Synthèse de textes ESCP 2021 – Analyse du sujet Synthèse de textes ESCP 2021 – Analyse du sujet
Tu trouveras dans cet exercice l’analyse du sujet de synthèses de textes ECSP 2021. Exercice complexe, il demande une application très scrupuleuse de la... Synthèse de textes ESCP 2021 – Analyse du sujet

Tu trouveras dans cet exercice l’analyse du sujet de synthèses de textes ECSP 2021. Exercice complexe, il demande une application très scrupuleuse de la méthode. Si tu n’as pas encore vu le sujet, tu peux le retrouver en suivant ce lien. Retrouve également toutes les informations concernant les concours BCE sur notre rubrique dédiée Inside Concours BCE 2021.

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L’analyse du sujet de Synthèse ESCP 2021 :

Texte 1 : Montaigne, Essais

Dans cet extrait des Essais, Montaigne nous propose sa réflexion sur l’agrément et l’utilité des conversations. Il les juge plus enrichissantes et stimulantes que la lecture, à condition que l’émulation positive créée par la confrontation d’idées contraires ne soit pas corrompue par une volonté de se mettre en valeur. 

A l’occasion d’une réflexion sur la juste attitude à adopter dans une conversation, Montaigne avoue avec franchise ses propres limites : si la fréquentation d’esprits mous affaiblit l’esprit, ne pas supporter la pauvreté d’esprit des autres est aussi un vice en soi.

En revanche, Montaigne reconnaît savoir suspendre son jugement. Hermétique aux opinions, il aime les débats contradictoires et se sait capable d’accueillir toutes les opinions, si extravagantes, infondées ou contradictoires qu’elles semblent, parce qu’elles stimulent la réflexion. 

A partir de son propre exemple, Montaigne illustre l’attitude qu’il recommande. Il faut rechercher et accepter volontiers la critique lorsqu’elle se présente sous forme de discussion et non d’accusation. Il faut de même non pas chercher à repousser les opinions contraires aux nôtres avec colère, mais les comprendre. Cependant, il faut être franc dans les critiques qu’on adresse et non les édulcorer par peur du conflit. Au contraire, une vraie discussion doit frôler la dispute, car chacun doit avoir à coeur d’approcher de la vérité. 

 

Texte 2 : Pierre-Henri Tavoillot, “Sauvons le débat !”

Pierre-Henri Tavoillot pose la question de l’origine du goût de la polémique dans le débat public, alors même que, dans un espace public démocratique, il doit chercher à faire émerger la vérité. Cette attitude est paradoxale dans un monde qui se veut ouvert, où au contraire tout désaccord est perçu comme une insulte. Avant même d’entamer la lecture de l’extrait, le titre du texte donne déjà des indices précieux sur l’intention de l’auteur ! 

 

L’auteur distingue quatre explications : 

  1. Le sentiment d’être désorienté à cause d’un excès d’informations non filtrées. Pour pallier l’impression d’un manque de légitimité à parler dans l’espace public, le citoyen a recours au scénario du complot, qui permet d’expliquer sans devoir prouver, ou au manichéisme, qui permet de catégoriser en deux camps opposés, donc de rendre le monde contemporain plus facilement compréhensible. 
  2. La solitude pousse à trouver une communauté soudée autour d’un combat commun. Les réseaux sociaux renforcent ce processus et rassemblent les gens partageant des opinions communes, ce qui conforte chacun dans son opinion sans le confronter à l’adversité.
  3. L’impuissance qui succède à la déception devant les promesses non tenues de la démocratie : les citoyens n’ont pas l’impression d’avoir le contrôle de leur destin, ni même leur quotidien. Au contraire, la mondialisation échappe au contrôle du monde occidental. L’indignation donne la sensation de reprendre le contrôle par l’action, notamment sur les réseaux sociaux. 
  4. L’absence de perspective, en contraste de laquelle les scénarios apocalyptiques redonnent une direction, fixent une balise temporelle, sauvent du désoeuvrement en donnant quelque chose à sauver. 

L’extrait précise que cet attrait du conflit n’est pas sans issue. Il précise la démarche à suivre pour y échapper : réhabiliter le désaccord et donner le goût de la complexité et de la progression. A cette fin, un travail individuel est nécessaire. L’auteur cite l’exemple de la disputatio médiévale, joute oratoire qui impose à chaque candidat une thèse à défendre, ce qui permet d’apprendre à déconstruire des opinions qu’on ne partage pas pour mieux les comprendre. Apprendre à argumenter permet aussi de réapprendre à tisser des liens, donc de reprendre goût à la complexité, ainsi qu’à développer une culture générale qui permet du même coup d’assumer et mesurer l’étendue de notre ignorance. Cela encourage une attitude modeste et des réformes progressives plutôt qu’une indignation aux velléités révolutionnaires. 

 

Texte 3 : Cynthia Fleury, Ci-gît l’amer. Guérir du ressentiment

Cynthia Fleury déplore l’usage dévoyé auquel le langage est aujourd’hui réduit. Le langage est utilisé comme moyen de dénigrer l’autre. Ainsi, il n’est plus un support de communication mais une arme se substituant à la violence physique. 

Cet usage misologique du langage porte atteinte au langage lui-même, en substituant à sa capacité de symbolisation une instrumentalisation pour affirmer son pouvoir. Selon Karl Popper, cet usage traduit une haine de la culture, car le langage ne permet plus la critique. Il n’est plus un support de la raison, mais ne sert que la pulsion, sous peine d’être jugé hypocrite. Or c’est le langage qui soutient l’Etat de droit et la société démocratique. 

L’extrait met en avant le rôle des réseaux sociaux, lieu privilégié de ce langage disloqué, où la parole anonyme sert d’arme contre l’image d’un ennemi ciblé. La société moderne a contribué à mettre l’image au-dessus du fait et encourage un discours sans nuances, haineux ou excessivement flatteur. L’auteur invoque les exemples de Warhol et Orwell pour mettre ce processus en avant.  

Enfin, l’auteur montre que la diffamation est un double mensonge, sur l’autre et sur soi. Elle ment sur les intentions, qui ne sont pas de viser la vérité, mais de blesser.

 

Le thème et les idées importantes

Après la lecture des deux premiers textes, on comprend que ces extraits visent l’attitude que chacun adopte lorsqu’il se positionne dans un espace de dialogue. Alors que le premier texte a une allure autobiographique et ne porte pas de jugement sur l’état de la parole publique contemporaine, le deuxième texte a une approche explicative plus que dénonciatrice et propose des clés de résolution des problèmes qu’il soulève. Le troisième extrait se démarque par son pessimisme quasi fataliste. Dans votre analyse, il est important de prendre en compte le ton de chaque extrait pour mieux comprendre la position de chaque auteur. 

Si les deux derniers textes sont assez cohérents dans leur mise en avant des dysfonctionnements de la parole dans l’espace public, il pouvait sembler plus compliqué de raccrocher le premier texte. En effet, le premier texte n’a pas une visée démonstrative et prend un ton plus léger et personnel. De plus, le premier texte précède les deux premiers de plusieurs siècles, si bien que les situations visées sont bien différentes de celles dénoncées dans les deux suivants. A vous de distinguer dans le texte de Montaigne les éléments qui s’appliquent encore au dialogue contemporain !

 

Eléments de structure de la synthèse

Les différentes idées du texte doivent se confronter autour de trois sous-questions, permettant de répondre de façon articulée à votre question générale. Attention dans le choix des sous-questions qui vont orienter votre réflexion. Il est parfois tentant de choisir des points de confrontation sur lesquels deux textes se répondent parfaitement, mais auquel le troisième texte ne s’applique pas. C’est un écueil à éviter, qui vous pousse à approfondir votre analyse des trois textes. Avec ces trois textes, c’était par exemple le cas de la question du rôle des réseaux sociaux dans le délitement du débat public, qui était l’occasion d’une analyse intéressante des textes de Pierre-Henri Tavoillot et Cynthia Fleury, mais cette question n’était pas traitée dans le premier texte ! 

Plusieurs plans sont bien sûr possibles. Voici une proposition d’articulation des trois textes non rédigée. 

 

L’espace public échoue-t-il à représenter un lieu de vérité ?

La confrontation avec la parole de l’autre témoigne-t-elle d’un souci de vérité ?

Texte 1 : L’orgueil et la recherche des honneurs peut encourager à utiliser le débat comme lieu de mise en valeur. Mais lorsque les discussions sont franches et que l’on cherche à accueillir chaque opinion sans chercher d’emblée à la repousser, elles sont bénéfiques. 

Texte 2 : Cependant, l’indignation et la revendication ont pris la place de la recherche de la vérité, ce qui favorise un positionnement simpliste dans le débat public et une vision manichéenne rassurante, qui gomme les nuances nécessaires à une quête sincère de la vérité. 

Texte 3 : Pire encore, la parole publique est motivée par le ressentiment, si bien que le langage n’est plus un support de la raison permettant de faire émerger la vérité, mais une arme se substituant à la violence physique. 

 

Comment expliquer le délitement du dialogue ?

Texte 2 : les quatre explications de Tavoillot. 

Texte 3 : C’est l’altération du langage même qui explique celle du dialogue. Cette dégradation du dialogue est aggravée par le rôle des réseaux sociaux. 

Texte 1 : Le dialogue peut tomber dans deux écueils opposés. D’une part, la crainte d’offenser peut édulcorer les critiques, si bien que la discussion perd en franchise et en intérêt. D’autre part, les interlocuteurs peuvent refuser de recevoir la critique sous forme d’une opinion contraire et être hermétiques au débat. 

 

Dès lors, comment rendre au débat son rôle démocratique et pédagogique ?

Texte 3 : Déconstruire les paroles de haine pour leur substituer un discours raisonné, garant de l’Etat de droit, notamment sur les réseaux sociaux, est louable mais peut sembler vain. 

Texte 1 : C’est une question d’attitude : il faut rechercher la conversation, activité agréable pour l’homme, en accueillant et en cherchant à comprendre toutes les opinions, même contraires ou extravagantes, mais en leur répondant sans cacher son désaccord. 

Texte 2 : Cette attitude se travaille individuellement par le biais de la disputatio

Marie Murat

Etudiante en M1 à HEC Paris après deux ans de prépa ECS à Sainte-Geneviève