Anglais : version atypique et difficile sur l’histoire britannique Anglais : version atypique et difficile sur l’histoire britannique
Cet exemple de version est tout à fait atypique et bien au-dessus du niveau attendu lors d’un concours ! Seulement, il semble intéressant de... Anglais : version atypique et difficile sur l’histoire britannique

Cet exemple de version est tout à fait atypique et bien au-dessus du niveau attendu lors d’un concours ! Seulement, il semble intéressant de se confronter à de telles difficultés pour un exercice de traduction. En effet, voir à quoi ressemble l’extrême permet de visualiser clairement les zones de flou et d’incompréhension, afin d’être bien plus à l’aise par la suite face à une difficulté moindre et de savoir sur quels points se focaliser le plus.

Alors, ne panique surtout pas si tu ne parviens pas à traduire convenablement le texte, et profite surtout de la richesse d’informations qu’il fournit ! Et rappelle-toi que chaque traduction (même celle proposée ici) peut toujours être améliorée après coup !

 

Bonne chance !

 

Principales difficultés

Voici la liste des principales difficultés que l’on abordera dans cette traduction : 

  • Les points culturels sur l’histoire du Royaume-Uni. Face à ces références compliquées, en entraînement à la maison, n’hésite pas à faire des recherches sur ce que tu ne connais pas, ça prend deux minutes, et tu te remercieras si ça tombe un jour lors des concours.
  • Les points de grammaire et formulations alambiquées.
  • La syntaxe typiquement anglaise qui nécessite une modulation complète vers le français, un changement d’ordre des mots et parfois un ajout de sujet (lors du passage de la voix passive à la voix active, il convient d’expliciter certains sujets implicites).
  • Les expressions, les termes et le vocabulaire inconnus.
  • Le registre qui mélange écrit soutenu et langage oral courant, avec des apostrophes au lecteur.

 

Version

Being English used to be so easy. They were one of the most easily identified peoples on earth, recognised by their language, their manners, their clothes and the fact that they drank tea by the bucketload. (1)

The cult of the great god jingo was as yet far from dead. Most English households of the day took it for granted that nobody could be always right, or ever quite right, except an Englishman. The Almighty was beyond doubt Anglo-Saxon, and the popular conception of Empire resultantly simple. (2) Dominion over palm and pine (or whatever else happened to be noticeably far-flung) was the heaven-conferred privilege of the Bulldog Breed. Kipling had said so. The colonial possessions, as everyone so frankly called them, were properties to be administered, first and last, for the prestige of the little lazy isle. Kindly administered, naturally – nobody but the most frightful bounder could possibly question our sincerity about that – but firmly too, my boy, firmly too, lest the school-children of Empire forget who were the prefects and who the fags. (3)

Once upon a time the English knew who they were. There was such a ready list of adjectives to hand. They were polite, unexcitable, reserved and had hot-water bottles instead of a sex life : how they reproduced was one of the mysteries of the western world. They were class-bound, hidebound and incapable of expressing their emotions. They did their duty. Fortitude bordering on the incomprehensible was a byword. Their most prized possession was a sense of honour. They were steadfast and trustworthy. The word of an English gentleman was as good as a bond sealed in blood. (4)

It is all so much more complicated now. When, occasionally, we come across someone whose stiff upper lip, sensible shoes or tweedy manner identifies them as English, we react in amusement : the conventions that defined the English are dead. (5)

 

Traduction possible

Être Anglais était si facile, avant. Les Anglais faisaient partie des personnes les plus facilement identifiables sur terre ; on les reconnaissait par leur langue, leurs mœurs, leurs vêtements et le fait qu’ils buvaient du thé à la pelle. (1)

Le culte de leur grand Dieu jingo était jusqu’à présent loin d’être enterré. Pour la plupart des foyers anglais de l’époque, il allait de soi que seul un homme anglais pouvait avoir raison ou même se rapprocher de la vérité. Le Tout-Puissant était sans aucun doute anglo-saxon, et la conception populaire de l’Empire qui en découlait était simple. (2) Les dominions sur les palmiers et les pins (ou sur tout ce qui se trouvait être particulièrement éloigné) étaient un privilège accordé par Dieu au Bulldog Breed. Kipling l’avait dit. Les possessions coloniales, comme tout le monde les appelait si franchement, étaient des propriétés qu’il fallait administrer, avant tout, pour le prestige de la paresseuse petite île. Gentiment administrées, naturellement (seul le plus affreux des rustres aurait possiblement pu contester notre sincérité quant à cela), mais aussi avec fermeté, mon garçon, avec fermeté, de peur que les élèves de l’Empire n’oublient qui étaient les responsables et qui étaient les cancres. (3)

Il fut un temps où les Anglais savaient qui ils étaient. On pouvait facilement leur attribuer des adjectifs convenus. Ils étaient polis, imperturbables, réservés et préféraient des bouteilles d’eau chaude à une vie sexuelle : la manière dont ils se reproduisaient était l’un des mystères du monde occidental. Ils étaient attachés aux différences des classes, rigides et incapables d’exprimer leurs émotions. Ils accomplissaient leur devoir. Ils étaient synonymes d’un courage/d’une force d’âme parfois incompréhensible sur les bords. Ce qu’ils possédaient de plus cher était le sens de l’honneur. Ils étaient inébranlables et dignes de confiance. La parole d’un gentleman anglais était aussi solide qu’un pacte scellé par le sang. (4)

Mais tout est tellement plus compliqué maintenant. Quand, occasionnellement, nous rencontrons quelqu’un dont le caractéristique flegme britannique, les chaussures confortables ou les manières de campagnard nous indiquent qu’il pourrait être Anglais, nous réagissons avec amusement : c’est la fin des conventions qui définissaient les Anglais. (5)

 

Difficultés de traduction

(1)

  • Pour traduire un verbe à l’infinitif en position de sujet en français, on utilise la forme « be + ing ». Ici, « being English » devient « être Anglais ».
  • Il faut faire attention à l’utilisation des majuscules pour les nationalités (partout en anglais, seulement sur les noms en français) : The English speak English with their English friends = Les Français parlent en français avec leurs amis français.
  • « Used to + verbe » (= prétérit d’habitude) se traduit par « imparfait + verbe + … avant » (on a ajouté le « avant » à la fin pour insister sur l’habitude passée et révolue).
  • Il faut reprendre le sujet « les Anglais » pour clarifier de qui parle « they », car le sujet est implicitement singulier dans la première phrase et devient explicitement pluriel dans la deuxième.
  • On peut ajouter un point-virgule « ; » dans la traduction française pour éviter la rupture de syntaxe, puis on passe à la voix active « on + verbe », au lieu de garder la voix passive caractéristique de l’anglais (avec « de » qui suit le participe passé « recognised by… »).
  • Utilisons la déduction en contexte (voir ici) pour traduire « by the bucketload ». Bucket = seau. Il faut avoir en tête l’image de quelqu’un qui boit du thé à même le seau, pour ensuite réfléchir à une expression qui exprime cette même idée en français. « À la pelle » peut convenir. À noter qu’on peut aussi avoir à l’esprit l’image d’un « entonnoir ».

 

(2)

  • « The cult of the great god jingo » (définition ici) est une personnification à propos du chauvinisme caractéristique des Anglais.

La phrase suivante comporte beaucoup de difficultés :

  • « As yet » = jusqu’à présent
  • Attention à ne pas confondre les traductions de « la plupart », qui sont « most » (+ nom) et « most of » (+ déterminant + nom), avec le superlatif « the most… » (+ adjectif), qui signifie « le plus… ».
  • Ici, on a choisi d’utiliser une reformulation : « pour la plupart des X, (telle chose) », au lieu de « la plupart des X prenaient pour acquis (telle chose) » (structure moins utilisée en français, car moins instinctive).
  • Il ne fallait pas traduire « of the day » par « du jour », qui n’a pas de sens en français. Cela signifie « de l’époque », ce qui peut être indiqué par le temps passé utilisé dans cette phrase.
  • « Or ever quite right » → « ou même se rapprocher de la vérité ». On cherche une expression française qui a le même sens que « to be quite right », qui est ici « se rapprocher de la vérité », et on reformule la phrase entière lors de la traduction, de sorte à pouvoir introduire cette expression de manière tout à fait naturelle.
  • L’expression négative « nobody could… except an Englishman» a été ramenée plus au milieu de la phrase et cette fois-ci dans une tournure positive avec « seul un homme anglais pouvait… ». En effet, ce procédé est essentiel, car la structure anglaise « except + somebody » n’a pas de traduction exacte en français (et se rapproche plutôt de « sauf + quelqu’un », ce qui ne conviendrait pas dans ce cas-ci).
  • « The Almighty » (= le Tout-Puissant, en référence à « God Almighty ») est un terme parmi tant d’autres que tu devrais connaître (ou apprendre), car la culture anglo-saxonne est bien plus imprégnée d’une démonstration religieuse ostentatoire que la France. 
  • La dernière phrase de cette partie est particulière, car il faut d’abord la comprendre en faisant ressortir un verbe (« was »), qui est rendu implicite dans la seconde partie, procédé qui n’est pas traduisible tel quel en français. Ensuite, on fait le choix de traduire « the conception (was) resultantly… » par « la conception qui en découlait était… » ; en effet, l’adverbe « resultantly » n’existant pas en français, on utilise le verbe « découler », qui absorbe les notions de « was + resultantly » en un unique terme, qui plus est très utilisé lorsqu’on parle de « conception », ce qui nous arrange bien.

 

(3)

  • Ce paragraphe est très figuré et amasse des références que tu n’avais peut-être (sûrement) pas, et il est donc compliqué à traduire. 
  • Dominions (définition ici), Bulldog breed (lien ici), Rudyard Kipling (biographie ici, un « prophète de l’impérialisme britannique », selon l’expression de George Orwell)… Tous ces termes font référence à l’histoire coloniale de l’Empire britannique et des Commonwealth, sur laquelle tu devrais te renseigner.
  • Un autre passage de la voix passive à la voix active (par la traduction de « to be ») : « properties to be administered… » = « des propriétés qu’il fallait administrer ».
  • C’est dans ce paragraphe que survient l’introduction du registre oral, avec des apostrophes imagées au lecteur (« mon garçon »), ou bien l’expression ironique de l’opinion du locuteur, qui se veut être un Anglais qui défend sa patrie et ses valeurs (« our sincerity »). 
  • On choisira souvent de remplacer des tirets à valeur de parenthèses par des parenthèses, ce qui est plus idiomatique en français, mais ce n’est pas une obligation.
  • Bounder = rustre, goujat.
  • Lest, for fear that = de peur que, de crainte que. 
  • Les termes  « prefects » and « fags » sont spécifiques au système scolaire anglais et sont employés ici afin de représenter la relation de hiérarchie entre l’Empire britannique et ses colonies, supposément obéissantes et en attente d’un enseignement culturel ou d’une correction de sa part.
  • La structure « who were the… and who the… » doit être retravaillée en français, où l’on doit répéter le verbe implicite « were » : « qui étaient les responsables et qui étaient les cancres ».

 

(4)

  • « Once upon a time » ne se traduit pas toujours par « il était une fois », qui conserve une connotation « conte de fées », fais attention à cela.
  • Traduire « the English » est compliqué, car cela peut vouloir dire « les Anglais » (le peuple), « l’Anglais » (l’individu) ou, dans certains cas précis, « l’anglais » (la langue). Il faut alors chercher des indices dans le reste de la phrase, ici le verbe qui suit (le pluriel were), pour comprendre qu’on parle du peuple constitué « des Anglais ». Fais attention à cela également, car une telle phrase peut conduire à une inattention, comprise comme un contresens par le correcteur.
  • La phrase suivante (qui utilise la métaphore d’une « liste » d’adjectifs communément attribués aux Anglais) est très difficile à saisir et donc aussi à traduire. Il faut la reformuler comme on peut.
  • On traduit « how they » par « la manière dont ils », car en français correct, « comment » n’est jamais utilisé comme un nom, mais seulement comme un pronom interrogatif.
  • Western ne veut pas dire « du far-west », mais « occidental ». Il s’oppose à eastern (oriental). C’est un adjectif très utilisé que tu dois savoir comprendre, traduire et employer.
  • A byword = un synonyme. Ce mot nous permet de comprendre un peu mieux le sens de cette phrase compliquée, qu’il faut alors reformuler de manière plus claire. On ajoute la traduction de bordering à la fin grâce à  « sur les bords ».
  • On utilise la modulation d’un nom en un verbe pour traduire « their most prized possession was… » en « ce qu’ils possédaient de plus cher était… ». En effet, la structure proposée en traduction est beaucoup plus idiomatique et intéressante sur le plan littéraire qu’une traduction linéaire mot à mot de l’anglais (qui donnerait, à titre d’exemple à ne pas reproduire, « leur possession la plus précieuse était…»).
  • On traduira « as good as » par « aussi solide que » plutôt que par « aussi bon/bien que ». Cela prend plus de sens en français, car on parle de « pacte ».
  • Une liste d’adjectifs et de noms qualificatifs peut-être nouveaux pour toi : unexcitable, class-bound, hidebound, fortitude, steadfast, trustworthy, stiff.

 

(5)

  • L’ajout du « Mais » en début de phrase fait plus idiomatique en français. N’hésite pas à apporter de telles modifications, aussi mineures soient-elles, car elles perfectionnent la pertinence de ton texte dans la langue d’arrivée.
  • La suite du paragraphe est difficile à traduire, tout particulièrement « stiff upper lip » et « tweedy manner », qui seraient ici des points à rechercher sur Internet de ton côté. Par exemple, la « stiff upper lip » est une image très courante qualifiant les Anglais, celle de leurs lèvres pincées, symbole d’un contrôle de soi permanent face à n’importe quel événement, et qui leur permet « d’encaisser sans broncher ».
  • On choisit la technique de la modulation à la fin, c’est-à-dire qu’on remplace un « verbe + adjectif » par un nom (« … are dead » → « c’est la fin de… »). D’autant plus qu’en français, on ne peut pas dire de « conventions » qu’elles sont « mortes », car ce serait leur attribuer une qualité humaine ; ceci est, cependant, beaucoup plus récurrent en anglais.

Louise Pondevie

Etudiante à l'EDHEC, à l'issue de deux années de prépa ECS au Lycée Berthollet (Annecy)