Les auteurs incontournables en prépa ECT #4 – Joseph Stiglitz Les auteurs incontournables en prépa ECT #4 – Joseph Stiglitz
La monnaie unique menace l’avenir de l’Europe Intéressons-nous enfin à son ouvrage le plus récent : L’euro : comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe... Les auteurs incontournables en prépa ECT #4 – Joseph Stiglitz

En ECT, on connaît surtout Stiglitz pour ses travaux sur la théorie du salaire d’efficience avec Carl Shapiro. C’est notamment pour cela (avec ses travaux sur les asymétries d’information aux côtés de Spence et Akerlof) qu’il a obtenu le prix Nobel d’économie en 2001. Pourtant, ses travaux sont bien loin de se limiter à cela et c'est un auteur mobilisable dans de nombreux sujets qui abordent des chapitres très différents. On pourrait même dire qu’il est possible de citer un ouvrage ou une de ses théories pour chacune des parties du programme, donc dans à peu près tous les sujets de question de réflexion argumentée. Bien sûr, on ne pourra pas ici faire un résumé succinct de tous ses apports à la théorie économique. Pour autant, nous allons nous attarder sur certains points qui sont particulièrement intéressants par rapport au programme et surtout qui permettrait de faire largement la différence au concours grâce une référence originale et qui fait plaisir au correcteur.

 

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La monnaie unique menace l’avenir de l’Europe

Intéressons-nous enfin à son ouvrage le plus récent : L’euro : comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe (2016). A la suite du Brexit et le gain de popularité de nombreux partis politiques des extrêmes farouchement opposés à l’UE, beaucoup ont cru au début de la fin pour l’Europe. Et si la situation semble aujourd’hui plus rassurante et loin d’être aussi catastrophique que prévue, les idées que met Stiglitz en avant permettent de rappeler que tout est loin d’être parfait. Nous allons ici simplement s’attarder sur les idées principales de son raisonnement.

« Si la zone euro connaît aujourd’hui des difficultés importantes, c’est parce que le projet de l’euro dès le départ était vicié, basé sur une surestimation des gains potentiels de l’intégration monétaire. Aujourd’hui, la solution est qu’il y ait soit “moins d’Europe”, soit “plus d’Europe” ». Avec cette première phrase, l’auteur donne le ton et montre qu’il ne va pas être tendre avec le projet européen. Pour montrer l’échec de l’UE avec des chiffres, il rappelle que le PIB de la zone euro en 2015 n’était supérieur que de 0,6% par rapport à 2007. De même, alors que le taux de chômage est rapidement passé de 10% en 2009 à 5% en 2010 alors qu’il plafonne encore actuellement aux alentours de 10% dans de nombreux pays de l’UE. Pour lui, l’incapacité des pays de l’UE, contrairement aux Etats-Unis, à se remettre de la crise de 2008 illustre de nombreux défauts de la monnaie unique.

Le principal des défauts d’avoir une monnaie unique est de ne plus pouvoir mener de politiques monétaires pour pouvoir agir sur sa compétitivité. Ces dernières ne peuvent être menées que par la BCE. Or, le problème de l’UE est que c’est une zone très hétérogène économiquement. Les situations économiques différent fortement d’un pays à l’autre et il apparaît évident que la BCE ne puisse mettre en place une politique monétaire adaptée à l’ensemble des pays. Il en va de même pour le taux de change. « Qui dit monnaie unique dit taux de change unique ». Et le taux de change est un outil de compétitivité non négligeable que la monnaie unique confisque aux Etats. Ce taux de change unique ne peut convenir à l’ensemble des pays de l’UE. Par exemple, là où la France, avec un déficit commercial de 62 milliards d’euros en 2017, aurait besoin d’un euro moins fort pour améliorer sa compétitivité et exporter plus, l’Allemagne, la même année ; battait un record concernant son solde extérieur avec solde positif de plus de 252 milliards, ce qui fait que la demande d’euros était très importante, et donc poussait le prix de l’euro à la hausse sur le marché des changes. L’hétérogénéité des pays de la zone euro constitue donc selon Stiglitz une preuve que le projet de la monnaie unique, à si grande échelle, n’est pas viable, et l’échec de l’UE est de ne pas avoir établie une institution capable de faire face à ces divergences de situations. « Les gains potentiels étaient surestimés et le coût des crises liés à la perte du taux de change comme arme de régulation étaient, quant à eux, sous-estimés ».

De plus, il fait remarqué qu’en plus d’avoir privé les Etats membres de politiques monétaires, les règles du Traité de Maastricht de 1995 les gênent également dans leur politique budgétaire. En effet, en imposant de ne pas dépasser 3% du PIB de déficit public et 60% du PIB en ce qui concerne la dette publique, les Etats se retrouvent dans l’incapacité de pouvoir s’endetter afin de mener une politique de relance en cas de choc pour relancer l’activité économique. En effet, alors qu’à la suite de la crise de 2008, les Etats-Unis se sont fortement endettés pour mener une politique de relance, ce qui leur a permis un retour à la croissance et au quasi-plein-emploi assez rapidement, les pays de l’UE, sous l’influence notamment de l’Allemagne, ont fait le choix de l’austérité et du retour à l’équilibre des comptes publics, avec les conséquences que l’on sait en Grèce par exemple. Pour un pays comme la France où la dette publique frôlait les 100% du PIB en 2015 et le déficit 3,1% du PIB, les Etats se retrouvaient alors totalement désarmés face à la crise pour relancer l’activité, ce qui expliquerait pourquoi la reprise a été beaucoup plus longue pour les pays de l’UE que pour les Etats-Unis.

Sur un sujet qui traite de l’UE, de l’euro ou même du taux de change, Stiglitz, en véritable couteau-suisse, peut encore une fois se révéler être une référence tout à fait pertinente.

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Jean-Loup Osella

étudiant en prépa ECT à La Martinière Duchère à Lyon.