L’Allemagne, une puissance militaire ? L’Allemagne, une puissance militaire ?
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne apparaît détruite et humiliée. Séparée en deux, elle mettra plusieurs décennies à se reconstruire, jusqu’au miracle... L’Allemagne, une puissance militaire ?

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne apparaît détruite et humiliée. Séparée en deux, elle mettra plusieurs décennies à se reconstruire, jusqu’au miracle allemand que l’on connaît aujourd’hui. Cependant, des séquelles de cette guerre perdurent et peuvent notamment s’observer à travers l’apparente absence d’armée de l’Allemagne. Néanmoins, aujourd’hui, l’Allemagne affiche de nouvelles ambitions et semble souhaiter désormais renouer avec la puissance militaire qu’elle était autre fois.

 

L’humiliation allemande post-guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne est privée d’armée et interdite de développer l’arme nucléaire. L’idée de créer une armée allemande pour lutter contre la menace soviétique des années 1950 fait polémique et est très vite écartée. Toutefois, la Bundeswehr naît en 1955, suite à l’échec de la création d’une Communauté Européenne de la Défense. On intègre alors la Bundeswehr au dispositif de l’OTAN et se développe sous surveillance américaine. Néanmoins, même au zénith de la Guerre Froide, cette armée restera de taille très modeste et aura plus vocation à défendre le territoire de la menace soviétique, que d’intervenir dans le monde.

 

Le tournant des années 2010

L’annexion de la Crimée par la Russie fait prendre conscience à l’Allemagne de l’importance de l’existence de la Bundeswehr. Le gouvernement investit alors plus d’argent dans l’armée et augmente le nombre de soldats. Cette nouvelle politique est concrétisée par le Livre Blanc allemand de 2016. Ce Livre Blanc marque un tournant dans le discours de l’Allemagne sur son rôle à l’international. Elle affiche désormais une ambition internationale revue à la hausse, et souhaite « prendre ses responsabilités » militaires et internationales.

Cependant, il n’y a pas de véritable rupture de la diplomatie allemande traditionnelle, adoptant toujours la vision du monde d’une « puissance moyenne », n’affichant pas réellement d’ambition globale. De plus, ses capacités d’action restent très limitées par la Constitution allemande et par des investissements encore trop insuffisants. Enfin, même si les générations passent, on note encore une certaine réticence des Allemands à construire une véritable armée. Protéger le territoire, oui, intervenir à l’étranger, pas question.

 

Le Brexit : une opportunité pour l’Allemagne ?

Si le couple franco-allemand est solide sur de nombreux plans, la relation pêche sur le plan militaire. Le manque d’investissement de l’Allemagne agace parfois du côté français. Cependant, la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne laisse une place vacante pour assurer avec la France la défense européenne. Et le Livre Blanc de 2016 pourrait bien permettre à l’Allemagne de combler ce vide. Elle est d’ailleurs, pour l’instant, le seul candidat potentiel. Et sa place dominante dans l’UE fait de l’Allemagne le candidat évident et idéal.

 

Ainsi, l’Allemagne semble aujourd’hui vouloir se doter à nouveau d’une armée digne de ce nom. Cette volonté se concrétise notamment par la commande récente de 38 avions de chasse Eurofighter à Airbus. Cependant, l’Allemagne doit encore faire ses preuves et ne semble toujours pas en passe de redevenir une puissance militaire respectée. Ainsi, le manque de responsabilités de l’Allemagne se traduisent par son absence au Conseil Permanent de Sécurité de l’ONU, ainsi que son refus d’intervenir militairement à l’étranger unilatéralement. De plus, l’interdiction à disposer d’armes nucléaires chimiques et bactériologiques, ainsi que la taille modeste de son armée traduisent un manque de moyens handicapant. Enfin, dernier défi, mais des moindres, l’Allemagne joue désormais un rôle d’équilibriste. Il s’agirait de ne pas réveiller les rancoeurs d’antan à trop vouloir retrouver sa souveraineté et son hard power.

Clémence Desrousseaux