Les « Rogue States » ou quand les Etats-Unis décident de qui est infréquentable  Les « Rogue States » ou quand les Etats-Unis décident de qui est infréquentable 
La définition des Rogue States par les Etats-Unis  C’est sous Ronald Reagan, en 1980, que l’expression de « Rogue States » ou « Etats voyous » a été... Les « Rogue States » ou quand les Etats-Unis décident de qui est infréquentable 

La définition des Rogue States par les Etats-Unis 

C’est sous Ronald Reagan, en 1980, que l’expression de « Rogue States » ou « Etats voyous » a été utilisée pour la première fois dans l’optique de critiquer la Libye du général Kadhafi, soupçonnée de constituer une menace pour les intérêts américains et la sécurité collective. Cette expression, souvent utilisée par les dirigeants américains avant l’ère Obama, fait référence aux Etats qui, selon les Etats Unis, représentent un risque pour la paix. Ainsi, le conseiller à la sécurité nationale de Bill Clinton, Anthony Lake, a défini ces Etats voyous comme « ceux qui manifestent une incapacité chronique à traiter avec le monde extérieur ». Dans la Stratégie de sécurité nationale de 2002, les Etats-Unis donnent 5 critères caractérisant un Etat voyou :

  • Mauvais traitement de la population ou corruption des dirigeants
  • Non-respect des traités et du droit international de manière générale
  • Volonté d’acquisition d’armes de destruction massive
  • Soutien au terrorisme
  • Rejet des droits de l’homme et haine des Etats-Unis et de ce qu’ils représentent.

Des mesures ont été prises pour sanctionner ces Etats voyous comme en atteste la promulgation de la loi d’Amato-Kennedy en 1996 qui donne le pouvoir au président américain de sanctionner tout investissement énergétique supérieur à 20 millions de dollars en Libye ou en Iran (néanmoins, les Etats Unis ont arrêtés d’appliquer cette sanction aux entreprises européennes après un accord avec l’UE en 1998 dans lequel l’UE s’engageait à décourager l’Iran d’investir dans des armes de destruction massive). Plus encore, les Etats Unis ont également mis en place des embargos contre la Libye et l’Iran par exemple. Cuba n’a pas échappé à ces sanctions. En effet, en plus de l’embargo, la loi de Helms-Burton, mise en place en 1996, avait interdit à toute personne ou entreprise dans le monde d’utiliser, d’investir ou d’avoir un rapport quelconque avec les biens américains qui ont été nationalisés par Cuba au risque de se voir refuser l’accès aux Etats-Unis.

Malgré toutes ces mesures, ce n’est que le 16 décembre 2001 que voit le jour la première liste officielle des Etats voyous publiée par les Etats Unis et regroupant alors 7 pays : la Corée du Nord, Cuba, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran et la Libye. Cette liste a, depuis, beaucoup changé et cette notion d’Etats voyous a donc évoluée. D’ailleurs, dans son discours sur l’état de l’Union de 2002, le président Bush utilise une nouvelle expression, celle de « l’Axe du Mal » pour fonder l’intervention américaine en Afghanistan et en Irak.

 

Principaux Etats ayant un jour été considérés comme des Etats voyous 

La Corée du Nord 

La Corée du Nord a été placée dans la liste des Etats voyous en raison de ses activités dans le domaine du nucléaire et en particulier en raison du retrait nord-coréen du traité de non-prolifération nucléaire en 2003 et des essais nucléaires qu’elle accomplit depuis (2006, 2009, 2013). Malgré le fait que les Etats-Unis aient retiré la Corée du Nord des Etats voyous en 2008 sous prétexte que Kim Jong-il faisait des efforts pour le désarmement nucléaire, les relations entre les deux Etats sont restées très tendues comme en atteste l’augmentation des navires américains dotés de technologies antimissiles autour de la Corée du Nord.

 

Le Pakistan 

Le Pakistan faisait partie des Etats voyous dans la mesure où il n’a pas respecté le traité de non-prolifération nucléaire en exportant des technologies d’armes nucléaires. Néanmoins, depuis la coopération du Pakistan avec les Etats-Unis après les attentats du 11 Septembre, ces derniers l’ont rayé de la liste des Etats voyous. D’ailleurs, beaucoup critiquent ce geste des Etats-Unis dans la mesure où le Pakistan correspond toujours aux caractéristiques d’un Etat voyou. Ils reprochent à cette expression de n’être qu’un titre que donneraient les Etats-Unis aux pays qu’ils n’apprécient pas.

 

L’Afghanistan et l’Irak 

Ces deux pays étaient considérés comme des Etats voyous appartenant à l’Axe du mal par les Etats Unis car ces derniers les soupçonnaient de soutenir le terrorisme. Néanmoins, après l’intervention américaine en Irak et en Afghanistan où les Etats-Unis n’ont trouvé aucune arme de destruction massive appuyant leurs soupçons, l’Irak et l’Afghanistan ont été retirés de la liste des Etats-voyous ainsi que de l’Axe du Mal.

 

Cuba 

Cuba est indéniablement le pays qui a le plus souffert, avec l’Iran, des sanctions américaines et en particulier de la loi Helms-Burton. La loi Helms-Burton spécifiait que la seule manière pour que les sanctions américaines soient levées était la mise en place d’un régime démocratique à Cuba avec un dirigeant qui n’était ni Fidel Castro, ni son frère Raul (bien spécifié dans la section 205 de cette loi). Néanmoins, Obama crée un changement dans la politique américaine malgré le fait que Cuba soit toujours dirigée par Raul Castro. En effet, il assouplit l’embargo dès 2008 en autorisant les ressortissants américains à s’y rendre puis en libéralisant les virements bancaires vers l’île et en autorisant des transactions commerciales avant de finalement rétablir les relations diplomatiques en 2014 et de s’y rendre en 2016.

 

L’Iran 

Dans ce cas aussi, c’est le fait que les Etats Unis suspectaient l’Iran de développer un programme d’armes nucléaires en 2003 qui a conduit ces derniers à le considérer comme un Rogue state malgré son adhésion au traité de non-prolifération nucléaire. Bien que l’Iran a toujours clamé ne développer que le nucléaire civile pour produire de l’électricité, le fait qu’il possède des quantités suffisantes de gaz hexafluorure d’uranium pour produire 10 bombes nucléaires s’il est enrichi en a fait une menace pour les Etats Unis. Les relations entre les deux Etats ont néanmoins fini par se réchauffer à partir de 2013 avec la mise en place de négociations qui aboutissent sur l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 qui consiste à lever les sanctions économiques et l’embargo (sauf sur les armes) en échange de plus d’inspections et d’une plus faible production de matières nucléaires en Iran.

 

La Libye 

Dès l’ascension au pouvoir du général Kadhafi en 1969, les relations entre les Etats-Unis et la Libye ont commencé à se détériorer. En 1979, l’ambassade américaine à Tripoli est même incendiée ce qui conduit les Etats-Unis à la fermer, à déclarer que la Libye est un Etat soutenant le terrorisme et qui cherche à accumuler des armes de destruction massive. Les Etats-Unis mettent alors en place des sanctions, et notamment un embargo. Néanmoins, les relations commencent à s’améliorer en 2003 : la Libye reconnaît sa responsabilité dans le crash d’un avion américain de la PanAm en 1988, indemnise les victimes puis elle renonce à son programme d’armes de destruction massive et remet aux Etats-Unis son arsenal nucléaire. Peu après, le gouvernement américain annonce le retrait de la Libye de la liste des Rogue states, justifiant cette décision par les efforts et les concessions du général Kadhafi pour la démocratisation.

 

Les Etats-Unis : Un Rogue State selon leurs propres critères 

L’écrivain Mark Curtis, dans son livre Web of deceit, défend l’idée qu’il serait possible d’appliquer ce terme de Rogue State aux Etats-Unis eux-mêmes dans la mesure où les critères caractérisant les Rogue Stats s’y appliquent. En effet, on peut aboutir à cette conclusion en considérant le fait que la pratique de la torture y est toujours d’actualité, notamment dans la prison américaine de Guantanamo, que les Etats Unis sont déjà intervenus militairement en Irak et en Afghanistan sans mandat de l’ONU tout en soutenant ailleurs des régimes dictatoriaux alliés (coup d’Etat de Pinochet soutenu par les Etats-Unis), et qu’ils ne respectent pas le protocole de Kyoto pour le respect de l’environnement malgré sa dimension internationale.

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Nouha Idrissi

20 ans, étudiante à l'em lyon et ex-ECS au lycée Hoche (Versailles).