Irlande – Royaume-Uni : je t’aime, moi non plus… Irlande – Royaume-Uni : je t’aime, moi non plus…
Des relations houleuses par le passé… Tout comme la France et le Royaume-Uni ont toujours eu une alternance de relations tendues ou cordiales, c’est... Irlande – Royaume-Uni : je t’aime, moi non plus…

Des relations houleuses par le passé…

Tout comme la France et le Royaume-Uni ont toujours eu une alternance de relations tendues ou cordiales, c’est aussi le cas de l’Irlande avec son voisin britannique. Cette amitié difficile entre ces deux grandes îles, distantes de moins de 100 kilomètres l’une de l’autre et séparées uniquement par la mer d’Irlande, s’explique par une histoire chargée de conflits sanglants et marquée par la domination totale des britanniques sur l’Irlande jusqu’en 1919.

La domination de la « Perfide Albion » sur l’Irlande débute à la fin du XIIème siècle avec le traité de Windsor imposant aux royaumes irlandais de payer un tribut au roi Henri II. En 1494, l’Angleterre par l’intermédiaire de la loi Poynings soumet le parlement irlandais à une totale obéissance au royaume britannique. Cette domination anglaise se traduit dès lors par une politique de colonisation des terres qui s’associe à de fortes répressions et discriminations vis-à-vis des Irlandais. L’Angleterre cherche à imposer son pouvoir, à la fois par la culture (ainsi le gaélique irlandais est éradiqué), mais aussi par la religion (en interdisant par exemple aux catholiques, majoritaires en Irlande, l’accès aux métiers de l’administration ou de l’armée). Certains Irlandais n’hésiteront pas à fuir le joug anglais pour aller s’installer aux Antilles dès le début du XVIIème siècle. Au milieu du XIXème siècle s’ensuit une émigration massive aux Etats-Unis conséquence des famines à répétition qui sévissent en Irlande.

Ce pouvoir oppresseur anglais sur l’Irlande sera contesté puis renversé par les Irlandais lors de la guerre d’Indépendance (1919-1921) qui débouchera sur le traité de Londres. Celui-ci autorise la création d’un état libre et « indépendant » irlandais (bien qu’il s’agisse en réalité d’un dominion au sein de l’empire britannique), ainsi que le maintien du pouvoir anglais sur l’Ulster du Nord (région la plus riche d’Irlande à l’époque).

 

… ravivées par la situation actuelle

L’indépendance irlandaise, acquise il y a presque cent ans, a entraîné une volonté de s’émanciper de la culture britannique imposée durant cette période de domination. Ainsi, le gouvernement irlandais promeut le gaélique (lequel n’est parlé quotidiennement que par 2% des Irlandais) dont l’apprentissage est obligatoire au lycée par exemple.

Aujourd’hui, la question du Brexit ravive certaines tensions avec le gouvernement britannique. En effet, la sortie de l’Union Européenne du Royaume-Uni pourrait entraîner la réinstauration d’une frontière entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, et ainsi rouvrir une sombre page de l’histoire irlandaise, celle du conflit nord-irlandais (1968-1998). Durant ce conflit, le Royaume-Uni soutenait les Nord-Irlandais, loyalistes et majoritairement protestants, qui cherchaient à rester dans l’Union, contre les nationalistes catholiques et républicains qui souhaitaient la réunification des deux Irlandes.

 

Des liens économiques forts

Les conséquences du Brexit sur les pays européens

Si certaines tensions sont ravivées par le Brexit, il ne faut pas sous-estimer l’importance des liens économiques entre les deux pays. En effet, l’Irlande importe près de 32% de biens en provenance de Grande-Bretagne, ce qui en fait son premier partenaire commercial, et exporte près de 15% de ses biens en Grande-Bretagne. Pour le Royaume-Uni, ce sont 5% de ses exportations qui partent vers l’Irlande. Ces liens économiques forts, actuellement au cœur des négociations du Brexit, devraient pouvoir prévenir tout risque de scission trop brutale du Royaume-Uni, qui aurait pour conséquence un ralentissement de l’activité économique en son sein.

 

L’histoire a engendré de nombreuses rancœurs en Irlande contre le Royaume-Uni. Cependant, les liens économiques, mais aussi les continuelles migrations entre le Royaume-Uni et l’Irlande ont permis de les atténuer, et même de les dépasser. Aujourd’hui, la question du Brexit réveille de vieux démons, et inquiète au premier plan les Irlandais, car ce sont sûrement eux qui ont le plus à perdre de la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

 

Nicolas PREVOSTO

Etudiant en première année à l'ESSEC et ancien préparationnaire à l'Institution des Chartreux (Lyon). Rédacteur d'articles de géopolitique

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