L’allégorie de la caverne, Platon – Explications L’allégorie de la caverne, Platon – Explications
L’allégorie (ou le mythe) de la caverne, qui se trouve dans le livre VI de la République, est l’un des textes fondamentaux de la... L’allégorie de la caverne, Platon – Explications

L’allégorie (ou le mythe) de la caverne, qui se trouve dans le livre VI de la République, est l’un des textes fondamentaux de la philosophie. Platon y aborde des thèmes larges tels que la liberté, la vérité ou encore le réel. Il est une référence incontournable pour de nombreux thèmes. L’analyse proposée ici n’a pas pour ambition d’être la plus complète et précise possible, mais simplement de te livrer quelques pistes de réflexions et quelques façons d’utiliser cette référence en colle ou en examen.

 

Les prisonniers de la caverne : allégorie de la condition misérable de l’homme

Platon décrit la situation suivante : des hommes sont enchaînés – de façon à ce qu’ils ne puissent bouger – au fond d’une caverne et ce depuis l’enfance. Ils ne peuvent donc voir ni l’entrée de la grotte ni la lumière du jour mais seulement une paroi contre laquelle ils aperçoivent la lueur d’un feu situé derrière eux et les ombres d’objets.

«Voilà un étrange tableau et d’étranges prisonniers.
Voilà pourtant ce que nous sommes».

La caverne représente l’ignorance de l’homme. Ainsi, celui qui ne sait pas est comme enfermé (privé de liberté) dans un monde qu’il croit être le vrai monde. En réalité, nous dit Platon, il n’a pas accès à la connaissance réelle (la lumière du jour) mais seulement à une connaissance biaisée (la lueur et les ombres qu’il perçoit). Or, il prend cette connaissance illusoire pour la réalité. Telle est la condition de l’ignorant qui pense que ce qu’on lui dit est vrai. Platon dénonce ici la croyance en la parole des politiques ou des sophistes (des faux philosophes) qui manipulent leur auditoire .

Notons que cette problématique d’accès à la connaissance et au savoir est plus que jamais d’actualité au regard de toutes les problématiques liées aux fake news.

 

La sortie de la caverne : le chemin vers la connaissance

La libération du prisonnier

«Supposons maintenant qu’on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur erreur».

Dans cette allégorie de la caverne, l’apprentissage est symboliquement représenté par le moment où l’un des prisonniers est détaché et conduit vers la sortie. Il quitte alors un monde fait de lueurs et d’ombres pour un monde réel éclairé par le soleil (qui représente la connaissance véridique). Cette image est hautement symbolique puisqu’elle associe l’accès au vrai à la liberté : c’est l’accès à la connaissance du monde réel qui rend l’homme libre. Au fond la liberté n’est-elle pas cette élévation de l’homme vers la vérité ? En effet, la liberté ne peut être liberté qu’à partir du moment ou le sujet a accès à une forme de savoir ; avant, elle n’est qu’illusion de liberté. 

L’importance de l’éducation dans l’accès à la connaissance

Celui qui n’a vu que le faux ne peut donc accéder à la vérité et à la réalité de lui-même car, nous l’avons vu, sa réalité n’est autre que ce qu’il a vu depuis sa naissance. Ainsi « ce n’est que peu à peu que ses yeux pourront s’accoutumer à cette région supérieure. » Et ce n’est que grâce au travail du philosophe, qui lui a vu le soleil, que le prisonnier comprendra que ce qu’il voyait dans la caverne n’était qu’illusion.

Platon décrit ici l’importance de l’éducation pour atteindre une forme de vérité. In fine, nul ne peut atteindre la connaissance tout seul ; l’éducation est la seule façon de sortir l’être de son ignorance et de le guider vers une forme de vérité supérieure : vers la lumière du soleil.

Finalement l’allégorie de la caverne nous révèle quelque chose de fondamentale : la connaissance nécessite l’apprentissage. En effet, les prisonniers enchaînés dans la caverne, même s’ils peuvent parler entre-deux ne peuvent se confronter à la réalité dans la mesure où ils voient tous les mêmes ombres. Leurs réalité est donc la même, elle est biaisée. Ce n’est que et seulement que lorsqu’un prisonnier est sorti de la caverne par un philosophe qu’il peut prendre conscience qu’est ce qu’est la réalité.

 

L’allégorie de la caverne et la notion de réalité

Dans cette allégorie de la caverne, Platon nous invite également à nous interroger sur la notion de réalité. Si de prime abord le réel semble être quelque chose de totalement objective – puisque partagée par tous, il apparaît en fait que la réalité puisse être extrêmement subjective. Au fond ne connaissons-nous pas que notre propre réalité ? Tel est le cas pour les prisonniers qui, n’ayant connu d’autre chose que les ombres, ont créé leur propre réalité. «Enfin, ces captifs n’attribueront absolument de réalité qu’aux ombres. Cela est inévitable.»

Cela pose en vérité une question fondamentale : la réalité existe-t-elle ou n’est elle que le fruit de notre expérience ?

Fondamentalement la réalité se définit par l’ensemble des phénomènes considérés -par tous- comme existants. Or, les ombres perçues par les prisonniers existent pour tous les prisonniers et elles leur semblent réelles dans la mesure où ils n’ont vu que cela. La réalité sensible semble donc purement empirique. Pour Platon la réalité n’est donc non pas le monde sensible mais le monde de la connaissance et les idées. La représentation du monde sensible n’est qu’une illusion : en sortant de la caverne, en accédant à la connaissance le prisonnier accède donc à la réalité du monde. «Ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible.»

La réalité n’est donc pas la représentation sensible du monde mais bien un ensemble de connaissances intelligibles, ce qu’il nomme les Idées.

 

L’illusion de bonheur ne peut rendre heureux l’homme éduqué

Vaste notion qu’est le bonheur, bien que Platon n’y fasse pas ici une référence détaillée, il explique néanmoins qu’un homme éduqué (celui qui est sorti de la caverne) ne peut être moins heureux que celui qui vit dans la caverne – aussi heureux soit-il – car au fond ce bonheur ne sera jamais qu’une illusion. Or, par définition, le prisonnier qui est sorti de la caverne et connaît la réalité, sait que ce bonheur n’est qu’illusoire. Ainsi, il ne peut envier les prisonniers, même si ceux-ci semblent, de prime abord, plus heureux que lui : «ne préfèrera-t-il pas mille fois n’être qu’un valet de charrue, au service d’un pauvre laboureur, et souffrir tout au monde plutôt que de revenir à sa première illusion et de vivre comme il
vivait ?». 

Mieux vaut donc, nous explique Platon, être heureux et souffrir dans le monde réel, plutôt qu’être heureux dans un monde illusoire.

 

L’allégorie de la caverne et l’accès à la sagesse

Cette éducation à la connaissance permet au prisonnier de devenir un homme savant et sage. Ainsi lorsque le prisonnier – qui a vu la lumière du jour – redescend dans la caverne, bien qu’il soit sujet aux moqueries de ses camarades restés enfermés, et tenté de retomber dans ses croyances illusoires, va à son tour pousser les prisonniers à sortir de la caverne. Le bonheur de la connaissance est tel, nous dit Platon, que le prisonnier, ne peut à jamais retomber dans l’ignorance. Cet accès aux Idées pousse donc le sujet à se conduire avec sagesse : «il faut enfin avoir les yeux sur cette idée pour se conduire avec sagesse dans la vie privée ou publique.». 

L’éducation, l’accès au monde intelligible des Idées est donc pour Platon une condition nécessaire à la bonne conduite des hommes et à la tranquillité de la cité. C’est ce que nous enseigne son allégorie de la caverne.

Thibaut Braymand

Etudiant à l'ESCP Business School et rédacteur en Culture générale. Ancien étudiant ECS au lycée Champollion de Grenoble.