Géopo ESSEC 2020 – Analyse du Sujet Géopo ESSEC 2020 – Analyse du Sujet
La géopo ESSEC ouvre le concours BCE 2020, comme depuis un peu plus de 2 ans. Cette année, le concours est inédit puisqu’il a... Géopo ESSEC 2020 – Analyse du Sujet

La géopo ESSEC ouvre le concours BCE 2020, comme depuis un peu plus de 2 ans. Cette année, le concours est inédit puisqu’il a lieu en juin et ne comporte que les écrits. Les épreuves s’enchaînent aussi très vite, avec six jours d’épreuves consécutifs. Mais les sujets ont été conçus avant le confinement, donc les épreuves ne seront pas différentes des années précédentes !

Tu peux retrouver le sujet de géopo ESSEC 2020 ici ! 

Cette année, le sujet de géopo ESSEC est particulièrement compliqué : il porte sur le bassin méditerranéen, une région géographiquement étriquée, que peu de préparationnaires étudient vraiment pendant les deux ans. C’est à la fois une région en Europe et en Afrique, et de ce fait, elle a tendance à être survolée dans les deux différents modules. La délimitation chronologique est aussi problématique : le sujet se concentre sur les années post guerre froide, ce qui représente une période assez courte et limite grandement les exemples.

Sujet difficile donc, qui sera très discriminant pour les candidats. Mais il était tout de même possible de construire une dissertation pertinente, même avec peu de connaissances. On te donne ici les grands axes de l’analyse du sujet.

 

Les accroches possibles

Le sujet était peu-être difficile, mais il offrait de très larges possibilités d’accroches différentes. On pouvait par exemple utiliser un élément d’actualité, notamment sur la crise migratoire. A l’inverse, il était possible de rappeler l’histoire ancienne du bassin Méditerranéen : l’empire romain, la présence d’un peuple historique, le berceau de la démocratie…

Bien sûr, il était possible d’utiliser les documents donnés pour trouver une accroche précise et pertinente. Mentionner le projet EastMed montre par exemple les enjeux liés à cette région.

Enfin, on pouvait utiliser n’importe quel élément de la période historique couverte par le sujet pour prouver l’importance du bassin méditerranéen. Par exemple, le discours de Bush sur le nouvel ordre mondial en 1989 a été prononcé à Malte. Cet élément peut servir à la fois de borne chronologique et d’accroche.

 

La définition des termes du sujet

Le bassin méditerranéen : la dénomination « bassin méditerranéen » désigne les pays et régions proches de la mer Méditerranée. Ces régions couvrent le Sud de l’Europe, le Proche Orient et le Maghreb. Au Nord, on trouve les pays européens avec une façade maritime sur la Méditerranée de l’Espagne à la Grèce. Au Sud, le bassin Méditerranéen englobe les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) et du Machrek (Libye, Egypte). A l’est, les pays du Proche Orient font partie du bassin méditerranéen : Turquie, Syrie, Liban, Israël. A cela s’ajoute les îles de la Méditerranée, notamment Chypre et Malte, et l’enclave de Gibraltar.

Espace : selon Jacques Lévy, c’est un « objet social défini au minimum par trois attributs, la métrique, l’échelle, la substance ». C’est donc une portion définie, plus ou moins étendue, de l’espace terrestre. Un espace n’est pas forcément approprié, mais fonctionne avec les interactions humaines. Ici, la Méditerranée est un espace approprié depuis des centaines d’années. Si l’on reprend la définition de Jacques Lévy, la métrique du bassin méditerranéen est l’ensemble des pays qui bordent la Méditerranée. L’échelle est ici internationale, et la substance est l’histoire de la région et le peuple méditerranéen. On pouvait bien sûr utiliser d’autres définitions, mais il était important de définir ce terme.

Crise : une crise peut être définie comme une période de dépression ou de stagnation durable de la conjoncture économique (pour les crises économiques). On peut aussi définir le terme comme une période ou une situation marquée par un trouble profond. On peut donc parler de crise dans d’autres domaines : migratoires, écologiques, géopolitiques…

Rivalités internationales : les rivalités internationales représentent les concurrences entre différentes entités qui prétendent aux mêmes avantages. Ici, ce sont donc des concurrences entre Etats pour des raisons territoriales, économiques ou politiques. Les rivalités internationales sont donc éminemment géopolitiques.

Depuis la fin de la guerre froide : Ici, il n’était pas forcément nécessaire de définir la guerre froide. On pouvait éventuellement faire une phrase rapide, par exemple « la période pendant laquelle le monde était divisé entre deux blocs et où les Etats-Unis et l’URSS s’affrontaient par conflits interposés ». L’enjeu est surtout de définir une borne chronologique précise. Il fallait ici citer une date, qui pouvait être 1989 avec le discours de Bush ou 1991 avec l’implosion de l’URSS. Il n’y avait clairement pas de doute sur ces dates, puisqu’elles sont précisées dans les documents !

 

Les domaines et les acteurs

Une dissertation d’HGGMC doit forcément couvrir plusieurs domaines (c’est pour cette raison que la matière ne s’appelle pas uniquement géopolitique). La prévalence de certains aspects sur d’autres dépend bien sûr des sujets. Ici, le sujet était éminemment géopolitique : les rivalités internationales désignent clairement les contentieux et les conflits entre Etats, et les crises peuvent être d’ordre géopolitique. Mais il ne fallait pas exclure d’autres domaines : les crises sont aussi économiques, migratoires, voire environnementales. Le devoir devait donc aborder tous ces aspects, même si le point de vue géopolitique était prédominant.

Pour ce qui est des acteurs, les principaux étaient les Etats. Ce sont en effet eux qui décident et interviennent dans les enjeux géopolitiques contemporains. Attention cependant à ne pas se borner aux Etats du bassin méditerranéen. Les documents le montraient bien, les Etats-Unis et la Chine sont également des acteurs majeurs de la région. On pouvait aussi mentionner quelques entreprises qui agissent au cœur des enjeux méditerranéens, ou des institutions internationales, comme l’Union pour la Méditerranée (UPM). Enfin, les ONG sont devenues récemment un acteur important en Méditerranée avec la crise migratoire.

 

Quelques pistes d’argumentation

On te propose ici différentes idées qu’il était possible d’insérer dans la dissertation. Cette liste est bien sûre non exhaustive, et non structurée. Tu étais libre d’aborder d’autres aspects et de former un plan en conséquence.

 

Des rivalités évidentes : la fracture entre le Nord et le Sud

On pouvait commencer par énumérer ce qui fait la fracture entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, notamment sur le plan économique. Insister sur les crises économiques des pays du Sud après les printemps arabes ou des pays du Nord avec la crise de l’euro était important.

 

Des rivalités internationales pour les ressources

Il était nécessaire d’évoquer les ressources que procure le bassin méditerranéen, et les rivalités internationales qui en découlent. On pouvait mentionner l’agriculture, avec des exploitations inégales dans le Nord et dans le Sud, mais les ressources emblématiques sont ici les hydrocarbures. L’exemple du projet de gazoduc EastMed prouve l’ampleur des enjeux. On pouvait aussi évoquer le contentieux entre Israël et le Liban à propos d’un puits de gaz offshore, situé sur une zone où les deux ZEE se chevauchent.

 

Le théâtre de nombreuses guerres

Il fallait dans une telle épreuve rappeler que le bassin méditerranéen est une région fortement instable sur le plan social, géopolitique et sécuritaire. Sur le plan social, on devait bien sûr évoquer les printemps arabes de 2011, qui ont bouleversé la région. Dans deux pays, la révolution s’est transformée en guerre civile : la Libye et la Syrie. Sur le plan géopolitique, l’exemple le plus pertinent est sûrement la guerre en Syrie, qui est devenue un théâtre de différents enjeux, avec de nombreux acteurs impliqués. Sur le plan sécuritaire enfin, on pouvait évoquer les attentats terroristes, notamment en Tunisie en 2015.

 

Un espace sur le point d’imploser avec la crise migratoire

Impossible de disserter sur les crises du bassin méditerranéen sans faire un argument sur la crise migratoire et les enjeux humanitaires, économiques et géopolitiques qu’elle engendre. La crise migratoire est clairement un facteur de division entre le nord et le Sud de la Méditerranée, puisque les pays de l’UE ont tous fermé leurs frontières, au moins ponctuellement.

On pouvait aussi insister sur l’enjeu humanitaire de la crise, en rappelant que 6000 personnes meurent chaque année en mer par exemple, ou en insistant sur l’appel de SOS Méditerranée pour que les pays européens ouvrent leurs ports.

 

Une tentative de coopération pour réduire les fractures du bassin méditerranéen

Il est important de critiquer et de nuancer en partie l’intitulé du sujet : le bassin méditerranéen n’est pas qu’un espace de crises et de rivalités internationales. C’est aussi un espace de coopération et d’échanges. Echanges économiques d’abord, puisque l’UE est le premier partenaire commercial de nombreux pays du bassin méditerranéen. Echanges culturels ensuite, avec notamment de nombreuses migrations du Sud vers le Nord, et une histoire marquée par la colonisation française, britannique et italienne. On pouvait aussi insister sur les flux touristiques, très importants dans la région.

Sur le plan politique, le bassin méditerranéen connaît aussi de nombreuses tentatives de coopérations, venant principalement de l’UE. On peut ainsi parler de la Politique européenne de voisinage (PEV) en 2004, et de l’union pour la Méditerranée en 2010. Mais il était important de rappeler que ces coopérations sont limitées : de telles institutions sont dans les faits peu utiles, et la plupart des pays font partie d’alliances géopolitiques plus importantes. Les pays européens sont par exemples tous dans l’UE, et certains pays comme l’Algérie ou la Libye font partie de l’OPEP.

 

Le bassin méditerranéen, un espace convoité par de nombreux acteurs

Il était important de rappeler que les crises et les rivalités internationales dans le bassin méditerranéen ne se limitent pas aux pays qui en font partie. Les documents insistaient d’ailleurs sur le rôle des Etats-Unis depuis la guerre froide et celui, plus récent, de la Chine. Les Etats-Unis sont présents dans la région surtout sur le plan militaire, avec notamment la 6e flotte de l’armée, présente en Méditerranée. La Chine, elle, a surtout des intérêts économiques. Dans le cadre du projet des nouvelles routes de la soie, le pays a notamment acheté le port de Pirée en Grèce. Enfin, on peut parler de l’enclave britannique de Gibraltar en Espagne. Le Royaume Uni refuse de « rendre » ce terrain à l’Espagne pour pouvoir contrôler en partie le détroit, et donc la Méditerranée.

 

La crise environnementale demandera une plus forte coopération

On pouvait en fin de dissertation ou en ouverture insister sur la crise environnementale, qui va demander une coopération importante. Le réchauffement climatique est déjà problématique pour les pays au Sud de la Méditerranée, car les rendements agricoles sont largement diminués. La mer Méditerranée est aussi très polluée.

 

Toutes les informations sur le concours BCE sont sur notre rubrique Inside Concours !

Lisa Schneider