Le nucléaire : atout de puissance et de développement Le nucléaire : atout de puissance et de développement
L’arme nucléaire et son cercle très fermé d’États la possédant restent un point clé des enjeux et des rapports de force du monde contemporain,... Le nucléaire : atout de puissance et de développement

L’arme nucléaire et son cercle très fermé d’États la possédant restent un point clé des enjeux et des rapports de force du monde contemporain, à l’image de la discorde sur le nucléaire iranien ou de l’inquiétude engendrée par les essais nord-coréens. Du côté du nucléaire civil, le projet de réacteurs nucléaires de 4génération a récemment été abandonné par le CEA en France. Dans le même temps, la Chine construit 29 réacteurs et une cinquantaine sont en projet. Dès lors, dans quelle mesure le nucléaire est-il un atout de puissance et de développement ?

 

L’arme nucléaire

L’arme nucléaire est incontestablement un attribut de la puissance. Il n’y a qu’à voir les États qui la possèdent : tous les membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU (France, États-Unis, Chine, Royaume-Uni et Russie), ainsi qu’Israël, l’Inde et le Pakistan (et probablement la Corée du Nord). Mais paradoxalement, cette arme a longtemps été propice au multilatéralisme. De par son caractère destructeur, elle devient rapidement une arme de dissuasion, surtout suite aux bombardements américains au Japon en 1945. De ce fait, malgré la course à l’armement entre les États-Unis et l’URSS durant la guerre froide, les accords se multiplient durant la seconde moitié du XXe siècle : TNP, SALT, START et tout récemment accord sur le nucléaire iranien. Beaucoup d’efforts sont réalisés afin de garder le cercle très fermé et de réduire le nombre de têtes nucléaires. Cependant, ce multilatéralisme du nucléaire a pris du plomb dans l’aile depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. En effet, le président américain s’est retiré de l’accord sur le nucléaire iranien (entraînant une reprise de l’activité) ainsi que du traité INF avec la Russie. Sa gestion unilatérale du cas nord-coréen n’est a priori pas un succès non plus. Selon l’ONU, le pays poursuit son programme nucléaire tout en se soustrayant aux sanctions.

En revanche, Donald Trump ne se trompe pas entièrement en dénonçant certains de ces accords. En effet, ces derniers n’empêchent pas certains États de poursuivre tacitement des programmes d’armement. La Russie, victime d’un accident suspect le 8 août sur l’un de ses sites, n’a pas fourni d’explications très convaincantes.

Parmi les puissances nucléaires, seuls les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde depuis peu possèdent une triade* complète. Malgré le recul de la coopération sur le désarmement, il faut tout de même noter que le nombre de têtes nucléaires actuel n’a rien à voir avec celui atteint au sommet de la course à l’armement de la guerre froide. Quelque 14 000 têtes aujourd’hui au total, contre 60 000 rien que pour les États-Unis et l’URSS à l’époque. En revanche, Russie et États-Unis représentent toujours plus de 90 % des têtes nucléaires aujourd’hui.

 

L’énergie nucléaire

L’exploitation de l’énergie nucléaire pour la production de l’électricité représente aujourd’hui environ 17 % de la production mondiale. L’objectif de ce modèle est double : réduire les émissions de gaz à effet de serre et diminuer la dépendance de certains États aux hydrocarbures. C’est d’ailleurs le point de départ de l’Euratom (ou CEEA) créé en 1957 à l’occasion du traité de Rome. En effet, à la suite de la crise du canal de Suez (1956), les dirigeants européens sentent qu’ils doivent se prémunir face à une trop grande dépendance vis-à-vis des hydrocarbures du Moyen-Orient. Ce qui confère à cette énergie plusieurs avantages : une faible émission de CO2 par kWh produit (10 g) comparé au gaz (400 g) ou au pétrole (800 g), des gains économiques certains et une diversification des sources d’énergie. De plus, les réserves en uranium sont massives et principalement situées dans des pays « stables » : l’Australie, le Canada et la Russie représentent environ 50 % des réserves. L’essentiel de la demande est aujourd’hui comblé par ces pays ainsi que par le Kazakhstan (17 % des réserves), le Niger et la Namibie.

En revanche, l’énergie nucléaire implique des risques conséquents, entraînant une délicate acceptation sociale et une tendance à vouloir freiner son développement. Tout d’abord, en raison de certains accidents qui ont marqué l’histoire : Three Mile Island aux États-Unis, Tchernobyl en Ukraine et Fukushima au Japon notamment. Mais aussi en raison de la problématique de la gestion des déchets radioactifs, car ceux-ci restent nocifs pendant plusieurs milliers d’années. Enfin, il existe un risque accru que la technologie tombe dans les mains de groupes malintentionnés.

 

Un indice de développement ?

Le nucléaire, autant sur le plan civil que militaire, est un bon indicateur de puissance et de développement. Les armes atomiques sont réservées aux grandes puissances. Quant aux installations civiles, les cœurs historiques sont les États-Unis et le Canada, l’Europe de l’Ouest (et la Russie), le Japon et la Corée du Sud. Mais l’Asie, et en particulier la Chine, rattrape son retard. L’empire du Milieu possède même l’un des plus puissants réacteurs jamais construits, à Taishan. Turquie, Inde, Afrique du Sud et Brésil prévoient la mise en œuvre de programmes nucléaires. D’autres pays d’Europe, comme la Pologne ou la Roumanie ont également des projets de réacteurs. Comme un parallèle du déclin des pays développés, la France souhaite réduire la part du nucléaire dans sa production d’électricité (de 80 à 50 %). Le pays vient également d’abandonner son projet de 4e génération de réacteur. Le Japon, autrefois deuxième puissance nucléaire civile au monde, a pris des mesures drastiques suite à l’incident de Fukushima en fermant 54 réacteurs.

Mais ce n’est pas pour autant que la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité ne va pas continuer à augmenter. Pour Henri Proglio, ancien PDG de Veolia et d’EDF, le nucléaire civil ne tend pas à diminuer. La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité va, selon lui, doubler d’ici une vingtaine d’années. Notamment avec l’investissement conséquent de la Chine sur son territoire.

 

La carte

 

Conclusion

Un sujet uniquement porté sur l’énergie nucléaire a peu de chance de sortir aux concours. Cette carte et ce plan en deux parties sont donc plus un moyen d’en apprendre davantage sur un sujet précis. De plus, ces éléments peuvent vous servir pour plusieurs sujets. Tout d’abord, pour tous les sujets traitant des problématiques d’énergie. Ensuite, comme nous l’avons vu dans ce plan, pour des sujets traitant de puissance et/ou de développement en appuyant l’idée que le nucléaire en est un bon indicateur.

 

 

*La « triade » nucléaire désigne les trois vecteurs de transport d’une charge nucléaire, à savoir un par composante militaire :

  • Les bombardiers (pour l’aérien) ;
  • Les missiles balistiques sol-sol (pour le terrestre) ;
  • Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (pour le maritime).

  

Sources :

https://non-proliferation.irsn.fr/Nucleaire/historique/Pages/Lesgrandesdatesdelanonproliferationnucléaire.aspx

https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/reserves-d-uranium-naturel-dans-le-monde

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/29/nucleaire-la-france-abandonne-la-quatrieme-generation-de-reacteurs_5504233_3234.html

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/08/03/une-nouvelle-ere-de-la-dissuasion-nucleaire_5496259_3232.html

Le monde en 40 cartes, hors-série Le Monde, juin 2017. Pages 93-93 « Une dissuasion nucléaire à double sens ».

La mondialisation contemporaine, Nicolas Balaresque et Daniel Oster, Nathan 2016, Pages 279-296 « L’énergie et les matières premières, une forte pression sur les ressources ».

Géopolitique de l’énergie, Revue Conflits hors-série printemps 2019, Page 10, Pages 27-28, Pages 40-45.

Samuel Durand

21 ans, étudiant en deuxième année à GEM après deux années de classe préparatoire ECS au lycée Camille Vernet de Valence.