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Voici le sujet de géopo ESCP 2018.   L’analyse Formes et lieux de la rivalité sino-américaine • Qui a le pouvoir et... Géopo ESCP 2018 – Analyse du sujet

Voici le sujet de géopo ESCP 2018.

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L’analyse

Formes et lieux de la rivalité sino-américaine

• Qui a le pouvoir et l’influence économique la plus importante ?

La Chine et les Etats-Unis sont les deux principales puissances économiques mondiales en termes de PIB, d’IDE ou encore vis-à-vis de leurs entreprises [Sur les 10 premières entreprises mondiales en C.A. selon le Fortune Global 500 (édition 2017) trois sont chinoises et quatre américaines].

La compétition économique est aussi technologique et la Chine s’est renforcée ces dix dernières années devenant même le premier dépositaire de brevets, cherchant à s’imposer dans la nouvelle économie [premier producteur de panneaux solaires par exemple] et avec un caractère politique parfois marqué [programme spatial par exemple]. La question monétaire a gagné en importance les Etats-Unis taxant pendant longtemps la Chine de sous-évaluer le yuan. Aujourd’hui le yuan a acquis en crédibilité face au dollar en devenant une monnaie de réserve du FMI en 2015.

 

• Peut-on parler d’une rivalité militaire et politique ?

Le pouvoir demeure fortement lié à la question de puissance. Le développement économique de la Chine lui autorise un nouvel hégémonisme militaire. La Chine cherche notamment à devenir une grande puissance maritime (construction de porte-avions, sous-marins) en développant un réseau de bases entre l’océan pacifique et l’océan indien (stratégie du collier de perles). En réaction, les Etats-Unis ont lancé la « politique du pivot » qui vise à déployer la majorité de leur force en Asie orientale. Les Etats-Unis se sont rapprochés des puissances impliquées [par exemple le Vietnam en relevant l’embargo sur la vente d’armes en 2016]. La question de la puissance maritime est essentielle car les Etats-Unis ont basé leur puissance dessus depuis la fin de la première guerre mondiale. Il reste des lieux d’oppositions politiques direct entre les deux puissances [question de la Corée du Nord].

 

• Ne faut-il pas y voir avant tout une rivalité idéologique ?

La rivalité économique et militaire entre les deux puissances masque en réalité une rivalité avant tout idéologique qui renoue avec l’époque de la guerre froide. Le modèle dominant est celui qui a le pouvoir effectif. La Chine a donc renoué avec l’ambition de défier le modèle américain. Elle propose une alternative au modèle libéral (économiquement [au moins en apparence] et politique) des Etats-Unis à travers une perspective illibéral [voir Erik Izraelewicz L’arrogance chinoise 2011]. L’Afrique est un lieu rêvé pour étendre cette vision de l’organisation politique et économique. Erik Izraelewicz parle de « Consensus de Pékin » (en référence au « Consensus de Washington) : laisser un régime autoritaire pour y faire ses affaires économiques. Cette rivalité idéologique passe aussi à travers les institutions internationales. La Chine n’hésite plus à remettre en question la légitimité américaine dans les institutions en place [comme au FMI où elle a réussi à renégocier les quota-votes ; rappelons qu’au FMI seuls les Etats-Unis disposent de suffisamment de voix pour faire veto] ou en en créant de nouvelles [à l’image de la BAII ou de la Nouvelle Banque de développement].

Note : la question de l’Internet est ici représentative à la fois des enjeux idéologiques et économiques de cette rivalité. La Chine cherche à être totalement indépendante des Etats-Unis et les entreprises de l’Internet qui souhaite s’y implanter doivent plier aux exigences du gouvernement. Google qui est pourtant l’un des deux grands géants américains a par exemple accepté de coopérer au niveau de la censure. Ceci est notamment expliqué par Erik Izraelewicz dans l’ouvrage sus-mentionné. Pour un exemple plus récent, on pourra cité Uber qui a finalement décidé de quitter la Chine.

Des rivalités limitées par la nature des relations et par leur ampleur réelle

• Deux puissances interdépendantes ?

Le commerce international n’autorise pas de penser que Chine et Etats-Unis puissent prospérer sans échanger. Dans les faits, les deux nations sont fortement interdépendantes. Wal Mart représente à lui seul 10% des importations chinoises aux Etats-Unis. La Chine est le premier créancier des Etats-Unis ce qui laisse peu de marge de manœuvre sans défier toute la stabilité économique mondiale.

 

• Les Etats-Unis gardent un avantage

La Chine n’est pas encore un rival général des Etats-Unis. Le soft power chinois reste ainsi grandement limité. Dominique Moisi n’hésite ainsi pas à dire « Personne ne rêve d’être chinois, tout le monde rêve d’être américain ». La Chine a certes fait des efforts importants en développant le réseau d’instituts Confucius par exemple mais rien de comparable à ce que le rouleau compresseur américain peut produire sur la culture mondiale. Pour faire simple, la Chine elle-même est fortement influencée par la culture américaine : le Shanghaï Ranking classement de référence des universités mondiales à pour étalon … les universités américaines.

 

• Un rapport biaisé par la perception que s’en font les protagonistes

Les rivalités ne sont pas perçues de la même manière des deux côtés du Pacifique. Les Etats-Unis n’ayant pas d’autre « rival » potentiel d’envergure [à remettre en perspective avec le renouveau russe] (connivence générale avec l’UE), ils se concentrent sur la Chine. Le « péril jaune » est la nouvelle menace sur la prospérité américaine [thématique récurrente du déclin]. Ceci se lit très bien dans le discours de Donald Trump [par exemple le mythe du réchauffement climatique inventé par les chinois pour nuire à l’économie américaine]. C’est aussi une excuse pour les Etats-Unis pour justifier des mesures contraires aux règles mondiales (protectionnisme, refus du protocole de Kyoto sur fondement de dumping environnemental …) La Chine n’a pas l’ambition mondiale des Etats-Unis (elle cherche avant tout à redevenir une puissance régionale). Elle conteste donc avant tout le refus des Etats-Unis d’abandonner la domination unilatérale de l’ordre mondial et leurs ingérences locales.

Des conséquences incertaines sur les relations internationales

 

• La guerre commerciale : une menace latente

Les récentes passe d’armes entre Trump et Xi Jinping ont fait ressurgir les craintes d’une guerre commerciale. Le poids des deux entités aboutirait quasi sûrement sur une guerre commerciale mondialisée aux conséquences dramatiques. Celle-ci se doublerait aussi certainement d’une guerre monétaire tout aussi terrifiante. L’interdépendance des deux nations fragiliseraient fortement les deux principaux intéressés.

 

• En Asie orientale, des rivalités qui vont continuer de transparaître

La situation est si tendue dans la région qu’on ne peut croire que les relations sino-américaines ne vont continuer de dessiner les rapports entre les différents pays. La question de la Corée est subitement ressurgie récemment. On y a notamment vu un certain malaise chinois face à l’attitude du leader nord-coréen devenu un allié de plus en plus embarrassant. Donald Trump apparaît presque comme un sauveur dans la question du rapprochement entre les deux corées et participer à évincer la Chine du moins en apparence.

 

• A l’échelle globale

Ne pas sous-estimer les autres puissances. Les rivalités sino-américaines ne sauraient à elles seules définir la politique mondiale. La Russie qui « s’affiche » dans le bloc illibéral a notamment montré qu’elle était encore capable de défier les Etats-Unis [question de l’ingérence dans les élections]. L’Union Européenne joue aussi un rôle pour tempérer leurs ardeurs. On a notamment vu sa réaction face aux menaces douanières de Donal Trump. L’une des conséquences des rivalités sino-américaines est donc peut-être d’avoir mis en exergue la fin de l’hyperdomination américaine et l’émergence d’un monde plus multipolaire.

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Lucien Gessner

Étudiant en 1ère année à HEC Paris et l’ENSAE Paris Tech. Rédacteur mathématiques, géopolitique, et plus si affinités ...

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