Le self-made-man aux États-Unis : mythe ou réalité ? Le self-made-man aux États-Unis : mythe ou réalité ?
Parce que c’est un bon vieux classique de civilisation en anglais, il est essentiel de connaître certains éléments au sujet du self-made-man. Bonne lecture... Le self-made-man aux États-Unis : mythe ou réalité ?

Parce que c’est un bon vieux classique de civilisation en anglais, il est essentiel de connaître certains éléments au sujet du self-made-man. Bonne lecture !

 

Qu’est-ce qu’un self-made-man ?

À partir des années 1860, c’est Frederick Douglass qui développa en premier le concept de self-made-man. Grand orateur et abolitionniste américain, il s’inspira pour cela de l’autobiographie de Benjamin Franklin, exemple phare du self-made-man. Le terme désigne un individu qui s’est élevé d’une condition humble pour atteindre une position éminente dans n’importe quel domaine, grâce à ses compétences plutôt que par héritage, liens familiaux ou tout autre privilège. Le self-made-man incarne un modèle de réussite sociale, un statut tout particulier et envié aux États-Unis.

Ce mythe est intrinsèquement lié au concept d’American Dream, idée par laquelle n’importe quelle personne vivant aux États-Unis, par l’acharnement, la persistance et le travail honnête, peut devenir prospère. Ainsi, chaque citoyen, quels que soient son sexe, ses croyances ou son origine, est non seulement en droit d’attendre un traitement juste et équitable par la société, mais le reçoit effectivement. Ce mythe, incarné par la terre promise qu’incarne Hollywood, séduit bon nombre d’immigrants aux États-Unis désireux de piloter leur propre destin.

Voici quelques citations représentant parfaitement l’esprit du concept :

“Don’t let the opinions of the average man sway you. Dream, and he thinks you’re crazy. Succeed, and he thinks you’re lucky. Acquire wealth, and he thinks you’re greedy. Pay no attention, he simply doesn’t understand!”

 

« Ne laissez pas les opinions de vos semblables vous perturber. Si vous rêvez, ils diront que vous êtes fou ; si vous réussissez, ils diront que vous êtes chanceux ; si vous accumulez de la richesse, ils diront que vous êtes avare. Ne leur prêtez aucune attention, car ils n’ont rien compris ! »

Robert G. Allen

 

“Your time is limited, so don’t waste it living someone else’s life. Don’t let the noise of others’ opinions drown out your own inner voice. And most important, have the courage to follow your heart and intuition.”

 

« Votre temps est limité, alors ne le gaspillez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre. Ne laissez pas le bruit des opinions des autres avoir le dessus sur votre voix intérieure. Et, le plus important, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. »

Steve Jobs

 

Quelques exemples

Andrew Carnegie (1835-1919) : industriel et philanthrope naturalisé américain et surnommé « l’homme le plus riche du monde », il est l’un des principaux acteurs de l’essor de l’industrie de l’acier aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Fils d’ouvrier, et ayant émigré aux États-Unis à l’âge de 13 ans, il commence à travailler dans l’industrie textile comme ouvrier, avant de progressivement s’éduquer seul en allant lire des livres dans les bibliothèques proches de sa maison. Le succès de sa société, la Carnegie Steel Company, est essentiellement lié à sa capacité de produire en grande quantité et à bas prix des rails de chemin de fer, dont la demande est forte à cette époque.

Ralph Lauren : entrepreneur et styliste américain, il est le symbole du prêt-à-porter aux États-Unis. Né de parents juifs dans le Bronx, son père est peintre en bâtiment. Après avoir servi dans l’armée américaine et effectué de nombreux petits boulots, il décide de créer par la suite sa propre collection de cravates « Polo », car ses idées de formes et de couleurs n’étaient pas retenues. Élargissant petit à petit sa gamme aux chemises, il connaîtra dès 1967 le succès, incarné par un emblème fort, le joueur de polo.

Mais encore de nombreux hommes politiques américains : Abraham Lincoln, Harry S. Truman, Henry Ford ou Ronald Reagan par exemple.

 

Un concept critiqué

Cependant, le concept du self-made-man est grandement critiquable et mérite davantage d’analyse. En effet, il décrit une personne qui ne doit sa réussite financière ou sociale qu’à elle-même, en excluant l’influence d’autrui sur sa motivation, son acharnement et sa confiance en soi.

Selon Isabelle Barth et Yann-Hervé Martin, auteurs de La manager et le philosophe, la figure du self-made-man n’est qu’un mythe absurde, car c’est d’autrui que nous recevons la confirmation de notre humanité, de notre dignité et de nos qualités. Ainsi, le self-made-man n’a pas agi seul pour arriver à ses fins, ni écrasé et manipulé les autres d’ailleurs. Selon ces deux auteurs, il a simplement su recevoir l’aide des bonnes personnes au bon moment : le succès serait donc toujours le fruit d’un contexte et d’un environnement particuliers.

Nous pouvons exemplifier cela par une étude menée par Thomas Harrell, professeur de psychologie appliquée à l’Université de Stanford. Il explique que parmi ses élèves, ceux qui sont le plus montés dans l’échelle sociale après avoir créé un business, indépendamment de leur origine sociale, sont ceux qui avaient la plus grande capacité à créer une conversation avec n’importe qui.

D’ailleurs, Benjamin Franklin était tout à fait précurseur des groupes de pensée et d’entraide professionnelle. Après avoir créé le Junto Club à l’âge de 21 ans, regroupant les artisans et commerçants de la ville de Philadelphie, il a rejoint quelques années plus tard une version améliorée de ce club, les francs-maçons. En milieu professionnel, il avait donc compris la nécessité de s’entourer des personnes ayant les mêmes intérêts que lui. Petite nuance tout de même, cela ne signifie pas se tourner vers les gens uniquement pour son propre intérêt, dans la mesure où une relation commerciale n’a de succès que si elle aboutit à un bénéfice mutuel.

Ainsi, même si de nombreuses réussites entretiennent le mythe du self-made-man ne dévoilant son projet qu’après avoir passé quelques années seul dans son garage, il est nécessaire de nuancer cela. En s’ouvrant aux autres via un réseau de qualité et en allant rencontrer son marché, on obtient les retours des gens que l’on souhaite toucher ; en dévoilant nos objectifs, on attire les personnes qui en possèdent de similaires et avec lesquelles des synergies se créent.

Pour aller plus loin sur ce concept, l’ouvrage Devenir remarquable à l’ère du numérique de Valentin Decker est très inspirant.

 

Un peu de vocabulaire sur le travail

– Des perspectives de carrière : career prospects

– Être attentif aux détails : to show attention to details

– Être travailleur : to be hard-working

– Faire carrière dans : to make one’s career in

– Gravir les échelons : to rise through the ranks

– Grimper l’échelle sociale : to climb up the social ladder

– Payer en heures supplémentaires : to pay on overtime basis

– Un bulletin de salaire : a pay slip

 

Tu peux aussi consulter notre liste de vocabulaire en anglais sur la richesse et la pauvreté, histoire d’être au point sur le sujet !

Pierre Ducasse

Après 2 ans de prépa ECS au Lycée Saint-Vincent Rennes, je suis étudiant en première année à ESCP Business School