Culture générale emlyon 2017 – Analyse du sujet de manière classique Culture générale emlyon 2017 – Analyse du sujet de manière classique
Ce mardi, Major-Prépa vous propose non pas une mais deux analyses du sujet de Culture Générale EM Lyon 2017. Voici donc la première, rédigée... Culture générale emlyon 2017 – Analyse du sujet de manière classique

Ce mardi, Major-Prépa vous propose non pas une mais deux analyses du sujet de Culture Générale EM Lyon 2017. Voici donc la première, rédigée par Romain Treffel, de facture plutôt classique.

 

Retrouvez la seconde analyse ici 🙂

 

Résumé de la réflexion 

Si le problème est déjà mis en évidence par l’énoncé, il est important d’étudier le sens de l’expression « faire événement » et de s’interroger sur le sens de l’article indéfini « une ». La petite phrase, le tweet, le discours, la déclaration de guerre, ou encore le lapsus sont des exemples d’une parole faisant événement qui peuvent venir à l’esprit. Devant le nom commun « parole », l’article indéfini « une » désigne une parole spécifique prononcée dans des circonstances précises, par opposition à la parole de manière générale, comme faculté humaine. L’expression « faire événement » signifie que la parole pourrait créer à elle seule, presque de manière artificielle, un événement. Le contraste entre, d’une part, la banalité de la parole et, d’autre part, la dimension par définition extraordinaire d’un événement fait un tremplin commode à la réflexion.

 

Problématique 

Une parole pourrait-elle être marquante au point de constituer à elle seule un événement ?

 

I/ Si toute parole semble de prime abord devoir être cantonnée au statut de non-événement…

A/ L’universalité de la parole empêche qu’elle soit un événement (Structures syntaxiques, Chomsky) : si la parole est l’expression d’une fonction biologique présente en chaque être humain, donnant à chacun la même faculté, elle est alors par nature condamnée à la banalité.

B/ Le fait que la parole se résume la plupart du temps à un acte de communication empêche qu’elle soit un événement (Essais de linguistique générale, Roman Jakobson) : la propriété phatique de la parole témoigne de sa fonction primordiale d’outil de communication, et non pas de modification de la réalité – notamment de création de l’événement.

C/ La vanité fondamentale de la parole en ferait plutôt par essence un non-événement (Les Essais, Montaigne) : comme elle serait en réalité autoréférentielle, la parole – et tout particulièrement la rhétorique – relèverait de l’illusion, soit le contraire d’un événement.

 

II/ …les circonstances d’une parole paraissent toutefois pouvoir l’élever à la dimension d’un événement…

A/ Le prestige du locuteur semble conférer la dimension d’événement à sa parole (La Société contre l’État, Pierre Clastres) : qu’un homme de pouvoir s’exprime suffit, par la dimension éminemment rituelle et symbolique de la mise en scène de sa prise de parole, à créer l’événement.

B/ La dimension tragique de la prise de parole peut permettre à une parole de faire événement (L’Appel du 18 juin, De Gaulle) : des circonstances aussi adverses que celles dans lesquelles s’est exprimé le général de Gaulle à Londres donnent à la parole une résonance exceptionnelle et en font un événement d’une ampleur historique.

C/ La dimension mémorielle de la parole peut en faire un événement (Discours du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, André Malraux) : un discours est capable de créer un état de communion si vaste et si partagé parmi l’auditoire que la parole fait à elle seule événement.

 

III/ …ce qu’elles font d’autant plus que la dimension performative de la parole est prononcée

A/ La parole peut équivaloir à un acte suffisamment important pour constituer un événement (Quand dire c’est faire, John Austin) : la parole performative fait par définition événement dans la mesure où elle constitue un acte qui modifie la réalité, comme lorsque le maire sanctionne le mariage, un événement certes individuel ou communautaire, mais d’une grande importance pour les individus concernés.

B/ Une parole qui a valeur d’engagement solennel prend l’envergure d’un événement (Le Serment du Jeu de paume, Jacques-Louis David) : la dimension sacrée des serments prêtés collectivement lors de la Révolution française en faisait des événements cruciaux dans la transformation politique et sociale à l’oeuvre.

C/ La puissance de l’éloquence peut transformer une parole en un événement (Discours du 2 septembre 1792, Danton) : l’éloquence exceptionnelle de Danton – notamment son refrain « De l’audace ! Encore de l’audace ! » – aurait donné une impulsion définitive à la Défense nationale contre l’Autriche, c’est-à-dire qu’elle aurait suscité à elle seule un événement majeur.

 

Par Romain Treffel, fondateur du site 1000 idées de culture générale : http://1000-idees-de-culture-generale.fr/

Mehdi Cornilliet Fondateur

22 ans, étudiant à HEC Paris, ancien étudiant en prépa ECS au Lycée La Bruyère (Versailles) et fondateur de Major-Prépa.