Colle de culture générale : « Faut-il être romantique ? » Colle de culture générale : « Faut-il être romantique ? »
Aujourd’hui, nous allons étudier un sujet de colle de culture générale sur le romantisme. C’est parti !   Le podcast de colle sur « Faut-il... Colle de culture générale : « Faut-il être romantique ? »

Aujourd’hui, nous allons étudier un sujet de colle de culture générale sur le romantisme. C’est parti !

 

Le podcast de colle sur « Faut-il être romantique ? »

 

Intérêt du sujet et pistes de réflexion

La question est étonnante sur deux aspects :

  • On peut se demander pourquoi il faudrait être romantique plutôt que de suivre un autre mouvement littéraire. Le sujet invite notamment à comparer romantisme et classicisme, puisque le romantisme se construit en réaction au classicisme.
  • On peut se demander pourquoi il faudrait être encore romantique aujourd’hui, étant donné que le romantisme est un mouvement littéraire du début du XIXe siècle depuis longtemps révolu.

Si jamais tu n’oses pas traiter le sujet sur le mouvement littéraire parce que tu manques de références, rappelle-toi qu’il vaut mieux avoir bien compris le sujet et n’avoir rien à en dire que de passer à côté mais en ayant plein de références hors sujet. Pour un sujet qui porte explicitement sur un mouvement précis, tu peux même commencer par lister au brouillon toutes les œuvres romantiques que tu connais (littéraires mais aussi musicales, picturales…) et réfléchir à partir des exemples.

Quelques indications pour le plan : la question « faut-il » invite à se demander « dans quel but ? », question qui mène à s’interroger sur le public de l’œuvre romantique, et ainsi à renverser le sujet en introduisant dans le développement la thématique de la relation à autrui. Une autre thématique bienvenue pour bon nombre de sujets et qui peut t’aider à structurer ta réflexion est celle de l’action. Elle peut ici être opposée à l’enfermement sur soi du romantique, parfois prisonnier de sa mélancolie, et à l’exaltation de ses sentiments. On aurait également pu envisager une sorte de typologie avec une partie se demandant « dans quels cas faut-il être romantique ? », démontrant sous quelles conditions le romantisme peut-être une force ou comment le tempérer.

Une autre solution, plus classique, est simplement de faire des grandes parties sur les grands domaines philosophiques : une sur la morale, une sur la vérité et une sur l’art, en gardant en tête que ça reste un mouvement artistique avant tout. Les références musicales et picturales sont donc particulièrement bienvenues.

 

Écueils à éviter

En termes de méthodologie pour l’introduction, il faut prendre soin de définir attentivement le romantisme. Le terme a deux sens principaux, le sens courant et le sens littéraire. Ici, rappelle-toi que c’est une colle de CG. Tu peux évoquer le sens courant, mais il faut surtout bâtir son développement sur le sens littéraire. Il faut donc prendre le temps de définir ce mouvement littéraire et d’en dégager des caractéristiques.

Pour la problématique : attention à ne pas réduire le romantisme à un sentimentalisme excessif et autoentretenu, et à ne pas lui donner le monopole de l’expression de la souffrance. Par exemple, la souffrance est également exprimée dans le classicisme, notamment dans les tragédies classiques qui mettent en scène des personnages tourmentés.

Pour le plan : une des difficultés est de simplement juxtaposer des caractéristiques du romantisme. Attention aussi à trancher en III/ entre les deux réponses que tu apportes en I/ et en II/. Notamment, ne fais pas du III/ une partie fourre-tout où tu mets toutes les idées qui n’entraient pas dans les autres parties, c’est très facile à repérer pour le colleur. Pour éviter ces écueils, veille à articuler ton plan autour d’une vraie problématique en vérifiant que chaque grande partie y répond. Réfléchis bien aux titres de tes grandes parties et vérifie que ce que tu dis est en lien, quitte à choisir le titre de la partie après avoir choisi le contenu.

 

Proposition de plan, éléments de réponse

  • Accroche : Le Voyageur contemplant une mer de nuages, Caspar David Friedrich.

Le terme « romantique » se rapporte au mouvement intellectuel, littéraire et artistique qui se développe entre 1820 et 1843, et qui vise à renouveler les formes de pensée et d’expression en rejetant les règles classiques et le rationalisme, en prônant la nature, l’imagination, le rêve et la spiritualité.

Ce mouvement se caractérise d’abord par l’affirmation de la sensibilité, de la subjectivité et de la liberté contre la raison et les normes. Il correspond aussi à une soif de grandeur, une aspiration à l’idéal et l’absolu. En termes d’expression, le romantisme se traduit à la fois par un goût de l’excès et du contraste, et par un souci de précision, de diversification de l’inspiration en se tournant vers les thèmes orientaux. Par extension, au sens courant, on appelle romantique ce qui manifeste une prédominance d’idéalisme et de sentimentalité, ce qui invite à la rêverie et à l’expression des sentiments.

Le romantisme naît d’abord d’un rejet des règles préétablies. Se demander s’il faut être romantique implique donc d’abord une comparaison : il faudrait par exemple être romantique plutôt que classique. Cependant, le terme de falloir peut avoir plusieurs sens : d’une part, il suppose la possibilité d’être romantique, d’autre part, il renvoie soit à une notion d’utilité/de bienséance (il faut être romantique pour atteindre un objectif précis, parce que c’est convenable), soit de nécessité (sous-entendu : il n’y a pas le choix).

Le romantisme n’étant qu’un mouvement littéraire, il paraît surprenant de se poser cette question, car la réponse semble dépendre de la sensibilité artistique de l’interlocuteur. Y aurait-il une obligation morale à être romantique, est-ce qu’il s’agirait de l’attitude la plus moralement acceptable face au monde et à ses propres sentiments ? La question étonne d’autant plus que le romantisme est associé à un sentiment de souffrance ou de mal-être, celui d’une personne plongée dans la contemplation de ses sentiments et inadaptée au monde. Problématique : comment expliquer qu’une posture née du sentiment d’inadéquation lié à une époque historique particulière (rejet du classicisme, déception liée aux troubles politiques) puisse encore être pertinente, voire recherchée, aujourd’hui ?

 

I/ Parmi les divers mouvements littéraires, la posture promue ou décrite par le romantisme ne semble pas préférable

1/ Condition de possibilité, le romantisme ne peut pas résulter d’un choix : il ne « faut » pas être romantique, puisqu’il est impossible de choisir d’être romantique

Le romantisme est plus un symptôme qu’un choix : Musset, La confession d’un enfant du siècle : les « fils de l’Empire et petits-fils de la Révolution » souffrent d’un « mal du siècle ».

Même dans le domaine artistique, le romantisme se subit plus qu’il ne se choisit, dans la figure du génie. Kant, Critique de la faculté de juger : le génie ne s’apprend pas, c’est « un talent qui consiste à produire ce dont on ne saurait donner aucune règle déterminée ».

 

2/ Il correspond à une attitude de retournement vers son monde intérieur qui semble inacceptable sur le plan moral

– Germaine de Staël, De l’Allemagne.

Les héros du Sturm und Drang (tempête et passion) de la littérature préromantique de Goethe sont des personnages habités par leurs passions et qui ne parviennent pas à leur échapper.

Exemple complémentaire de la littérature allemande : modérer l’opposition entre raison et romantisme. Même lorsque le héros romantique ne se détourne pas des sciences, sa démesure le pousse au-delà de la raison. Goethe, Faust : le savant Faust souffre d’un sentiment d’impuissance devant l’étendue du savoir qui lui échappe. La lecture échoue à nourrir sa libido sciendi, car le savoir livresque est dérisoire par rapport à son désir d’absolu, si bien qu’il vend son âme au diable pour combler ce manque de savoir, de pouvoir et d’amour.

Dans ce contexte, le choix de la création artistique est un moyen d’échapper au monde, elle correspond à une attitude de fuite opposée à la morale classique et aux fonctions de la littérature promues par le classicisme : « La littérature n’a qu’une raison d’être, sauver celui qui la fait du dégoût de vivre. » (Huysmans)

 

3/ En cela, l’attitude classique semble préférable

La littérature classique vise à « plaire et instruire » (docere et placere) grâce au postulat exposé par Descartes selon lequel « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » (Discours de la méthode).

Dans cette vision classique, l’homme peut se purger de ses passions par la catharsis.

Exemple complémentaire de la littérature allemande : Georg Büchner, Lenz. Lenz est un personnage tourmenté, torturé par des hallucinations et des cauchemars. Il se rend auprès du pasteur d’un village pour soigner son mal de vivre loin d’une société humaine trop conformiste et matérielle. Il cherche un réconfort dans la nature, mais échoue, car la nature ne fait que le renvoyer à ses propres tourments et sa conscience de soi dont il est prisonnier, ce qui le plonge plus profondément encore dans la folie, thème opposé à la primauté de la raison promue par le classicisme.

 

II/ On peut être romantique à condition de faire de ce romantisme un moteur d’action

On peut même se demander si l’être humain est par nature romantique, mal à l’aise dans un monde trop violent, trop instable. La question n’est alors pas s’il faut être romantique, mais comment en faire une force. Le romantisme serait peut-être davantage une condition à assumer qu’un choix. Mais est-il possible de réconcilier raison et romantisme, ou morale et romantisme ?

 

1/ Il faut être romantique dans la mesure où le romantisme invite à agir sur le monde

C’est de l’écart entre le monde idéal auquel aspire le romantique et le monde réel que résulte sa souffrance. En cela, il faut être romantique au sens où il faut ne pas renoncer à son idéal, à condition de faire de cet attachement un moteur d’action et non une raison de lamentation.

– Hegel, La raison dans l’Histoire.

– Victor Hugo, Discours pour l’ouverture du Congrès de la Paix de 1849.

Le romantisme devient ainsi un moteur d’action en ce qu’il est fondé sur un rejet.

 

2/ Le romantique doit accepter de renoncer à ses ambitions personnelles pour remettre l’humain au cœur de sa relation au monde

– Delacroix, La liberté guidant le peuple.

Exemple complémentaire de la littérature allemande : Adalbert Stifter, Descendances. Friedrich Roderer est un jeune peintre qui refuse de montrer ses toiles au public car il veut représenter le marais sauvage près duquel il vit dans toute sa vérité et n’y parvient jamais avec assez d’exactitude pour que ses toiles soient réussies. Il se lie d’amitié avec un riche philanthrope du voisinage (qui porte le même nom que lui) dont il rencontre la fille. À la fin de la nouvelle, Friedrich brûle toutes ses toiles et épouse la fille du philanthrope. Ici, le héros est prisonnier de l’imperfection de son art et de sa quête de perfection tout au long du récit, et ne parvient à se libérer qu’en renonçant à l’art et en s’ouvrant aux relations humaines. Alors que l’art ne l’a jamais rendu heureux, il trouve le bonheur dans son mariage avec la jeune femme.

 

3/ Il est alors fructueux car il témoigne d’une volonté d’ouverture

Le mouvement du romantisme se caractérise en effet par un goût du voyage, une ouverture sur les cultures orientales et une volonté de précision dans la description de ces cultures.

– Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Le Voyage ». « Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,/Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?/Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »

– Delacroix, Femmes d’Alger dans leur appartement.

 

III/ Il faut être romantique non pour soi, mais dans son rapport aux autres

1/ Le romantisme pour soi est vain et source de malheur

– Musset, Lorenzaccio : « Je me suis réveillé de mes rêves, rien de plus. Je te dis le danger d’en faire. »

– Stendhal, Le Rouge et le Noir.

Exemple complémentaire de la littérature allemande : Goethe, Les souffrances du jeune Werther. Werther et Charlotte sont amoureux, mais celle-ci est fiancée à un homme droit, Albert, et refuse de se dérober à son devoir, ce qui conduit Werther au suicide, incapable de vivre en renonçant à sa passion.

 

2/ Mais c’est dans l’expression artistique que le romantisme prend son sens

En mettant l’accent sur l’intériorité et la sensibilité des personnages, l’artiste romantique donne à voir un monde bien plus complexe et plus proche de la réalité que le classicisme. Il cherche à représenter l’homme dans son entièreté, à la fois fait de « plume d’archange et de poil de bourrique ». (Victor Hugo).

– Stendhal, Racine et Shakespeare.

– Victor Hugo, Ruy Blas : « Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là. Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ; qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ; qui pour vous donnera son âme s’il le faut, et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. »

– Victor Hugo, préface des Contemplations : « Ah ! Insensé qui crois que je ne suis pas toi ! » Le romantisme, s’il exprime des sentiments personnels et subjectifs, permet à chacun de se reconnaître car les souffrances exprimées sont à la fois intimes et universelles.

 

3/ Le romantisme invite l’artiste à l’expression de ses sentiments singuliers

Par l’expression de ses sentiments propres, l’artiste fait plonger le lecteur ou le spectateur dans sa propre sensibilité et le fait découvrir un monde singulier, qui augmente la richesse de celui qui le découvre. La découverte même des sentiments de l’artiste est déjà un voyage pour le public.

Liebestraum, Liszt.

La pensée et le mouvant, Bergson. L’artiste est singulier parce lui seul peut voir certaines choses, donc lui seul est capable de les faire voir. Ainsi, chaque œuvre d’art est la porte ouverte sur une intériorité singulière, dont seul l’artiste possède la clé.

 

Conclusion

En définitive, le romantisme n’est à défendre qu’en tant qu’il mène à une action sur le monde pour le rendre davantage semblable à l’idéal dont le romantique plaint l’irréalisation.

Ouverture : dans le poème « Le Lac » de ses Méditations poétiques, Lamartine s’adresse à la nature comme à un autre que soi, avec lequel il peut tisser un dialogue :

« Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,

Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,

Regarde ! Je viens seul m’asseoir sur cette pierre

Où tu la vis s’asseoir ! »

Introduire l’idée d’« autrui » dans le rapport que nous entretenons à la nature invite à une réflexion éthique sur ce rapport, en reprenant les réflexions d’Emmanuel Levinas sur la confrontation avec la vulnérabilité d’autrui comme première source de la morale. De même, la nature ne serait-elle pas un autre que moi, altérité radicale qui surgit devant moi avec l’injonction de ne pas lui faire de mal, injonction qui naît justement de son dénuement et de sa vulnérabilité ?

 

Tu peux retrouver tous nos autres podcasts sur des colles, des méthodologies et des notions chaque semaine sur Apple PodcastsSpotify et Google Podcasts !

Marie Murat

Etudiante en M1 à HEC Paris après deux ans de prépa ECS à Sainte-Geneviève