La chasse aux sorcières La chasse aux sorcières
Il y a 70 ans, alors que le conflit entre les États-Unis et l’URSS s’intensifiait, une véritable chasse aux sorcières commençait, lancée par les... La chasse aux sorcières

Il y a 70 ans, alors que le conflit entre les États-Unis et l’URSS s’intensifiait, une véritable chasse aux sorcières commençait, lancée par les sénateurs américains. Les « sorcières » en question ne volent pas sur des balais, mais sont accusées de vouloir voler aux Américains leur liberté : le terme désigne en effet les espions communistes cachés dans la population. Alors, si les noms McCarthy ou Rosenberg n’évoquent rien pour toi, ne rate surtout pas cet article !

 

Les origines de la chasse aux sorcières

Un contexte politique sous tensions

Dès 1945, il apparaît clairement que l’équilibre précaire trouvé par les accords de paix après le second conflit mondial ne suffira pas à calmer la rivalité entre Soviétiques et Américains, galvanisés par leur victoire. En 1947, le président Truman prend ainsi l’initiative de la lutte contre l’expansion du communisme et adopte la politique du containment. La même année, il ordonne une enquête sur la loyauté des fonctionnaires américains. Celle-ci mènera à la révocation de 200 d’entre eux, ainsi qu’à 2 000 démissions. Pourtant, Truman se trouve lui-même accusé par les anticommunistes les plus farouches en raison de sa politique sociale jugée proche du socialisme.

 

La poussée du maccarthysme

La chasse aux sorcières démarre en 1950 sous l’impulsion d’un obscur sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy. Né en 1908, McCarthy avait d’abord rejoint le parti démocrate avant de rejoindre le Sénat en 1946 sous les couleurs du parti républicain. Avide de popularité, il se fait connaître en prenant la défense d’un groupe de soldats SS condamnés à mort pour leur rôle dans le massacre de prisonniers américains.

 

Joseph McCarthy

En 1950, McCarthy propose de lancer une nouvelle campagne anticommuniste destinée à dénoncer une conspiration au sein de l’administration américaine. Dans un célèbre discours au Sénat, le 9 février 1950, il affirme avec aplomb : « Je tiens là une liste de 205 personnes dont le secrétaire d’État sait qu’elles sont affiliées au parti communiste et qui sont néanmoins en poste et façonnent la politique du Département d’État. » Commence alors la traque des sorcières communistes, qui connaîtra dès les premiers mois un immense succès, faisant de McCarthy un véritable héros national. Pourtant, cette campagne nourrit également un climat de peur et de psychose qui nourrira pendant de longues années l’imaginaire américain dans un pays marqué par la Red Scare (Peur rouge).

 

La chasse aux sorcières dans la culture américaine

L’expression choisie pour désigner la traque des communistes n’a bien évidemment rien de neutre. Celle-ci renvoie à un épisode de l’histoire américaine, le procès des sorcières de Salem. Il s’agit d’une série de procès situés entre 1692 et 1693 dans plusieurs villages du Massachusetts près de la ville de Salem, ayant entraîné l’arrestation d’une centaine de personnes accusées de sorcellerie et l’exécution de vingt d’entre elles.

Cet épisode, très largement utilisé dans la rhétorique politique américaine pour mettre en garde contre les dangers de l’extrémisme et des dérives de la justice, a durablement marqué le pays. Or, le maccarthysme, justement, qui cherchait à employer le vocabulaire de la peur en évoquant la présence de nouvelles sorcières au sein de la société américaine, ne manquera pas de connaître lui aussi des dérives dangereuses.

 

Apogée et chute du maccarthysme

Le procès des époux Rosenberg

De 1951 à 1954, toute une partie de l’Amérique s’engage donc dans la lutte anticommuniste : ouvriers catholiques, fermiers du Middle West, magnats du pétrole… Les ennemis communs de ces groupes pourtant hétérogènes, ce sont les libéraux, accusés de complaisance à l’égard de l’URSS. C’est dans ce contexte que s’ouvre le procès des époux Rosenberg. Ethel et Julius Rosenberg sont deux New-Yorkais accusés d’espionnage. Bien qu’ayant clamé haut et fort leur innocence et ayant bénéficié d’une campagne mondiale en leur faveur, ils sont exécutés sur la chaise électrique en 1953.

Si différentes sources postérieures au jugement confirment l’espionnage de Julius, les derniers partisans des Rosenberg soulèvent toujours le caractère injuste d’un jugement avant tout politique. Les époux Rosenberg restent d’ailleurs les seules personnes exécutées pour espionnage dans le monde occidental dans le cadre de la guerre froide. L’affaire est encore aujourd’hui associée à l’idée d’une justice partiale, qu’Arthur Miller dénonçait en 1953 dans sa pièce The Crucible.

 

McCarthy au sommet : 1952-1954

Avec ce procès, les États-Unis rentrent dans une véritable ère d’inquisition. Tous les employés fédéraux doivent ainsi se soumettre à un contrôle de loyauté. La traque s’étend partout, jusqu’à Hollywood, inquiétant même Charlie Chaplin, qui se réfugie alors en Suisse. Il réalisera d’ailleurs un film pour dénoncer les excès de cette campagne, Un roi à New York.

Le succès de McCarthy est tel qu’il se permet de provoquer le président Truman en personne. Celui-ci cherche à garder son sang-froid pour réfréner les excès d’une campagne souvent violente. Le président pose notamment son veto face aux lois MacCarran et MacCarran-Walker (1952). Ces deux lois proposaient de restreindre les libertés des personnes susceptibles d’avoir sympathisé avec les idées communistes. Truman affirme en effet que « dans un pays libre, on punit les gens pour leurs crimes, jamais pour leurs opinions ». À deux reprises, le veto du président est finalement écarté par une large majorité.

En cherchant ainsi à apaiser un mouvement qu’il a lui-même contribué à lancer, Truman apparaît paradoxalement complice de ses ennemis communistes. La destitution du général MacArthur pendant la guerre de Corée renforce à nouveau les partisans de McCarthy. Ceux-ci en profitent alors pour s’attaquer au parti démocrate. Ces attaques contribuent largement à la défaite de Truman face à Eisenhower en novembre 1952.

 

La chute de McCarthy

Avec le retour des républicains au pouvoir, l’état d’excitation permanent dans lequel se trouvait la population se calme progressivement. Ancien militaire, Eisenhower jouit d’une grande popularité et cherche à arbitrer en faveur d’une voie moyenne entre les différentes tendances de son parti. McCarthy de son côté, grisé par ses succès, commet l’erreur fatale de s’attaquer à l’armée. Le Pentagone et le Sénat demandent alors des explications à l’accusateur en chef, qui se voit alors discrédité devant l’opinion publique. Sombrant dans l’alcoolisme, McCarthy meurt en 1957, déjà oublié de tous.

 

Aujourd’hui encore, les États-Unis restent marqués par cette période de trouble et de méfiance, pendant laquelle la sécurité nationale aura un temps justifié certains excès dictatoriaux.

 

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Pierre Faury

Etudiant à HEC Paris