Le modèle social dans les pays nordiques Le modèle social dans les pays nordiques
On parle souvent du modèle scandinave, qui regroupe tant les modèles sociaux des pays scandinaves que leur modèle économique. En effet, la Suède, le... Le modèle social dans les pays nordiques

On parle souvent du modèle scandinave, qui regroupe tant les modèles sociaux des pays scandinaves que leur modèle économique. En effet, la Suède, le Danemark, la Norvège et la Finlande possèdent un modèle économique et social qui conjugue l’État-providence et l’économie de marché, avec chacun leurs spécificités.

Aujourd’hui, alors que les performances économiques et les avancées sociales sont sans cesse observées à la loupe et décortiquées, un bloc de pays sort du lot et est souvent cité comme exemple : les pays nordiques. Ainsi, en particulier, le modèle social scandinave semble pouvoir apporter des réponses dans d’autres pays. Quelle est donc la particularité de ce modèle social, et pourquoi fonctionne-t-il si bien dans ces pays-là ?

 

I – Le modèle social scandinave, un modèle qui s’appuie sur des modèles sociaux connus

1) L’État-providence et l’économie de marché

Commençons par détailler et comprendre la base du modèle des pays scandinaves avant de nous intéresser plus spécifiquement au modèle social.

Le terme d’État-providence désigne une conception de l’État qui met l’accent sur le rôle particulièrement important de celui-ci en termes de redistribution des richesses, de régulation de l’économie, d’assistance aux plus défavorisés et de fourniture de biens collectifs.

Le terme d’économie de marché désigne un système économique dans lequel les décisions de production, d’échange et d’allocation de biens et de services rares sont déterminées par rapport à l’offre et à la demande établies par le libre jeu du marché.

 

2) Les bases du modèle social des pays scandinaves

Le modèle scandinave s’appuie donc sur l’État-providence mais possède une particularité par rapport aux autres pays développés, l’inclusion du soutien universel au sein de l’État-providence. Ce soutien universel a été mis en place en vue d’une amélioration de l’autonomie individuelle, de la promotion de la mobilité sociale, et de la stabilisation de l’économie, tout en soutenant le libre-échange.

Mais ce n’est pas tout puisque l’État-providence dans les pays nordiques met aussi l’accent sur le plein-emploi, la promotion de l’égalité des sexes, la mise en place d’allocations sociales égalitaristes et une politique budgétaire libérale expansionniste (lorsque le gouvernement augmente les dépenses et diminue les recettes en espérant un accroissement de l’activité économique. Il est cependant conscient que l’augmentation de la dette publique nécessitera de futures rentrées fiscales importantes).

 

3) Les différences de ce modèle social dans les différents pays scandinaves

Les systèmes sociaux ne sont cependant pas identiques dans tous les pays nordiques. Présentons le système finlandais et le système danois pour étudier les différences.

 

a) Le système social finlandais

Il est réputé pour figurer parmi les plus généreux de la planète. On peut citer quatre points majeurs qui le différencient des autres.

Tout d’abord, par rapport aux autres pays nordiques, le système social finlandais est plus universel et offre une diversité de choix plus grande pour les citoyens. Par exemple, il existe en Finlande de bonnes allocations pour les hommes ou les femmes qui restent chez eux pour s’occuper des enfants.

Ensuite, ce système se considère davantage pragmatique et moins idéologique que ceux des autres pays nordiques quant au socialisme et au libéralisme. La Finlande n’hésite pas à changer telle ou telle politique sociale lorsqu’elle ne porte pas les fruits escomptés, comme cela s’est produit avec l’acceptation en 2011 de l’échec de la décentralisation des négociations collectives et un retour d’un cadre de décision national.

De plus, l’État est social et orienté vers le marché ; le système de retraite est géré par des entreprises privées avec des règles et une surveillance publiques, les caisses de chômage ne dépendent pas de l’État et sont autonomes, et les services pour les personnes âgées sont gérés par des entreprises privées.

Enfin, le gouvernement finlandais reste extrêmement réaliste sans jamais faire de prévisions de croissance au-delà des espérances, de manière à disposer de surplus lorsque les résultats sont meilleurs que prévu.

 

b) Le système social danois

On peut pour le modèle danois citer deux points majeurs qui font de son système social un des plus développés et des plus onéreux au monde.

Au niveau de l’emploi, on retrouve le système « flexicurité » : la flexibilité tout d’abord se traduit par une facilité de recruter mais aussi de licencier, ce qui permet une réaction rapide lors des crises économiques. La sécurité, elle, se traduit par une assurance pour les personnes ayant perdu leur travail de percevoir des allocations chômage qui peuvent s’élever à 90 % de leur salaire antérieur. Enfin, il existe une politique active sur le marché du travail qui se traduit par un système dynamique et efficace d’accompagnement et d’orientation vers des offres ou des formations pour retrouver plus facilement et rapidement du travail.

Enfin, le Danemark possède un niveau de dépenses sociales très élevé, d’environ 28,7 % de son PIB.

 

II – Un modèle social qui a fait ses preuves et qui fait parler de lui

1) Un modèle social lié à des démocraties exemplaires

La caractérisation majeure de ce modèle social nordique repose sur le fait que tous les pays nordiques ont connu des démocratisations précoces. L’un des points communs de ces régimes démocratiques est leur très grande stabilité tout au long du XXe siècle, favorisant de fait la mise en place et le maintien de modèle sociaux adaptés et efficaces.

Cependant, bien entendu, dans Les démocraties scandinaves. Des systèmes politiques exceptionnels ?, l’auteur Yohann Aucante précise bien que « si les Scandinaves ont contribué à repousser les frontières de la démocratie, il n’existe pas de perfection en la matière ».

 

2) Un modèle social qui séduit malgré ses défauts

Le modèle social nordique, souvent présenté en exemple partout en Europe, intrigue et fascine.
En France notamment, en juillet 2017, le président Macron parlait du modèle suédois comme d’« une véritable source d’inspiration », soulignant un modèle conciliant « une compétitivité et une vraie exigence de justice sociale ».

Tout d’abord, le modèle scandinave est certes universel mais il est aussi coûteux, financé à partir de l’impôt et fondé sur la gestion publique à la fois des transferts sociaux et des services. De plus, certains pays nordiques restent flous quand à la séparation des pouvoirs entre régionalisation et globalisation, décentralisation et dévolution des compétences. Il est évident que la Finlande tout comme la Suède ont, au milieu des années 1990, été confrontées à une croissance négative et que, à l’exception de la Norvège, les pays nordiques n’ont pas développé, en termes relatifs, la couverture sociale.

Enfin, alors que d’autres pays européens prennent pour modèle les pays nordiques, certains pays comme notamment la Norvège trouvent que l’État est trop présent et qu’il contrôle trop la vie des citoyens.

 

III – Le modèle des pays nordiques est-il véritablement parfait ?

1) Mythe ou réalité ?

Les systèmes de protection sociale nordiques ont, ces vingt dernières années, été confrontés à une vague de mutations qui ont touché les structures de la famille et le marché du travail, tout en faisant montre d’une remarquable capacité à survivre aux périodes de crise économique.

Cependant, il a généralement été considéré que le modèle scandinave n’était pas seulement universaliste mais également qu’il offrait une couverture globale. Il s’agit là de deux caractéristiques qui, ainsi que nous l’avons montré plus haut, expliquent pourquoi les États-providence scandinaves sont très dépensiers. Ils ne sont toutefois pas plus coûteux que les systèmes de protection sociale des autres pays du nord-ouest de l’Europe. Les dépenses sociales scandinaves sont, en termes relatifs, équivalentes à celles qui peuvent être constatées en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg.

 

2) Une application dans les autres pays occidentaux est-elle envisageable ?

Cependant, une information importante est qu’un tel modèle ne semble pas pouvoir exister sans une éthique protestante, fortement présente dans les pays nordiques et absente chez des Français de culture catholique.

De plus, l’augmentation des cotisations individuelles, le durcissement des conditions d’ouverture des droits et la dégressivité du montant des indemnités de chômage suivent une double logique : économique, car les gouvernements doivent maîtriser les dépenses publiques, et morale, car la communauté nationale ne peut récompenser l’oisiveté, tout comme elle ne peut accepter qu’une minorité leste la majorité d’un fardeau supplémentaire. L’individu peut donc compter sur l’État, mais il sait qu’on attend beaucoup de lui.

Dès lors, même si ce modèle est très attrayant pour certains des dirigeant européens, la difficulté de la mise en place réside majoritairement dans la difficulté voire l’impossibilité des citoyens à accepter de tels changements, car si la finalité sociale pourrait s’avérer meilleure, il faut parfois passer par des mesures drastiques.

Ainsi, le modèle social nordique est un modèle définitivement spécifique qui a su faire ses preuves, jusqu’à faire des envieux chez ses voisins européens. Si des pays comme la Norvège se portent toujours bien, certains autres comme la Suède se retrouvent face à des difficultés qui interrogent le modèle social nordique et son efficience.

Camille Defline