(Dés)union européenne ? – Analyse et carte (Dés)union européenne ? – Analyse et carte
Mise en contexte « (Dés)union européenne ? » était le thème du dernier festival de géopolitique organisé par GEM du 13 au 16 mars. Les 100... (Dés)union européenne ? – Analyse et carte

Mise en contexte

« (Dés)union européenne ? » était le thème du dernier festival de géopolitique organisé par GEM du 13 au 16 mars. Les 100 conférences, tables rondes et débats sur le sujet montrent à quel point son étendue est vaste. En effet, les faits d’actualité qui l’illustrent ne manquent pas. Brexit, populismes, crise migratoire, élections européennes…

Pour étudier cela de plus près, on peut tout d’abord s’intéresser au modèle d’union de l’UE, et aux relations internes au continent européen(1). Puis se pencher sur les fractures et les divergences au cœur de cette « désunion » européenne. Enfin, il est intéressant d’aborder les menaces sécuritaires et économiques qui pèsent sur cet espace, elles aussi synonymes de divergences.

Comme je l’ai dit précédemment, le sujet est vaste. On pourrait donc également parler des liens avec les États-Unis, de politique de défense ou financière commune, etc. Ayant eu la chance d’assister au festival, j’ai tenté de prendre des éléments qui m’ont semblé revenir régulièrement. C’est notamment le cas de la crise migratoire, des fractures Est/Ouest ou encore de la Chine.

 

Commençons par des aspects « optimistes » de l’Europe. L’UE est souvent considérée comme l’union régionale la plus aboutie. Et de fait, elle tire vers le haut à la fois ses membres et ceux qui souhaiteraient la rejoindre. Cela se remarque avec l’indice de démocratie ou encore avec le PIB/habitant (en PPA) au sein du continent. Il existe, bien sûr, des disparités, mais comparativement au reste du monde, l’Europe s’en sort – globalement – bien.

En revanche, les relations vis-à-vis de l’UE restent complexes. En effet, parmi les 28 membres, seuls 19 appartiennent à la zone euro. Et d’autres pays utilisent cette monnaie sans faire partie de l’UE (Monténégro, Kosovo). Alors que les Britanniques ont exprimé leur souhait de quitter l’UE, certains pays espèrent toujours pouvoir l’intégrer (Serbie, Albanie…). Tandis que d’autres, suffisamment riches et intégrés grâce à l’espace Schengen, n’auraient rien à y gagner (Suisse, Norvège, Islande). À cela s’ajoutent des mouvements régionalistes (Corse, Catalogne, Padanie…) face auxquels il est difficile de trouver une politique commune. Pour finir, les relations sont très complexes avec les deux puissances de taille que sont la Turquie et la Russie. Entre interdépendance énergétique, coopération migratoire, conflits territoriaux, menaces, etc.

Si l’on s’intéresse d’ailleurs plus en détail aux conflits territoriaux, la Crimée est incontournable. Son annexion en 2014 par la Russie de Poutine a entraîné de lourdes sanctions économiques de la part de l’UE. C’est également un moyen pour la Russie d’avoir un plus grand accès à la mer Noire, et d’entraver une intégration de l’Ukraine à l’UE.

Le Kosovo est également un bon exemple. Indépendant depuis 2008, il n’est pas reconnu par certains voisins (Serbie, Bosnie-Herzégovine) ni par certains membres de l’UE (Espagne, Grèce, Roumanie…). Cela s’explique notamment par la volonté de ne pas soutenir un État sécessionniste de la part de pays qui sont confrontés à cette problématique.

La crise migratoire constitue probablement le sujet le plus clivant de ces dernières années au sein de l’UE et même de l’Europe. Les pays du Sud (Espagne, Italie, Grèce) ont fait face à un afflux massif et à une faible coopération. La Turquie est utilisée comme zone tampon avec le Proche et le Moyen-Orient depuis le début du conflit syrien. Si bien que certains États comme la Pologne ou la Hongrie ont refusé la politique européenne des quotas de migrants. La Bulgarie a, quant à elle, fermé sa frontière avec la Turquie. Cette « crise migratoire » est un des facteurs de montée en puissance de partis politiques hostiles à l’immigration et/ou à l’UE. Certains sont même arrivés au pouvoir, à l’instar de la Ligue en Italie ou du Fidesz en Hongrie.

Venons-en maintenant aux menaces pour l’Europe. Tout d’abord, il faut noter que l’entité qui représente la plus grande menace sécuritaire diffère selon les États. C’est ce que met en lumière Pascal Orcier dans une de ses cartes. Pour l’Europe de l’Ouest, c’est Daesh. Ce qui se conçoit facilement au vu des lieux des principaux attentats de ces dernières années.

Pour l’Europe centrale et du Nord, c’est majoritairement la Russie. Et pour les pays proches – idéologiquement – de la Russie, ce sont les États-Unis. Pour le reste, certains pays « pacifistes » ou en tout cas non interventionnistes n’ont pas de menace désignée (Suisse, Islande), et les pays des Balkans se méfient bien souvent d’un de leurs voisins (Serbie pour le Kosovo, Grèce pour la Macédoine…). C’est une autre fracture intra-européenne qui peut s’expliquer par l’histoire récente pour les pays de l’ex-URSS par exemple, ou par des stratégies différentes (interventionnisme ou non, entre autres).

Concernant la menace économique, il est forcément important de s’intéresser à la Chine. Cette dernière multiplie les investissements ces dernières années, discrètement (« savoir user de discrétion, ne jamais revendiquer la prééminence… »(2)). Si les groupes chinois investissent un peu partout en Europe, le Sud semble être la région privilégiée. Peut-être parce que les Balkans ne sont pas encore « aux mains » de l’UE, et que l’Italie, l’Espagne ou la Grèce acceptent volontiers des investissements financiers importants. D’autant plus que l’Italie et la Grèce se sont senties abandonnées par l’UE dans la crise migratoire. C’est aussi une question logistique : depuis Shanghai, un navire gagne huit jours en allant dans les Balkans plutôt qu’à Rotterdam.

La stratégie chinoise est vaste. Elle enrichit son soft power en investissant dans des clubs de foot, pour certains avec une grande histoire (AC Milan). Elle investit bien entendu dans l’économie au sens large, en rachetant par exemple plus de 600 entreprises italiennes ces dernières années, dont Pirelli. Enfin, elle étend sa stratégie du collier de perles(3) et du OBOR à l’Europe, en investissant massivement dans des ports. Le rachat du port du Pirée en Grèce fut l’exemple le plus marquant, mais les groupes chinois possèdent également des parts dans les ports de Gênes, Marseille, Bilbao ou Valence(4).

 

La carte

 

Conclusion

Un sujet sur l’Europe a été donné en 2017 à l’épreuve de l’ESCP (« L’Union européenne face aux effets déstabilisateurs de la mondialisation »). Cette thématique ne semble donc pas être des plus probables pour les concours. Cependant, au vu de l’introduction d’une quatrième épreuve de géopolitique cette année au concours (celle de GEM), les chances de retrouver un sujet tombé il y a peu de temps augmentent.

Il faudrait surtout bien cerner le sujet (Europe ou UE, dates…). En tout cas, les problématiques qui se posent en Europe en matière d’union, d’immigration, de protectionnisme économique, etc., peuvent servir d’exemples pour d’autres régions ou pour des sujets plus larges. La montée des populismes ou encore le cas des régionalismes peuvent aussi servir dans d’autres sujets.

 

(1) Il est toujours délicat de tracer les frontières du continent européen. J’ai ici fait le choix d’inclure la Russie occidentale (pour son influence sur l’Europe de l’Est), la Turquie (notamment pour son implication dans la crise migratoire), mais pas forcément le Caucase.

(2) Un extrait des conseils donnés par Deng Xiaoping à la fin de sa vie pour poursuivre le développement chinois.

(3) La stratégie du collier de perles consiste à sécuriser l’approvisionnement chinois en hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient en rachetant des ports sur cette route maritime. La comparaison tient donc ici plus aux rachats portuaires qu’à une sécurisation d’approvisionnements en hydrocarbures européens.

(4) Les groupes chinois détiennent également des parts dans des ports d’Europe du Nord, comme ceux d’Anvers, Dunkerque ou Zeebruges.

 

Sources :

https://www.statista.com

https://www.afp.com

http://lombardia.cisl.it/notizie/oltre-600-aziende-italiane-controllate-da-gruppi-cinesi-la-sfida-della-contrattazione/

https://www.touteleurope.eu/actualite/les-regimes-politiques-europeens.html

https://www.festivalgeopolitique.com

https://www.letemps.ch/economie/pekin-assoit-presence-cotes-leurope

https://youtu.be/2gKB3iVo-Fc?t=1430

https://major-prepa.com/annales-concours/hggmc-histoire-geographie-geopolitique-geopo/

 

Samuel Durand

20 ans, étudiant en première année à GEM après deux années de classe préparatoire ECS au lycée Camille Vernet de Valence.