La régionalisation est-elle un moteur de la mondialisation ? La régionalisation est-elle un moteur de la mondialisation ?
Dans une lettre du CEPII publiée en mai 2016, intitulée La régionalisation, moteur de la mondialisation, Fouquin et Hugot estiment que la mondialisation semble... La régionalisation est-elle un moteur de la mondialisation ?

Dans une lettre du CEPII publiée en mai 2016, intitulée La régionalisation, moteur de la mondialisation, Fouquin et Hugot estiment que la mondialisation semble aller de pair avec la régionalisation des échanges. En effet, la part du commerce intra continental passe de 45% au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à plus de 60% au début du XXIème siècle. Cela participe ainsi au développement du commerce international sur cette période. La régionalisation est un phénomène récent qui désigne le processus par lequel les relations économiques s’intensifient entre pays proches géographiquement et permet la constitution d’un marché régional intégré. Cette intégration régionale peut être naturelle, due à une proximité géographique, on parle alors de régionalisation. En revanche, lorsque cette intégration est le résultat de motifs politiques et économiques on parle de régionalisme.

 

La régionalisation au service de l’expansion et du dynamisme de la mondialisation

La mondialisation, un phénomène aujourd’hui limité et contesté

Il semble tout d’abord évident que la crise du coronavirus a grandement fragilisé et remis en question le principe de mondialisation. De nombreuses fiches ont été faites à ce sujet donc je ne développe pas plus ce point, mais je vais m’attarder sur deux autres éléments qui illustrent les limites actuelles de la mondialisation.

La mondialisation fait aujourd’hui face à des limites physiques. En effet, la Division Internationale du Travail atteint un niveau de fragmentation tel qu’un élargissement est difficilement concevable. La recherche actuelle d’une compétitivité hors-prix remet en question les stratégies des entreprises. Nous assistons ainsi actuellement une ère de relocalisation, à l’instar de la politique du Made in France, développée entre 2012 et 2014 par le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg.

D’autre part, l’exacerbation des critiques sociales et environnementales notamment a fait naitre un mouvement de démondialisation. Il vise à rendre plus juste, sociale et écologique l’organisation économique mondiale grâce à de nouvelles règles endiguant les effets néfastes du libre-échange et du néolibéralisme. La démondialisation se base principalement sur la mise en place de taxes douanières, modulées selon le coût écologique et social des marchandises, et la reterritorialisation de la production.

 

La régionalisation apparait alors être un moyen efficace pour pallier les défauts de la mondialisation

Le régionalisme contribue à redynamiser les échanges. La régionalisation permet de contourner la clause de la nation la plus favorisée qui restreint les concessions tarifaires car il n’y a pas de retour en arrière possible pour les pays signataires sous peine de sanctions tarifaires. Selon Siroen, dans son ouvrage La régionalisation de l’économie mondialisée de 2004, les accords commerciaux régionaux sont complémentaires du multilatéralisme et combleraient ses impasses. Pour l’auteur, il faut considérer ces accords dans leur dimension d’ouverture et non de repli, ces derniers constituant des ponts dans les échanges entre pays. Siroen parle « d’accords de nouveaux types » et montre que les nouveaux accords peuvent à la fois prolonger les règles de l’OMC et viser des points bien particuliers : mesure anti-dumping, propriété intellectuelle, environnement, éducation…

 

L’intégration régionale, un moteur pour l’économie mondiale

Globalement, la baisse des coûts du commerce s’opère d’abord entre les pays les plus proches géographiquement : pendant la première mondialisation, la baisse des barrières commerciales intra-européennes (à partir de 1840) précède celle des barrières transatlantiques (1890). Au fur et à mesure que le commerce international se développe, la distance entre deux pays joue un rôle croissant dans l’intensité de leurs échanges : en 1830, une augmentation de 10 % de la distance réduit en moyenne le commerce bilatéral de 3 % ; en 1914, 19 %.

De plus, le commerce international actuellement est majoritairement un commerce régional. En 2013, l’Amérique du Nord exporte 50% de ses marchandises à d’autres pays d’Amérique du Nord. Les pays asiatiques exportent 53% de leurs marchandises à destination d’autres pays asiatiques. Le commerce intra-régional est donc largement dominant, par exemple le commerce régional représente 70% du commerce pour l’Europe. Cette tendance peut être expliquée par la théorie du domino développée par Baldwin en 1993. Selon l’économiste, le régionalisme s’auto alimente. Les gains sont importants pour les pays membres alors que les pays à l’extérieur voient leur coût de non-adhésion augmenter d’autant plus si les pays sont proches géographiquement. Il y aurait donc une intégration régionale cumulative.

 

Cependant une régionalisation exacerbée représente un danger pour la prospérité du modèle actuel de mondialisation.

Les risques d’une mondialisation dictée par le régionalisme

Selon Krugman, les accords commerciaux régionaux (ACR) risquent de dégénérer en blocs commerciaux régionaux, qui dégraderaient les effets commerciaux positifs du commerce international. Les ACR pourraient alors participer à la constitution d’oligopoles. Bhagwati utilise alors la métaphore du « bol de spaghettis », pour souligner cette complexité du commerce international due aux ACR : « Avec ces centaines d’accords commerciaux régionaux, l’économie mondiale ressemble à un bol de spaghettis ».

Enfin, ce régionalisme ne profite qu’aux centres de l’économie mondiale qui ont tendance à signer des accords commerciaux entre eux. L’accès aux ACR est donc inégal comme le souligne Braudel en 1961 dans sa théorie du commerce international organisé autour d’un centre et de périphéries.

 

Le régionalisme peut conduire à un égoïsme territorial et représente un frein pour la mondialisation

Cet égoïsme prend ses sources dans la crise que traversent de nombreux états développées (crise de la dette souveraine, délocalisation…). On a donc une remise en cause de la mondialisation, jugée préjudiciable pour le développement économique des pays. Cet égoïsme territorial se retrouve notamment dans les politiques protectionnistes menées par Trump aux Etats-Unis, à l’instar du rejet du projet de Ceta ou encore de la guerre commerciale menée contre la Chine depuis juillet 2018.

Cet égoïsme risque d’accroitre les inégalités entre pays et les échanges entre pays proches géographiquement. Krugman en 1991 reproche implicitement à ce type de modèle de ne pas prendre en compte les facteurs géographiques. Les pays qui signent ces accords sont très majoritairement des pays qui échangent déjà beaucoup entre eux, en raison d’une proximité géographique. Le modèle de régionalisation est donc exclusif et non inclusif.

 

Conclusion

Ainsi, la régionalisation semble être un moteur pour la mondialisation qui semble aujourd’hui être limitée et largement critiquée par les sociétés de nombreux pays. En effet la régionalisation permet de pallier quelques défauts de la mondialisation pour redynamiser ce modèle. Les accords commerciaux régionaux sont complémentaires du multilatéralisme et combleraient ses impasses. Enfin cette régionalisation représente un moteur pour le développement de l’économie mondiale, favorisant le développement des échanges entre nations et permettant une convergence économique entre les pays. Cependant, la régionalisation doit être contrôlée et mesurée pour éviter de nuire à la mondialisation. En effet, ces accords peuvent mener à la constitution d’oligopoles et représenter ainsi un obstacle pour le développement de la mondialisation. Ce régionalisme a aussi pour conséquence d’accentuer les inégalités entre pays. Il semblerait donc nécessaire de réaliser quelques mutations dans le système actuel de mondialisation pour mieux concilier les deux phénomènes de régionalisme et de mondialisation.

Edouard Martin

Etudiant à HEC Paris après 2 ans de prepa ECE à Danielou puis une troisième année à Franklin.