Concours 2016 : les sujets probables en ESH ! (1/2) Concours 2016 : les sujets probables en ESH ! (1/2)
« Oh, boule de cristal ESH : quels sujets ? » (1/2)   Sur les dix dernières années, les concepteurs des sujets d’ESH (BCE et Écricome)  semblent s’inspirer... Concours 2016 : les sujets probables en ESH ! (1/2)

« Oh, boule de cristal ESH : quels sujets ? » (1/2)

 

Sur les dix dernières années, les concepteurs des sujets d’ESH (BCE et Écricome)  semblent s’inspirer de l’actualité récente pour les épreuves (cf. annales).  On observe plus précisément qu’environ deux tiers des sujets sont reliés de très près à l’actualité : fiscalité (taxe à 75 %), concurrence (lois Macron), inégalités (Piketty-mania), etc.

Évidemment, on ne peut pas prévoir à coup sûr. Ce n’est pas une science, sauf quand on a des copains concepteurs : « Oh! Quelle surprise ! On a fait le sujet de l’ESCP au troisième concours blanc ! Quel hasard ! »

Si on devait spéculer, cependant, voici une première liste de sujets plutôt chauds :

 

1/ LES BANQUES CENTRALES :

Il ne se passe pas deux jours sans que l’on ne parle d’elles. La BCE et son quantitative easing ; la banque centrale chinoise (PBOC pour People’s Bank of China) qui essaie de faire face à la débâcle boursière du pays ; la Fed avec YELLEN qui remonte très doucement ses taux…

Voici quelques éléments de base tirés de mon manuel (L’Essentiel de l’histoire économique) : FRIEDMAN et SCHWARZ (A Monetary History of the United States)  pointaient déjà du doigt la responsabilité de la politique monétaire américaine dans la crise des années 1930. KRUGMAN (Pourquoi les crises reviennent toujours) avait reproché à la Fed la crise des subprimes (2007-2008) et le gonflement de la bulle internet (1996-2000) dans le chapitre intitulé « Les bulles de Mr Greenspan » (du nom de l’ancien patron de la Réserve fédérale).

On s’interroge aussi sur la responsabilité des banques centrales dans l’instabilité financière. En effet, 3600 milliards de dollars ont été injectés par l’assouplissement quantitatif de BERNANKE entre septembre 2008 et septembre 2015. On peut dès lors se demander si ces liquidités n’ont pas fini dans les valorisations stratosphérique des « licornes » comme Uber (valorisée à 60 milliards de dollars), Snapchat (16), ou encore Airbnb (25), ou dans les cours des actions.

 

2/ LE PÉTROLE :

Le baril de pétrole (159 litres, pour info) était au-dessus de 100 dollars en 2014, alors qu’aujourd’hui il est autour de 30 dollars (baisse de 70 %, pour les forts en calcul mental), ce qui pose un problème de financement pour de nombreux pays en développement (Russie, Vénézuela, etc.), mais aussi des PDEM (Canada). Cette chute menace de plus l’industrie du gaz de schiste : 1 300 milliards de dollars y ont été investis au cours des dix dernières années aux États-Unis, si bien qu’on en attendait la création de 2 à 3 millions d’emplois industriels, comme le suggérait le Rapport du Boston Consulting Group « Made in America, Again » (2011). Par ailleurs, elle menace aussi la transition écologique (autre sujet d’actualité).

Cette chute est due à plusieurs facteurs, dont le ralentissement de la croissance des BRICs : la Russie souffre des sanctions économiques ; la Chine de l’éclatement de sa bulle financière et de la difficulté à trouver un nouveau modèle de croissance ; le Brésil est très dépendant des exportations de matières premières et subit une récession de 3%, etc.

Vous retrouverez beaucoup d’éléments dans mon manuel (L’Essentiel de l’histoire économique) dans les chapitres sur l’industrie, le développement, la croissance, l’écologie, l’entreprise.

 

3/ LE CHÔMAGE :

Les statistiques à connaître : la France a actuellement un taux de chômage (au sens du BIT) de 10,6 % (contre 7,5 % début 2008), l’Allemagne 4,7% et l’Espagne 22%.

« Leurs marchés du travail sont organisés différemment » écrivait SCHUMPETER dans les années 1930 ; or, c’est toujours vrai ! La France a la particularité de ne pas réussir pas à réduire son chômage de masse depuis les années 1980. La succession des politiques de l’emploi passives (préretraites, 35h), actives (emplois publics) ou structurelles (formation, flexibilité), n’y change pas grand chose. Le gouvernement actuel promet d’« inverser la courbe du chômage », mais les résultats se font attendre.

CAHUC et ZYLBERBERG (Les Ennemis de l’emploi : chômage, fatalité ou nécessité ?, 2004) écrivaient pourtant que « nous connaissons un peu mieux qu’hier, les grandes lignes de réformes pour diminuer le chômage et créer des emplois ». N’empêche, la lutte contre le chômage patine. Les emplois aidés et la formation des chômeurs ressemblent finalement beaucoup à des mesures cosmétiques à des fins électoralistes, comme le mettait en évidence le « modèle de NORDHAUS » (1975) selon lequel les gouvernements utilisent les variables macroéconomiques uniquement pour se faire réélire.

Le chômage est un chapitre qui n’est pas tombé depuis des années tout en restant d’une actualité brûlante. Peut-être que, par solidarité pour son brillant ancien élève devenu président de la République, HEC vous donnera ce sujet. Cela nous rassurerait beaucoup sur leur sens de l’humour.

 

4/ LA DÉFLATION :

Depuis quelques temps maintenant, le spectre de la déflation « à la japonaise » (cf. années 1990) est très présent dans les opinions exprimées par presse économique et financière. Les politiques monétaires des banques centrales ne semblent pas capables de relancer l’inflation (0 % en France et en Union européenne en 2015).

La cible d’inflation (inflation target) de 2 % donnée à la BCE lors de la signature du traité de Maastricht (1992) semble encore hors de portée. Les économistes keynésiens comme Paul KRUGMAN (2013) ou Joseph E. STIGLITZ (2015) reprochent aux politiques d’austérité européennes cette stagnation économique et craignent qu’avec la persistance de ces politiques la zone euro ne se retrouve dans une situation comparable à celle du Japon.

Le Japon connait une stagnation économique avec des épisodes déflationnistes depuis la crise de son modèle de développement de 1990-1991 (éclatement de la bulle boursière et immobilière à Tokyo). La déflation actuelle peut aussi nous faire penser à la déflation des années 1930. Une déflation subie, comme aux États-Unis, du fait de la dette (déflation de 20 % entre 1929 et 1933 d’après la théorie de la « déflation par la dette » de FISHER dans The Debt Theory of the Great Depression, 1933)  ou souhaitée pour restaurer la compétitivité-prix sans dévaluer sa monnaie (politique notamment mise en place par les gouvernements BRÜNING en Allemagne ou DOUMERGUE en France). Les sujets monétaires sont souvent complexes… préparez-vous bien !

 

5/ LA FINANCE ET LES CRISES FINANCIÈRES :

Curieusement, le thème n’est pas encore tombé depuis des années malgré la crise de 2008. Du fait de la situation en Chine (effondrement des indices boursiers depuis l’été 2015) et des interrogations sur un retour de la bulle internet (lien avec le thème des banques centrales), il pourrait être choisi cette année.

Quelques éléments de mon manuel (L’Essentiel de l’histoire économique) : depuis la déréglementation des années 1980 et 1990, les crises se succèdent : 1987 aux États-Unis, 1990 au Japon, 1994 au Mexique, 1997-98 en Asie du Sud-Est, 1998 à New York avec la retentissante faillite du fonds Long Term Capital Management, 2000-2001 avec l’éclatement de la bulle internet et le 11 septembre, et bien évidemment 2007-2008. Ici s’impose une bonne compréhension des mécanismes de la spéculation (KEYNES, KALDOR), des crises financières (MINSKY), et de l’histoire financière (KINDLEBERGER, GALBRAITH).

Les sujets sur la finance sont aussi l’occasion de citer une bonne punchline comme celle du P-DG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, qui a dit en 2009 : « je ne suis qu’un banquier faisant le travail de Dieu » (!)

D’autres thèmes probables pour les sujets d’ESH 2016 seront évoqués dans la partie 2/2 de cet article (publiée dans les prochaines semaines).

 


 

Passé par HEC, Arnaud Labossière enseigne l’économie en classe préparatoire et sur Livementor. Il est l’auteur du manuel L’Essentiel de l’histoire économique (éd. Sonorilon), qui compte parmi les ouvrages les plus vendus de la catégorie. Il y analyse chacune des parties du programme d’ESH sous un angle à la fois historique et théorique, en distinguant pour chaque chapitre le XIXème siècle, le XXème siècle et l’actualité récente. Le manuel est structuré en paragraphes « prêts à l’emploi » pour la dissertation avec des couples théorie-exemple.

Arnaud Labossière est également le créateur de l’application KHUUBE, qui permet de ficher automatiquement ses cours.

Mehdi Cornilliet Fondateur

Ancien étudiant à HEC Paris après une prépa ECS au Lycée La Bruyère (Versailles) et fondateur de Major-Prépa.