Sujet original en ESH #2 : Peut-on encore parler de société de classe aujourd’hui ? Sujet original en ESH #2 : Peut-on encore parler de société de classe aujourd’hui ?
Il peut parfois arriver de tomber sur des sujets hors-du-commun en ESH. C’est pourquoi Major-Prépa a eu l’idée de créer cette série d’articles dans... Sujet original en ESH #2 : Peut-on encore parler de société de classe aujourd’hui ?

Il peut parfois arriver de tomber sur des sujets hors-du-commun en ESH. C’est pourquoi Major-Prépa a eu l’idée de créer cette série d’articles dans laquelle nous allons analyser certains sujets originaux. Les sujets que nous traiterons ensemble sont volontairement larges, le but n’est pas tant de traiter un sujet en particulier mais plutôt d’aborder des thèmes au programme qui font rarement l’objet de sujets mais dont on ne peut pas dire pour autant qu’ils ne tomberont jamais. Le sujet d’aujourd’hui traite de la thématique des classes sociales et de la pérennité d’un tel concept.

On a longtemps pensé que la sociologie telle qu’elle est abordée en ESH ne peut pas faire l’objet d’un sujet en soi aux concours, or, en 2012 Ecricome a donné tort à cette croyance en sortant un sujet sur les classes moyennes. Ainsi, il est important de ne pas négliger la sociologie aux concours, d’autant plus qu’elle est très utile dans bon nombre de sujets.

 

Tout d’abord, qu’est ce qu’une classe sociale ?

La classe sociale est une manière d’étudier la structure sociale ie la composition de notre société dans le but d’identifier les inégalités inhérentes à cette même société. C’est un concept utilisé par le sociologue afin d’étudier la population en la « découpant » selon différents critères et en regroupant les individus qui vivent une situation similaire.

A l’origine marxiste, le concept de classe a perduré dans le temps mais semble s’être affaiblit avec l’avènement des Trente Glorieuses au point même ou on a pu penser qu’elles avaient disparu au profit d’une certaine « moyennisation » de la société. Mais en réalité, la structure sociale de la France reste fondamentalement celle d’une société de classes. Voyons désormais ceci en détail.

 

La fin des classes sociales ?

On a pu penser que, dans le sillage des Trente Glorieuses, la « moyennisation » (concept d’H. Mendras) avait triomphé d’une représentation de la structure sociale née de la société industrielle.

La société que l’on observe durant les Trente Glorieuses n’a pas grand chose à voir avec la société que les sociologues analysaient à la fin du XIXe siècle. Jean Fourastié dans son ouvrage phare Les Trente Glorieuses montre l’étendue des changements connus durant les 30G en comparant les villages de Cessac et Madère qui sont en fait le même village mais à des périodes différentes (l’un durant l’ère industrielle et l’autre durant les 30G). Ainsi, la société qui était autrefois une société industrielle devient une société de service ou les couches moyennes salariées voient leur pouvoir d’achat drastiquement augmenter conduisant finalement à l’avènement d’une société de consommation de masse.

Ainsi, selon de nombreux sociologues de l’époque dont H. Mendras, il est désormais désuet d’analyser la société comme une société de classe puisque l’émergence d’une vaste classe moyenne (ou de vastes classes moyennes) a complètement brouillé les frontières autrefois établies entre les différentes classes sociales. Mendras représente d’ailleurs visuellement cette métamorphose de la société par une sorte de « toupie »dont la couche centrale est la plus importante :

Ainsi, toujours selon Mendras, la société salariale des 30G a débouché sur une société de semblables où les individus se ressemblent de par leur droits, leur consommation, leur mode de vie… Ainsi, les conflits de classe perdent de leur importance puisque par nature les classes se posent en s’opposant aux autres classes. Avec tous ces changements, il semble normal que l’on ait pu penser que les classes sociales avaient disparu.

 

Mais les classes sociales ont-elles pour autant disparu ?

Les classes sociales n’ont en réalité pas réellement disparu, elles ne sont seulement plus perçues de la même manière qu’avant par les individus. Pour l’expliquer simplement, disons que dans une véritable classe sociale nous retrouvons deux types de dimensions : les dimensions objectives ( ie les conditions d’existence réelle et la morphologie sociale qui en résulte, cela correspond au concept de classe en soi de Marx) et les dimensions subjectives ( ie les représentations individuelles et la reconnaissance collective des rapports sociaux existants, cela correspond au concept marxiste de classe pour soi).

Or,  ce qui a disparu aujourd’hui ce sont les dimensions subjectives de la classe sociale ie le fait que les individus reconnaissent l’existence de différentes classes sociales ainsi que leur propre appartenance à une de ces classes. Les inégalités sont loin d’avoir disparu, il y a toujours un clivage entre les individus dans les 3 registres que sont l’avoir (le capital et le patrimoine), le savoir ( accès de plus en plus clivant à l’école et le rôle de plus en plus important de l’argent dans la réussite scolaire donc sociale) et enfin le pouvoir (exclusion des classes populaires de l’échiquier politique avec soit une forte abstention soit un attrait pour les extrêmes).

Toutefois, d’après les critères traditionnels qui définissent une classe sociale, il y en a une qui remplit encore tous les critères d’une classe sociale au sens marxiste du terme: il s’agit de la classe bourgeoise. En effet, la classe qui se trouve en haut de la pyramide est une classe à la fois en soi et pour soi (se référer aux travaux de Pinçon Charlot pour de plus amples détails). C’est une classe qui a conscience d’en être une et qui n’hésite pas à défendre ses intérêts lorsqu’il le faut (avec par exemple un système de lobbying et de pression auprès des autorités lorsque cela s’avère nécéssaire). On pourrait résumer la résilience de la classe bourgeoise par cette célèbre phrase du grand financier W. Buffet qui affirme « qu’il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c’est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre. Et c’est nous qui gagnons« .

 

Conclusion

Nous avons donc vu que le concept de classe sociale est toujours aussi pertinent pour caractériser la structure sociale d’aujourd’hui. La montée des inégalités à tous les niveaux ne fait que renforcer l’idée que ces dernières sont toujours d’actualité. Ce qui change c’est le fait que les identités collectives ont du mal à se structurer sous l’effet de l’individualisation ( ie les individus ont plus de mal à « s’organiser en lutte » et à se battre pour améliorer leurs conditions en témoigne par exemple  la désyndicalisation observée en France). Toutefois, avec les évènement récents des Gilets Jaunes en France, on pourrait se demander si l’on assiste pas à un retour des classes sociales populaires sous leur forme traditionnelle avec des individus qui prennent à nouveau conscience que leur situation de précarité n’est pas isolée. Seulement, le fait que ces mouvements de protestation populaire n’aient pas réussi à ce jour à se structurer en un parti politique ou une association syndicale peut nous laisser penser que ce retour n’est pas encore arrivé concrètement.

Thibault Gouriou

Ex-préparationnaire au Lycée Michel de Montaigne à Bordeaux, actuellement étudiant à Audencia, je fais partie de la team rédacteurs en ESH pour Major Prépa.