Géopolitique Ecricome 2021 – Analyse du sujet 1 Géopolitique Ecricome 2021 – Analyse du sujet 1
Comme d’habitude, le sujet de géopolitique du concours Ecricome 2021 proposait aux étudiants deux sujets différents. Tu peux retrouver les sujets ici ! La... Géopolitique Ecricome 2021 – Analyse du sujet 1

Comme d’habitude, le sujet de géopolitique du concours Ecricome 2021 proposait aux étudiants deux sujets différents. Tu peux retrouver les sujets ici !

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Analyse sujet 1

Le monde arabe entre intégration et fragmentations

Peu fréquents, assez complexes, les sujets sur le monde arabe sont souvent redoutés par les étudiants. Très vaste, ce sujet de formulation assez brève amenait à évoquer de nombreuses thématiques, mais nécessitait surtout de proposer une définition claire des termes évoqués afin de construire un plan cohérent et d’éviter les contresens.

 

Les mots du sujet

Monde arabe : sans doute l’un des points les plus techniques du sujet, il fallait évidemment commencer par expliquer ce qu’est le monde arabe. Formellement, le monde arabe est constitué “d’un ensemble de pays allant du Moyen-Orient à l’Afrique du Nord (acronyme MENA en anglais) et ayant en commun la culture et la langue arabe”. Il ne s’agit pas d’une liste définie de pays, toutefois on pouvait rapprocher le monde arabe de l’entité politique de la Ligue Arabe, fondée en 1945 au Caire et comptant aujourd’hui 22 États membres. Les critères de définition du monde arabe sont donc géographiques, culturels et linguistiques, dans une moindre mesure politiques, mais en aucun cas religieux ! Le monde arabe, ce n’est pas le monde musulman. Néanmoins, la question religieuse était bien au cœur du sujet, en tant qu’enjeu de fragmentation et obstacle à l’intégration du monde arabe.

Intégration : pour bien définir l’intégration, tu pouvais utiliser tes connaissances sur les zones d’intégration régionales ! L’intégration est un processus d’incorporation, de tissage de liens entre différents pôles, de mise en place d’un réseau entre plusieurs acteurs. Elle va de pair avec la coopération et peut être régionale, économique, territoriale ou encore culturelle.

Fragmentations : pour trouver le paradoxe du sujet, il fallait enfin expliquer en quoi pouvaient consister les fragmentations du monde arabe. La fragmentation désigne au sens propre la division d’une entité en de multiples parties, et au sens figuré la rupture de l’unité face à l’apparition de conflits. Ici, il fallait s’interroger sur les sources de ces fragmentations : des conflits politiques, des tensions économiques, des frictions religieuses ? De même, ces fragmentations peuvent apparaître à différents niveaux, allant de l’interétatique au communautaire.

 

Les acteurs

A première vue, les acteurs centraux de ce sujet sont politiques : États du monde arabe, organisations politiques comme la Ligue Arabe. La coopération entre ces acteurs se révèle difficile voire entravée par des conflits, notamment territoriaux avec l’exemple du Sahara Occicental qui paralyse totalement l’intégration régionale au Maghreb. Il pouvait aussi faire sens de remarquer les grands écarts de développement entre pays du monde arabe, afin de se questionner sur les formes qu’une unité arabe pouvait réalistement prendre.

Néanmoins, il ne faut pas négliger les autres aspects, en particulier les acteurs économiques : entreprises, cartels.De même il était nécessaire d’intégrer les questions culturelles, et notamment la question religieuse à ta réflexion.

L’une des difficultés principales du sujet était de ne pas se limiter à une analyse à l’échelle étatique, mais d’adopter une perspective large, impliquant non seulement les États arabes mais d’autres acteurs, comme:

  • les pays étrangers, qui ont des intérêts politiques, économiques, énergétiques et militaires dans le monde arabe. Penser à la colonisation européenne, et à la revendication panarabiste après la décolonisation, à la place du monde arabe dans la Guerre Froide, à la présence militaire américaine, à l’enjeu mondial de l’approvisionnement en hydrocarbures, à l’influence russe dans les conflits au Moyen-Orient. De fait, l’Europe se situe au voisinage direct du monde arabe, ce qui amène l’Union Européenne à suivre de très près ce qui se passe au MENA (question des réfugiés et de la guerre en Syrie).
  • les populations, qui ont un rôle à jouer tant dans l’intégration que dans les fragmentations du monde arabe. Les révolutions populaires des printemps arabes permettent d’aborder le sujet à l’échelle nationale, en questionnant la possibilité d’une intégration du monde arabe alors que les chefs d’États en sont régulièrement contestés. De même, toutes les populations du monde arabe ne sont pas de même confession religieuse, et il existe plusieurs branches au sein même de l’Islam (sunnisme et chiisme), ce qui génère également des fragmentations à l’échelle locale. La question des migrations et des réfugiés pouvait apporter une autre perspective intéressante au sujet.
  • les acteurs politico-religieux. En 1928 est fondée l’organisation transnationale des Frères Musulmans, qui prend progressivement un rôle politique notamment en Égypte en 2011, à l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans, et est considérée comme terroriste par certains pays arabes. En 1985 le parti politique islamiste chiite du Hezbollah est publiquement révélé, et supervise depuis des activités paramilitaires avant d’être déclaré organisation terroriste par la Ligue Arabe en 2016.
  • les organisations et nébuleuses présentes dans la région, comme Daech ou Al-Qaïda. Ce sont des acteurs informels et transnationaux qui fragilisent les perspectives d’intégration par des actes terroristes et militaires.

 

Quelques idées:

Voici quelques développements qui peuvent trouver leur place dans une dissertation sur ce sujet. La liste est loin d’être exhaustive, et ne constitue en aucun cas une correction complète !

 

La naissance de l’idée de monde arabe

À la fin de la Première Guerre Mondiale, les aspirations nationalistes arabes restent sur leur faim face aux accords Sykes-Picot, qui actent le partage du Moyen-Orient entre puissances européennes et constituent en cela une première forme de fragmentation politique de la région. Après 1945 et la fondation de la Ligue Arabe (initialement composée de l’Égypte, l’Arabie Saoudite, l’Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie et le Yémen du Nord), les États du monde arabe tentent conjointement de mettre fin à l’ingérence des puissances européennes et de créer une unité régionale autour de la notion de monde arabe.

Le parti Baas, fondé en 1947 et présent en Irak et en Syrie, porte l’ambition de créer une nation arabe et un socialisme arabe et laïque, mais ses dérives sont jugées trop autoritaires et le parti perd en influence à cause de luttes intestines. À partir de la chute du roi égyption Farouk en 1952, le général Nasser donne son nom à un nouveau courant panarabiste qui tente d’unifier les peuples arabes tout en mettant fin à la domination européenne, ce qui amène notamment Nasser à nationaliser le canal de Suez en 1956 afin de financer les travaux du grand barrage d’Assouan, et déclenche la crise de Suez avec la France et le Royaume-Uni. L’aboutissement de ce mouvement est la République Arabe Unie, brève union entre l’Égypte, la Syrie et le Yémen entre 1958 et 1961, pensée comme l’ébauche d’une grande fédération arabe.

L’intégration régionale au MENA

Les différents organes d’intégration régionale au sein du monde arabe reflètent le caractère fragmenté de la région. A ce jour, les plus vastes organisations de coopération sont la Ligue Arabe, créée en 1945 par 6 États et regroupant aujourd’hui 22 États arabes autour de questions de coopération politique, économique et militaire. Le second ensemble est l’Organisation des Pays Arabes Exportateurs de Pétrole, fondée en 1968 et comptant 10 membres collaborant exclusivement autour de la question du pétrole. Le Conseil de Coopération du Golfe, créé en 1981 et regroupant l’ensemble des pays de la Péninsule Arabique à l’exception du Yémen, est un organe de coopération militaire et un marché commun, assurant la libre circulation des personnes et des capitaux. Pour finir, l’Union du Maghreb Arabe créé en 1989 par l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie avait vocation à être un organe de coopération économique, mais il se révèle totalement paralysé par le conflit du Sahara Occidental entre le Maroc et l’Algérie.

Les tensions religieuses au sein du monde arabe

La tentation pourrait être forte de faire de la religion musulmane un facteur d’unité du monde arabe, néanmoins le fait religieux est en réalité l’une des principales sources de fragmentations de la région. Tout d’abord, l’Islam n’est pas la seule religion présente au MENA : les populations musulmanes y côtoient des communautés de confession chrétiennes et juives. La place des Chrétiens, notamment en Syrie et en Irak depuis 2015, a accentué les fragmentations entre populations à l’échelle locale, tout en constituant un réel défi d’intégration.

La proximité d’Israël a fait du conflit israélo-arabe un aspect essentiel de la géopolitique du monde arabe, certains pays arabes voisins ayant servi de base arrière aux combattants de l’OLP, et ayant plus largement accueilli de nombreux réfugiés Palestiniens. Enfin, au sein même de la religion musulmane coexistent différentes mouvances qui s’opposent, en particulier le sunnisme (majoritaire) et le chiisme, présent dans le monde arabe et majoritaire en Irak, à Bahreïn et au Liban. Ces dissensions religieuses ne permettent pas aux États du monde arabe de faire front commun, notamment parce que l’Arabie Saoudite s’érige en champion du sunnisme farouchement opposé à l’Iran chiite.

 

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Retrouve le sujet 2 ici et son analyse là !

 

Adèle Girodolle

Étudiante à HEC Paris après une classe prépa ECS à Louis le Grand.