Géopo Ecricome 2019 – Analyse du sujet sur la Chine Géopo Ecricome 2019 – Analyse du sujet sur la Chine
Avant toute chose, vous pouvez retrouver ici le sujet de géopo Ecricome 2019. Basique. Simple comme le dirait Orelsan ? Pas si vite. Le... Géopo Ecricome 2019 – Analyse du sujet sur la Chine

Avant toute chose, vous pouvez retrouver ici le sujet de géopo Ecricome 2019. Basique. Simple comme le dirait Orelsan ? Pas si vite. Le premier sujet de géopolitique Ecricome semble très accessible de prime abord en formulant directement de manière interrogative la question de son rôle et de sa place dans l’installation d’un nouvel ordre mondial. Très accessible de prime abord, il ne l’est finalement pas tant que ça, tant l’analyse du sens du sujet est primordiale. Autant le dire : le sujet n’était pas “La puissance de la Chine”.

Nous allons analyser le sujet en nous intéressant premièrement aux accroches possibles (sans prétendre être exhaustifs), aux sens des mots du sujets, en s’attelant à les définir, puis en listant de nombreux arguments qui auraient pu nourrir une réflexion. Nous ne publierons pas de plan afin de ne pas stresser ceux qui penseraient que leur construction de raisonnement ne conviendrait pas.

 

Les accroches possibles sont très riches au niveau de l’actualité de ces dernières semaines. Les plus classiques auront opté pour les pérégrinations d’une guerre commerciale aux évolutions incertaines, qui se trouve au cœur d’enjeux électoralistes du côté américain et nationalistes du côté chinois. On pouvait également s’intéresser au cas Huawei, où l’avance technologique prise par l’équipementier chinois appelle à un bouleversement des normes qui prévalaient jusqu’à présent dans le secteur des équipementiers. L’intelligence artificielle pouvait également être l’objet d’une accroche, en se référant notamment à l’ouvrage AI Superpowers: China, Silicon Valley, and the New World Order de Kai-Fu Lee, chercheur chinois auteur du best-seller qui lie cette notion à un nouvel ordre mondial où la Chine prédominerait. Nous analyserons cet ouvrage plus en profondeur par la suite.

 

Définitions

Pour tout sujet, il convient de définir précisément les termes utilisés par le sujet.

Ici, le syntagme “La Chine” ne laissait guère de place au doute : on parlait bien de la République Populaire de Chine, et non de la République de Chine (Taïwan). Pays situé en Asie orientale, il s’agit de celui le plus peuplé au monde avec son 1,4 milliard d’habitants répartis dans ses 9,5 millions de km². Son PIB en parité de pouvoir d’achat fait du pays la première puissance économique mondiale : il s’élève à plus de 23 000 milliards en 2017 (source : FMI) devant l’Union européenne à 21 000 milliards de dollars et les Etats-Unis à plus de 19 000 milliards de dollars.

La notion d’installer, quant à elle, s’adresse à l’action d’établir, d’implanter quelque chose quelque part, en y asseyant sa domination de manière durable.

Enfin, vient la notion de « nouvel ordre mondial » : elle est née aux lendemains de la Première Guerre mondiale pour désigner la création d’une gouvernance plaçant la paix et la prospérité des nations au centre du jeu. Popularisée en 1940, alors en pleins conflits de la Seconde Guerre mondiale, par Herbert George Wells à travers son ouvrage éponyme, où il décrit un monde pacifié par une gouvernance unique, cette notion a été remise au goût du jour par Georges Bush (père) aux lendemains de la fin de la Guerre Froide. Elle servait alors à y décrire un ordre mondial dominé par les valeurs américaines de capitalisme libéral et de démocratie. Fin de l’Histoire.

De prime abord, cette notion s’oppose à l’idée-même d’« État socialiste de dictature démocratique populaire, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance des ouvriers et des paysans ». Mais avant d’aller aussi loin dans l’analyse, on peut également s’intéresser sur le caractère double du mot « ordre », qui appelle deux sens.

 

Premier sens : le mot ordre désigne une hiérarchie, un classement. Installer un nouvel ordre mondial signifierait alors pour la Chine être en mesure de devenir la première puissance mondiale, en termes économiques, (géo)politiques, scientifiques, commerciaux, culturels, etc. Cela implique d’analyser les nouvelles positions de la Chine dans les palmarès, où elle progresse sans discontinuer depuis l’époque de Deng Xiaoping.

Second sens : le mot ordre désigne une organisation, un système harmonieux. Il s’agit ici du sens utilisé par les personnages géopolitiques du siècle dernier dans un contexte de paix d’après-guerre ; et de celui qui fait l’intérêt du sujet. N’analyser que des positions relatives dans différents classements et leurs implications ne saurait être le fond de la dissertation, mais seulement sa base.

 

Idées d’argumentation

Nous ne pouvons pas prétendre à l’exhaustivité des idées avancées, mais certaines pistes pouvaient être évoquées afin de répondre au sujet. Volontairement, nous n’allons pas citer les basiques que vous avez pu voir en cours. Il ne s’agit pas d’un sujet où les différences se feront sur les connaissances mises en œuvre (que tous les candidats ou presque ont), mais sur la construction choisie pour répondre au sujet et au sens appelé par sa formulation particulière.

 

La notion de puissance

Si le sujet ne se limite pas à ce facteur, écueil dans lequel il ne fallait pas tomber, la notion de puissance de la Chine se devait d’être traitée. Elle est éminemment économique, et même commerciale. Dynamisée par son statut de premier exportateur mondial obtenu grâce aux aménagements de certaines parties de son littoral en Zones Économiques Spéciales, l’économie chinoise est fortement montée en puissance. Si sa affirmation économique ne fait guère de doutes, elle demeure en retard par rapport aux États-Unis sur les plans militaires et scientifiques. Quant à celui culturel, elle se fait même dépasser par la Corée du Sud (et sa célèbre K-Pop) au niveau mondial. Très grande puissance oui, mais de là à parler d’une capacité de dominer l’ordre, la hiérarchie du monde, à l’instar des Etats-Unis aux lendemains de la Guerre froide, il y a plus qu’un pas.

 

Un affaiblissement américain endogène

Les citoyens américains ont porté Donald Trump au pouvoir. Si la situation économique du pays affiche une croissance toujours très forte, portée par de généreuses réformes fiscales, de nombreux observateurs craignent un avenir moins radieux porté par une charge de la dette devenue très lourde et un système inégalitaire où la redistribution des richesses ne s’opère plus.

Au niveau international, la position des Etats-Unis s’affaiblit : atermoiements géopolitiques, guerres commerciales et inaction climatique demeurent des points d’achoppements de la capacité des Etats-Unis à diriger l’ordre du monde. Dans ce contexte, la Chine tire son épingle du jeu : lorsque Donald Trump se retire des accords de Paris, l’Empire du Milieu se montre d’autant plus déterminée à le sauver.

 

L’intelligence artificielle et le nouvel ordre mondial

Il ne se passe pas une semaine sans que cette thématique inonde les médias. Et pour cause, l’intelligence artificielle permet des prouesses que l’humain ne saurait accomplir. C’est ainsi que les radiologues, les auditeurs, les avocats, les soldats de terrain et moult professions se voient menacées de disparition.

Dans son ouvrage AI Superpowers: China, Silicon Valley, and the New World Order, sorti en librairies en 2018, Kai-Fu Lee, ancien directeur de Microsoft Research Asia et de Google China, s’attèle à démontrer que l’intelligence artificielle occupe une place de plus en plus importante dans la redéfinition du nouvel ordre mondial. Elle permet de s’affirmer sur les plans économiques et militaires.

Il défend principalement quatre idées :

  1. L’intelligence artificielle dispose de plusieurs branches, notamment celles du deep learning (apprentissage profond, la capacité de robots de reconnaître des images, des sons, du langage, etc. ). Pour améliorer ces algorithmes, un amas de données colossal est nécessaire. La Chine, grâce à sa puissance démographique, est mieux positionnée que les Etats-Unis à ce sujet.
  2. La Chine dispose d’une régulation très légère concernant la collecte de données. Si l’Europe a mis en place le RGPD et ne permet pas aux entreprises de collecter autant de données que leurs consœurs américaines et chinoises, les entreprises de l’Empire du Milieu jouissent d’une régulation très laxiste, leur permettant d’amasser des montagnes de données.
  3. L’écosystème entrepreneurial chinois est très peu régulé : la propriété intellectuelle est moins protégée tandis que les fusions-acquisitions sont plus dérégulées. Alstom-Siemens quand tu nous tiens…
  4. Le gouvernement chinois s’attèle à financer de manière très importante l’intelligence artificielle et a saisi l’importance de la question.

 

Cette référence aurait très bien pu servir dans les dernières parties de votre dissertation, voire en ouverture. Dans tous les cas, on ne peut que conseiller de la travailler en vue des trois dissertations de la BCE !

 

 

 

La Chine en articles Major-Prépa

Notre rédaction avait récemment publié un article quant aux mutations de l’économie chinoise, et notamment des effets de sa montée en puissance. Cet état des lieux pointe également les défis que cela engendre, une lecture utile dans l’hypothèse d’un sujet comparable lors des épreuves ESCP, ESSEC ou Grenoble EM.

Les mutations de l’économie en Chine : le “miracle chinois” peut-il durer ?

 

Nous conseillons également la lecture d’une fiche qui constituait l’un des premiers articles publiés sur le site (il y a près de 5 ans) et qui offre une rétrospective historique sur les affrontements entre la Chine et les États-Unis :

La guerre des empires – François Lenglet (2010)

 

Le commentaire de cartes

La carte concernait les nouvelles routes de la soie, qui ont été traitées par tous les professeurs de géopolitique en long, en large et en travers. La différence entre les candidats reposera fondamentalement sur la capacité à mener une analyse de profondeur sur la carte et non à la décrire de manière passive. Une connaissance fine de l’actualité, et la volonté de l’Italie de rejoindre ce projet, est toujours appréciée des correcteurs.

 

Retrouvez toute l’actualité des concours dans notre rubrique Inside Concours :  https://major-prepa.com/concours/inside-concours-ecricome-2019/

 

 

Mehdi Cornilliet Fondateur

22 ans, étudiant à HEC Paris, ancien étudiant en prépa ECS au Lycée La Bruyère (Versailles) et fondateur de Major-Prépa.