L’Allemagne face au nationalisme et à la xénophobie L’Allemagne face au nationalisme et à la xénophobie
Il y a quelques jours, l’AfD a fait un score des plus inquiétants aux élections régionales en Thuringe. On ne croyait pas voir un... L’Allemagne face au nationalisme et à la xénophobie

Il y a quelques jours, l’AfD a fait un score des plus inquiétants aux élections régionales en Thuringe. On ne croyait pas voir un parti nationaliste revenir de sitôt dans ce pays meurtri par l’époque du social-nationalisme. Pourtant, 75 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un sympathisant du IIIe Reich, Björne Höcke, rafle près d’un quart des voix dans un Land de l’ancienne RDA. Cependant, ces résultats étaient loin d’être imprévisibles : depuis quelques années en Europe, on assiste au retour en force du nationalisme et de la xénophobie, et l’Allemagne n’y fait pas exception…

 

1 – Petit point historique

1945 – Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, huit millions d’Allemands, installés dans certaines régions d’Europe centrale et orientale depuis parfois plusieurs siècles, sont expulsés et arrivent en Allemagne de l’Ouest. Ils ont réussi à s’intégrer, malgré un pays détruit par la guerre et qui manque de tout.

1961 – L’Allemagne favorise l’immigration turque, suite à un accord conclu avec la Turquie, qui souhaite faire absorber son excédent démographique par le marché du travail allemand. On appelait les Turcs migrant en Allemagne suite à cet accord, qui proposait des contrats de deux ans non renouvelables, des Gastarbeiter.

2015 – Toute l’Europe, mais plus particulièrement l’Allemagne, est touchée par la crise des migrants. Ces derniers, souvent des réfugiés politiques, affluent en Europe, fuyant les conflits qui déchirent leurs pays au Moyen-Orient. Se pose alors la question de leur répartition à travers l’UE. L’Allemagne accueille en quelques mois plus d’un million de réfugiés, cette politique d’accueil fragilisant la popularité d’Angela Merkel.

2017 – L’AfD (die Alternative für Deutschland) entre au Bundestag pour la première fois avec 12,6 % des voix. Depuis la crise des migrants de 2015, ce parti, créé en 2013 seulement, rassemble les électorats anti-immigration et anti-islam.

 

2 – Les enjeux actuels

Une communauté turque forte : arrivés à partir de 1961, en plein miracle économique allemand (Wirtschaftswunder), les Turcs constituent aujourd’hui la première minorité ethnique allemande (près de 4 000 000). Ils sont aujourd’hui bien intégrés dans la société allemande : la Regenbogen-Mannschaft (« l’équipe arc-en-ciel », l’équipe de foot allemande) en est un parfait exemple.

La montée du nationalisme et de la xénophobie : la crise des migrants et l’arrivée brusque de centaines de milliers de réfugiés ont suscité de vives réactions en Allemagne, favorisant l’arrivée au Bundestag de l’AfD ou encore la montée en puissance de Pegida. Cela a aussi remis en question la place de l’Allemagne dans l’Europe et la question de solidarité européenne.

Un bilan de l’immigration controversé : l’immigration permet de lutter contre le vieillissement de la population allemande. Cependant, certains partis politiques souhaiteraient une immigration plus sélective, sur le modèle du Canada, car l’Allemagne manque de main-d’œuvre qualifiée. L’État-providence est aussi considéré comme un « aimant à immigration » (Zuwanderungsmagnet).

 

3 – L’anecdote qui mettra des étoiles dans les yeux de ton correcteur

Björn Höcke est le visage de l’aile dure de l’AfD. Tête de liste aux élections régionales en Thuringe, en ex-RDA, il remporte 23,5 % des voix en novembre 2019. En 2015, il crée Der Flügel, l’aile radicale de l’AfD, et se dit « fasciné par le IIIe Reich ». Il a également critiqué le mémorial de la Shoah à Berlin, le qualifiant de « monument de la honte ». Ouvertement antisémite et xénophobe, anti-écologie (il veut interdire les éoliennes), il puise sans gêne dans la rhétorique nationale-socialiste que Hitler employait. Récemment, un tribunal a même autorisé l’utilisation de l’adjectif « fasciste » pour le qualifier, estimant que le terme est « fondé sur une base factuelle vérifiable ».

 

4 – Point vocabulaire

– L’émigré = der Auswanderer

– L’immigré = der Einwanderer

– La crise des migrants = die Flüchtlingskrise

– Demander l’asile : Asyl beantragen

– Xénophobe : fremdenfeinlich

– Les persécutions politiques et religieuses : die politische und religiöse Verfolgung

– Fuir un pays : aus einem Land fliehen

– Ouvrir les frontières : die Grenzen öffnen

– Accueillir les réfugiés : Flüchtlinge auf-nehmen

– La guerre civile : der Bürgerkrieg (-e)

 

5 – Traduction de phrases

1 – En raison de la crise des migrants, les partis populistes ont le vent en poupe et les groupes extrémistes, comme Pegida, gagnent en puissance.

2 – En Allemagne, une personne sur cinq est issue de l’immigration.

3 – L’Allemagne arrive en deuxième position des pays attirant le plus d’immigrés.

4 – Les responsables politiques locaux se sont vite aperçus que l’arrivée de Polonais représentait une chance pour leurs communes en perte de vitesse.

5 – L’Allemagne doit s’attendre à ce que l’intégration soit un gigantesque défi pour les années à venir.

 

Corrigé

1 – Wegen der Flüchtlingskrise bekommen die populistischen Parteien Aufwind und die extremistischen Gruppen, wie Pegida, gewinnen an Macht.

2 – In Deutschland haben jeder fünfte einen Migrationshintergrund.

3 – Deutschland ist zweitbeliebtestes Einwanderungsland.

4 – Lokalpolitiker haben früh erkannt, das ein Zuzug von Polen eine Chance für ihre schrumpfenden Orte war.

5 – Deutschland muss darauf einstellen, dass die Integration für die nächsten Jahre eine riesige Herausforderung sein wird.

Clémence Desrousseaux