L’ALENA: libre-échange et illusions L’ALENA: libre-échange et illusions
      « L’ALENA aura été le pire accord commercial de toute l’histoire de ce pays » a annoncé Donald Trump, dont l’élection pourrait questionner... L’ALENA: libre-échange et illusions

      « L’ALENA aura été le pire accord commercial de toute l’histoire de ce pays » a annoncé Donald Trump, dont l’élection pourrait questionner la pérennité de l’Accord de Libre Échange Nord Américain en moins de 6 mois. Cet accord signé en 1992 et mis en vigueur le 1er janvier 1994 entre le Mexique, les EU et le Canada, est la prolongation d’un précédent accord entre ces deux derniers pays. D’un point de vue macroéconomique, cet accord a été bénéfique aux trois pays, mais aux dépens de minorités ou de certaines catégories de travailleurs. Certains détracteurs de l’accord le considèrent comme l’avènement de la mondialisation libérale et de l’impérialisme américain et des critiques américaines le peignent comme une menace pour la classe moyenne américaine. À tort ou à raison ?

      Cet accord vise à éliminer progressivement les barrières douanières entre les trois pays, y favoriser l’investissement, y protéger l’environnement et les droits et conditions des travailleurs

L’ALENA, un succès macroéconomique

      À certains égards, l’ALENA a prouvé au monde quelques avantages du libre-échange. La valeur du commerce trilatéral est passée de 288 milliards USD à 1 000 milliards USD entre 1993 et 2015. De même, la valeur du PIB combiné a été multipliée par 2,5 entre ces deux années, de quoi donner tort au Donald.

      Le commerce entre chaque pays s’est considérablement accru grâce à une élimination progressive des obstacles douaniers et à une bonne gestion des différents litiges. En vertu de l’année, les tarifs douaniers sur les marchandises entre le Canada et le Mexique ont été totalement supprimés en 2008, et leurs investissements bilatéraux sont passés de 530 millions $CA à 14,8 milliards $CA.

alena-echanges

Un accord critiqué

      Si certains se réjouissent de la croissance des échanges entre le Mexique et son voisin américain (les Etats-Unis représentent environ 75% des imports – exports mexicains), d’autres s’inquiètent de cette dépendance accrue vis-à-vis du géant américain. Cette dernière place le Mexique dans une situation complexe lors des négociations.

      Deuxièmement, cet accord est une menace pour les marchés du travail des deux pays et n’a pas permis enrichissement et prospérité pour tous. Le cas majeur est celui de l’agriculture mexicaine, malmenée par celle du voisin du nord qui est caractérisée par de massives productions beaucoup plus compétitives. Le prix du maïs américain est de 30% inférieur à celui du marché mexicain par exemple. De nombreuses petites agricultures mexicaines ont fait faillite et l’on estime qu’environ 2,6 millions d’agriculteurs ont rejoint les villes mexicaines dans l’espoir d’y trouver un nouveau travail. L’affaiblissement des normes sanitaires et environnementales permis par l’accord a encouragé les grandes compagnies fermières américaines à venir produire au Sud.

      Les travailleurs américains ont été affectés par cet accord dont le nivellement des normes a encouragé les délocalisations et l’établissement de succursales. Certains promettaient que les travailleurs américains, notamment à ceux de l’industrie, qu’ils pourraient profiter d’une baisse des prix des produits importés. Mais cette baisse, dont certains mettent même en doute la véracité, a été suivie par une baisse des salaires causée par un déversement de travailleurs licenciés de l’industrie américaine vers des secteurs à emplois précaires (hôtellerie,…).

      Il y eut aussi des résistances violentes à la mise en place de cet accord. L’insurrection indigène zapatiste commence le jour de la mise en vigueur de l’ALENA, un jour symbolique contre le néolibéralisme qui exerce une pression concurrentielle insoutenable sur les petits paysans soucieux de préserver leur terre. Le mouvement de contestation s’est pacifié mais n’a pas disparu, et reste à ce jour un des grands symboles de la lutte altermondialiste.

zapatiste

Les conséquences géographiques de l’ALENA.

      L’accord a accéléré le processus de maquiladorisation de la frontière américano-mexicaine. Ces usines américaines installées au Mexique bénéficient d’exonérations douanières et produisent tout en profitant des faibles coûts proposés sur le territoire mexicain. En conséquence, la production de richesse au Nord du Mexique s’est accrue, mais elle ne profite pas au reste du territoire ni à une partie de la population du Nord. Ces inégalités sont d’autant plus importantes que l’ALENA a entrainé un important exode rural vers les villes mexicaines proches de la frontière. En conséquence, les activités illégales ont prospéré (prostitution, activités de passeurs,…). Tous ces effets ont aussi entrainé l’apparition de villes jumelles de chaque côté de la frontière (San Diego et Tijuana, El Paso et Ciudad Juarez, …)

      L’ALENA a aussi engendré la création de trois corridors commerciaux symbolisés par une hausse des activités économiques, le long des côtes Pacifique et Atlantique ainsi qu’au centre. Ils concentrent les échanges entre le Canada et le Mexique ainsi que les flux illégaux (migrants, drogue,…).

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      En résumé, l’ALENA a été un succès mais pas pour tous. Si les trois économies ont toutes profité de l’échange, certaines catégories des populations ont été malmenées par cet accord de libre-échange qui n’a pas tenu toutes ses belles promesses. L’élection de Donald Trump et ses nombreuses promesses sur la restriction de l’immigration et le retour à un certain protectionnisme économique pourraient mener à de nouvelles négociations pour défaire et revoir les normes actuelles. Affaire à suivre donc.

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris Ancien préparationnaire au Lycée Saint-Vincent de la Providence à Rennes.