Pourquoi faut-il acquérir des compétences transdisciplinaires en école ? Pourquoi faut-il acquérir des compétences transdisciplinaires en école ?
50%, 70%, 80% voire 90% des “métiers de demain” n’existent pas encore. Derrière cette prospective aussi répandue que hasardeuse sur le futur visage du... Pourquoi faut-il acquérir des compétences transdisciplinaires en école ?

50%, 70%, 80% voire 90% des “métiers de demain” n’existent pas encore. Derrière cette prospective aussi répandue que hasardeuse sur le futur visage du marché du travail se cache une réalité d’ores et déjà bien vérifiée. 

Indéniablement, il existe une tendance très forte depuis maintenant quelques années qui refaçonne en profondeur les besoins des entreprises. En conséquence, les compétences requises par ces dernières ont aussi grandement évolué, et c’est encore plus vrai pour les managers que vous êtes appelés à devenir à la sortie de l’école.

L’une des constantes que l’on observe, c’est cette nécessité de plus en plus forte de “transdisciplinarité”. Cela signifie que, sans être un expert partout, un décisionnaire en entreprise doit savoir comprendre les enjeux et les contraintes de chaque profil sous sa responsabilité. En d’autres termes, il doit être en mesure de se montrer pertinent face à des ingénieurs ou des profils plus “créatifs” par exemple.

ICN est justement l’une des écoles qui a le plus tôt pris ce phénomène en compte, avec la création d’Artem (Art, Technologie et Management). Artem consiste en une alliance avec l’école d’Art et de Design et les Mines de Nancy qui pousse tous les étudiants à acquérir des compétences multiples au cours de leur cursus. Nous avons rencontré Marie-France Clerc Girard, responsable du département Artem à ICN, qui nous a parlé de ce dispositif de “Station A” la grande nouveauté de 2021.

 

En quelques mots, quel est le principe de cette pédagogie ArtTechnologyManagement ? 

Un préambule m’apparaît nécessaire afin de bien cerner les fondements de notre pédagogie.

L’Art Nouveau à la fin du 19ème siècle initiait une nouvelle alliance celle de l’art et du commerce. L’Ecole de Nancy fondait l’Alliance provinciale des industries d’art, domaines jugés jusqu’alors incompatibles. Ce croisement, ce dialogue des cultures nous avons cherché à le poursuivre en privilégiant les rencontres entre artistes, designers, scientifiques, ingénieurs… pour répondre aux évolutions des entreprises.  

Cette démarche pédagogique nous a invité à sortir du cadre en proposant aux étudiants de plonger au cœur d’enjeux et de logiques à priori éloignés de leur domaine de savoirs disciplinaires et de leurs compétences. Ces activités transdisciplinaires sont génératrices de nouvelles aspirations, de nouveaux métiers et talents professionnels, au profit des acteurs de l’économie et de la société de demain. 

Nous voulons ancrer nos étudiants dans une réalité entrepreneuriale qui demande certes des savoirs académiques mais aussi et surtout des savoir-faire, savoir-être, habileté, adresse, facultés créatrices, agilité…

 

En quoi la Station A qui sera inaugurée en février renforce encore cette transdisciplinarité ?

L’enseignement de la Station A a la finalité de développer chez les étudiants une aptitude de confiance vis-à-vis de chacun sur son terrain. La diversité est le moteur de l’intelligence collective, l’intelligence d’un groupe résulte autant de la diversité des opinions que de l’expertise de chacun. 

La Station A intervient comme un incubateur de la transdisciplinarité. Davantage qu’un lieu de partages, de savoirs et de connaissances, elle concrétise un lieu de rencontres entre des individus originaires de sphères différentes de par leur formation, leur vécu, leur expérience, leur façon de penser… Elle incarne un espace de liberté qui défend des valeurs de cohabitation, de coopération et de collaboration. 

Nous avons travaillé à la création d’espaces qui facilitent la pédagogie ouverte,  la pédagogie active c’est à dire centrés sur les apprenants à qui sont proposées des activités d’apprentissage dont la réussite suppose un fort engagement. Le design pédagogique proposé prend en compte des objectifs d’apprentissage, des activités supports de l’apprentissage, l’inscription spatiale, la temporalité, les acteurs. La technologie (connexions, vidéo conférences..) est inscrite dans les espaces physiques et en même temps, elle décloisonne les pratiques en les distribuant dans une diversité d’espaces physiques.


La Station A occupe au total 600m² : comment cet espace a-t-il été pensé ?

Les 600m2 sont distribués sur trois plateaux de 200m2 chacun. Le premier est celui d’un super K’hub, équipé en mobilier convivial, de box de travail 3…  3ème K’hub d’ICN après Berlin et Paris. Espace de coworking (ou soloworking!) accessible librement avec différents équipements/services, des ressources documentaires numériques spécialement valorisées et l’équipe de documentaliste disponible sur place ou à distance via chat ou visio. Les 2 autres plateaux sont ceux de workshop, de créativité pouvant se transformer en salles de réunions, de conférences, de cours, d’espaces individuels…

Nous avons repensé avec des designers et des spécialistes internationaux de création d’espaces de travail et notamment dans le monde de l’éducation des lieux qui augmentent l’engagement, le succès des étudiants, améliorent le bien être et qui répondent aux évolutions des modalités de travail et de l’apprentissage.

 

Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemple(s) concret(s) des projets qui seront menés au sein de la Station A ?

Nous avons déjà initié un certain nombre d’activités en immergeant des groupes d’étudiants en entreprise sur une semaine complète pour répondre à des problématiques très variées (l’humain en entreprise et le digital, l’impact de l’espace de travail sur le bien être des salariés et ses conséquences induites…) Aujourd’hui ce sont les entreprises qui viendront à la Station A pour réfléchir avec nos étudiants. 

Nous déployons notre pédagogie A sur nos trois campus notamment sur la problématique de la distribution artistique face au Covid. Station A nous facilitera nos échanges grâce à sa technologie. 

Nous avons déjà des propositions de coopération entreprises/étudiants pour initier de nouvelles activités sous forme de workshops ou de mini séminaires. Ce lieu ouvert dans ses espaces et dans ses disciplines nous permet d’imaginer beaucoup de projets.

 

Pour finir, ce dispositif sera-t-il déployé sur les autres campus ICN ?

Un espace similaire est installé sur le campus parisien, mais bien évidemment les m2 sont moins importants, par contre la technologie offrira les mêmes prestations tout comme sur Berlin. D’ores et déjà et du fait de nos partenaires écoles, universités sur Berlin et Paris, nous développons des activités transdisciplinaires propres à chaque campus. Parallèlement, nous poursuivons toujours l’objectif de proposer de plus en plus d’activités communes aux étudiants de chaque campus avec la coopération d’étudiants, d’écoles, d’intervenants éloignés de nos propres champs disciplinaires. 

Dimitri Des Cognets

Rédacteur en chef de Major-Prépa