnêtement, moi qui suis correcteur pour les écoles parisiennes et enseignant, relire les essais est progressivement devenu un véritable supplice tant j’ai vu ma langue natale écorchée en profondeur. Comment classer des étudiants alors que je ne comprends pas un traitre mot de ce qu’a voulu exprimer le candidat dans 75% des copies ! Je le vois avec mes élèves au quotidien, la majorité profite de mes cours pour faire une pause ou une annale de mathématique ; ils ont tout bonnement abandonné. Demander à des élèves qui peinent à conjuguer Sein à toutes les personnes au présent de l’indicatif d’écrire un essai de plusieurs centaines de mots est un non-sens pédagogique. » conclut monsieur Helmut Fritz, non sans un brin de sarcasme.

L’APHEC parle quant à elle d’une « décision qui s’imposait, une réforme de bon sens au vue du niveau moyen des étudiants » mais n’a pas souhaité réagir davantage.

Dimitri Des Cognets

Rédacteur en chef de Major-Prépa