« Choice » : une version type CCIP (anglais LV1) « Choice » : une version type CCIP (anglais LV1)
Tu le sais, pour les concours, the key to success is training. C’est pourquoi nous te proposons aujourd’hui de te pencher sur le travail de... « Choice » : une version type CCIP (anglais LV1)

Tu le sais, pour les concours, the key to success is training. C’est pourquoi nous te proposons aujourd’hui de te pencher sur le travail de cette version sur le thème du « choix », pour laquelle nous exposons l’une des nombreuses traductions possibles avec la justification point par point des différentes méthodes et stratégies pour la version en anglais LV1.

Entraîne-toi d’abord sur cette version pour pratiquer, puis compare avec la solution proposée, sans te borner à cette unique proposition ! Bonne chance !

 

Texte de la version

Choice…

Choice is the silver lining of consumer society but for certain afflicted persons such as myself, it is the cloud. (1) In theory, I expect choice, am glad of it. In practice, it lays me low, like some mysterious Victorian wasting sickness. Five minutes of exposure to choice in any shop is all I can take. (2) After that, my eyes begin to water, my head pounds, the palms of my hands grow damp, phantom fingers tighten around my throat and, gibbering, I gallop out, my basket shamefully unfilled. (3)

Sometimes, worse things happen. Sometimes, I fall under a terrible spell that holds me immobile in front of the shelves, able only to stare at the hundreds of tins or sheets or skirts while time ticks away and the grave looms. (4) Or I drift about like a sleepwalker, jaw slack, arms hanging, picking up things and putting them down, my mind a vast blank, my shopping list unticked, while all around me other more talented shoppers are choosing, deciding, paying and going. (5)

How do they do it? What weights do they put on what scales to tip them into purchase? Why the blue and not the black, the flowers and not the stripes, the pineapple chunks and not the slices, this department and not that, this shop and not the next? (6)

[…] Then I arrived here, in my deep countryside. No shops, or few and small and far. You’d think I’d have wallowed in this new-found freedom. (7) Not at all; the habit of having a choice, as opposed to making one, was too ingrained. I began to spend hours driving to the nearest small town, convinced that though I couldn’t buy anything if I had too much choice, I couldn’t buy anything either if I had too little. (8)

Jill Tweedie – The Guardian

 

Proposition de traduction

Le choix…

Beaucoup considèrent le choix qu’offre la société de consommation comme son atout majeur, mais pour les personnes qui sont comme moi touchées par ce mal, c’est son inconvénient. (1) En théorie, je m’attends à avoir du choix, je m’en réjouis même. Dans les faits, cela me déprime et je me sens comme rongée par quelque étrange maladie du XIXe siècle. Au bout de cinq minutes d’exposition au choix qu’offre n’importe quel magasin, je n’en peux plus. (2) Au-delà, j’ai les yeux qui commencent à larmoyer, les tempes à battre, la paume des mains à devenir moite, je sens des doigts invisibles/imaginaires qui m’étranglent, et alors, en balbutiant des propos incohérents je détale vers la sortie, mon cabas piteusement vide. (3)

Parfois, il se produit des choses encore pires. Parfois, je reste comme envoûtée, comme figée devant un rayon, capable seulement de fixer les centaines de boîtes de conserve, de draps ou autres jupes alors que le temps s’écoule et que ma tombe se creuse. (4) Ou alors, j’erre telle une somnambule, bouche bée, bras ballants, et je prends puis repose des articles, j’ai la tête complètement vide et rien n’est coché sur ma liste (de courses) tandis qu’autour de moi des consommateurs plus aguerris font leur choix, décident, règlent leurs achats et s’en vont. (5)

Comment y arrivent-ils ? Quel poids mettent-ils donc dans quelle balance pour la faire pencher en faveur de tel ou tel achat ? Pourquoi le bleu plutôt que le noir, les fleurs plutôt que les rayures, l’ananas en morceaux plutôt qu’en tranches, ce rayon-ci plutôt que celui-là, ce magasin plutôt que le suivant ? (6)

Et puis j’ai atterri ici, au fin fond de ma campagne, privée de magasins hormis quelques rares petites boutiques éparpillées. Logiquement, j’aurais dû être aux anges d’avoir ainsi retrouvé ma liberté. (7) Eh bien pas du tout ! J’avais bien trop pris l’habitude d’avoir le choix à défaut de savoir en faire un. Je me suis mise à passer des heures au volant afin de gagner la petite ville la plus proche, convaincue que même si j’étais incapable de faire le moindre achat si le choix était trop grand, je me trouvais tout aussi démunie s’il était trop réduit. (8)

 

Explication détaillée du processus de traduction

Remarque préliminaire : l’absence d’accord du genre en anglais est parfois piégeuse lorsqu’on souhaite traduire vers le français, c’est pourquoi il faut se servir de tous les indices que l’on peut trouver dans le texte, ou dans le paratexte, ou dans la légende accolée à l’article. Ici, Jill Tweedie, l’auteure de l’article, est une femme (on peut le deviner par son nom) ; il convient dès lors d’accorder adjectifs et participes passés au féminin, lorsqu’elle s’exprime à la première personne du singulier.

 

(1)

– Le début de ce texte commence tout en difficulté, puisqu’on ne peut le traduire littéralement tel que « silver lining » deviendrait « une doublure argentée », ce qui donnerait ainsi « le choix est la doublure argentée de la société de consommation, mais [pour certains] c’est le nuage ». Tu vois bien que cette phrase n’a aucun sens.
Il faut avoir un peu de culture sémantique pour connaître l’expression dont est tirée cette phrase. En effet, « every cloud has its silver lining » est l’équivalent anglais de « à toute chose, malheur est bon » ou de (ce qui se rapproche du champ lexical de la météo en anglais) « après la pluie vient le beau temps ».
Ainsi, « silver lining » et « cloud » prenant ici le sens d’antonymes, on a choisi de les traduire respectivement par « atout majeur » et « inconvénient ».

– On peut faire le choix (comme dans la traduction présentée) de renverser la syntaxe de la phrase de la voix active avec « le choix » comme sujet-objet à la voix active avec « beaucoup » comme sujet-personne, ce qui paraît plus naturel en français.

– On a pu étoffer « choice » en le traduisant par « le choix qu’offre la société de consommation », pour montrer que l’on a saisi les implications du texte, et ce qui explicite davantage le sujet de l’ensemble de l’article. On peut se permettre cette modification mineure, liberté par rapport au texte d’origine, car cela se justifie par l’apport de sens qu’elle amène.

– Enfin, « certain afflicted persons such as myself » est la dernière partie difficile à traduire dans cette phrase. « Afflicted » prend normalement le sens d’ « affligé » (= à qui l’on impose quelque chose de pénible ou de désagréable, ici la tâche de se décider devant la pléthore de choix présentés aux consommateurs), on peut donc le traduire par « touché par ce mal », pour reformuler le terme assez flou « affligé », et se servir ainsi de l’étoffement précédent de « choice » comme d’un moyen d’abréger, ici, grâce au « ce ».

 

(2)

– Le verbe « to expect » est très important et permet d’exprimer l’idée de « s’attendre à » quelque chose ou d’ « avoir l’habitude » de quelque chose, ce qui aurait pu nous permettre de le traduire dans les deux sens, ici.

– La structure de parallélisme « en théorie//en pratique » peut être traduite par ses dérivés, afin de se démarquer davantage dans le style de la version : « en théorie//dans la pratique », « naturellement//dans les faits », « instinctivement//en fait »… Il ne faut pas hésiter à mélanger ces différentes formulations, dans la mesure où l’effet littéraire apporté conserve une structure au sens correct.

– Attention à ne pas confondre « to lay low » (= faire profil bas) et « to lay someone low » (=miner, déprimer).

– On a ici besoin d’étoffer « like », car simplement le traduire par « comme » ou « comme si » ne suffit pas pour lui donner du sens en français. Puisque l’on tombe dans le registre de la maladie, il convient alors d’utiliser le verbe « ronger », dans « comme rongée par… », afin d’introduire le groupe nominal qui suit.

– Il est aussi difficile de traduire convenablement « some mysterious Victorian wasting sickness », car cela demande, en plus d’une connaissance pointue des grammaires française et anglaise (« some = quelque) et du vocabulaire médical (« wasting sickness » = maladie dégénérative ou débilitante), une bonne approche de la culture sur le monde anglo-saxon (« Victorian » = adjectif qualifiant les années du règne de la reine Victoria en Angleterre, de 1837 à 1901, soit le « XIXe siècle »).
On fait donc ici le choix de rester plutôt vague grâce au terme « étrange ».

– La dernière phrase nécessite elle aussi une reformulation pour coller au mieux à ce qui se dit (ou s’écrit) naturellement en français, car on trouve difficilement un équivalent à « [five minute] is all I can take », autre que « [cinq minutes,] c’est tout ce que je peux supporter ». C’est pourquoi l’on a décidé de passer du sujet-objet « choice » au sujet-personne « je », ce qui fonctionne encore une fois mieux en français, grâce à « au bout de cinq minutes […], je n’en peux plus ».

– Enfin, on étoffe également « choice in any shop » en le traduisant par « [le] choix qu’offre n’importe quel magasin ».

– En somme, on aurait aussi pu traduire cette phrase par « cinq minutes passées à devoir faire des choix dans un magasin, c’est tout ce que je peux supporter », mais on a préféré modifier complètement la structure de la phrase pour être plus original que le voisin…

 

(3)

– « After that » devient « au-delà », car cela apporte un effet littéraire qui conserve et approfondit même le sens de la durée, sans conserver l’ambiguïté de « après », qui peut se référer à une relation d’étape à étape (au même titre qu’ « ensuite »), alors qu’ici il prend plutôt le sens de palier de durée qu’il ne faut pas dépasser (les cinq minutes).

– La formulation « j’ai les yeux… » permet de ramener le texte à la première personne du singulier pour ne conserver qu’un seul sujet « j’/je », tandis qu’une traduction plus littérale aurait exigé une répétition plutôt rébarbative et lourde des déterminants possessifs « mes/ma ». On conserve ainsi l’accumulation des symptômes sans qu’elle devienne indigeste pour le lecteur. Couper la structure grâce à l’ajout du verbe « je sens » permet également d’alléger la phrase.

– On choisit d’étoffer « and » en « et alors », pour ici signifier une relation d’étape à une autre étape.

– La forme « be + ing » de « gibbering » se traduit ici comme un complément circonstanciel de manière grâce à un participe présent, ainsi qu’en ajoutant un complément d’objet direct qui permet d’approcher au mieux un équivalent de « to gibber » : « en balbutiant des propos incohérents ».

– Le reste de la phrase ne concerne que des points de vocabulaire précis, dont le sens peut être deviné par exemple en décortiquant la structure.
Ainsi, pour « shamefully », le suffixe « –(l)y » indique la présence d’un adverbe, le suffixe « –ful » celle d’un adjectif, et la racine « shame » indique un sentiment de honte qui suscite la pitié ; ainsi, « shamefully » est l’adverbe qui se réfère à un sujet éhonté qui se sent minable et « piteux ».
Autre exemple : « to fill » signifie « remplir ». Donc « unfilled » prend le sens de « vide » grâce au préfixe négatif « un– » et au suffixe d’adjectif « –ed ».

 

(4)

– Le verbe « to happen » est difficile à traduire de manière littérale en français, et on préférera alors utiliser une structure passive grâce à « il se produit ».

– Puisque le superlatif « worse » induit une relation de comparaison, on peut se permettre de le traduire par « encore pire(s) » afin d’insister toujours plus sur la gravité de la situation qui va suivre (ce qui colle parfaitement avec le registre lexical de la phrase suivante).

– Pour traduire, « I fall under a terrible spell », il convient de remplacer le nom « spell » par le verbe « envoûter », qui sonne bien plus littéraire que « jeter un sort ».

– « Hundred », « thousand » et « million » sont invariables dans la formation d’un nombre (« three hundred », « two thousand », « several million »…), mais peuvent se trouver à la forme plurielle (ici, « hundreds of ») lorsqu’ils prennent le sens de « des centaines/milliers/millions de ».

– « To loom » = se profiler, menacer. « The grave » = la tombe. Il faut alors trouver une formulation qui permet d’exprimer l’idée d’une « tombe menaçante qui se profile », ce qui nous permet ici d’appliquer une expression idiomatique française « ma tombe se creuse ».

 

(5)

– On doit traduire ce « or » de début de phrase par « ou alors », car traduire simplement par « ou » ne serait pas grammaticalement correct.

– Retiens les mots « sleepwalker » (= somnambule) et « jaw » (= mâchoire), car ils sont assez communément utilisés. « Slack » prend le sens de « mou, relâché », ce qui justifie la traduction de « jaw slack » par « bouche bée », qui est on ne peut plus idiomatique en français. Si tu ne connaissais pas le sens de « slack » (ce qui est très probable et normal), il fallait à tout prix contextualiser l’utilisation du terme « jaw » pour deviner grâce à la situation (ici, un véritable désarroi pour Jill) qui nous est décrite.

– Traduire la forme be + ing (« picking », « putting down ») trop souvent par des participes présents est très lourd et donc dangereux (tu peux appliquer ce même conseil en épreuve de contraction de texte aussi, car on a souvent tendance à les utiliser à tort et à travers pour gagner de la marge sur le quota de mots…). Lorsque la syntaxe le permet, on fera alors tout notre possible pour les traduire par des verbes au mode indicatif (« je prends », « [je] repose »).

– Quant à « my mind a vast blank », on utilise la méthode de la transposition, c’est-à-dire que le groupe nominal « a vast blank », composé de l’adjectif « vast » et du nom « blank », devient dans la traduction « complètement vide », composé de l’adjectif « vide » et de l’adverbe « complètement ». Imagine un peu si l’on avait traduit de manière littérale (« ma tête un vaste vide »), ce n’est clairement pas élégant…

– Prends toujours le temps, lorsque tu traduis un mot que tu reconnais (ici, le mot transparent « talented »), de chercher dans ton propre registre si tu ne connaîtrais pas un synonyme qui te démarquerait des autres candidats et rendrait en plus de cela ton expression plus naturelle. Par exemple, ici, « more talented » peut devenir « plus aguerris/à l’aise/expérimentés/avisés/doués ».

 

(6)

– Il est toujours assez complexe de traduire un registre imagé, car on doit deviner le sens implicite, le retranscrire sans contresens ou faux sens, et de préférence en conservant l’impression de métaphore de la langue d’origine. La phrase qui suit utilise la métaphore de la balance (« weights » = poids, « scales » = balance, « to tip » = faire pencher une balance).

– Il faut également retranscrire, dans la phrase qui suit, l’hésitation et l’aspect binaire des décisions que Jill se plaint de devoir prendre. « Why … and not … » devient « pourquoi … plutôt que… »

– Le reste des difficultés qui peuvent être rencontrées se trouve dans le vocabulaire spécifique qu’il faut deviner ou bien avoir appris auparavant.

 

(7)

– On a décidé de traduire « in my deep countryside » par « au fin fond de ma campagne » afin de ne pas perdre le sens possessif du « my », tout en utilisant une expression purement française.

– Le choix de combiner les deux premières phrases se justifie par le fait qu’une phrase sans verbe est acceptée en anglais, mais peu agréable en français (sur le plan syntaxique). Le « no » à caractère d’absence permet une transposition grâce à l’adjectif « privée de » qui se rapporte à « [la] campagne », et le « or » peut alors être traduit de manière littéraire par « excepté » ou bien « hormis » (attention, contrairement à « parmi » ou « malgré », « hormis » se termine toujours par un « s »). Enfin, ce qui caractérise les boutiques est qu’elles sont « few » (= peu nombreuses, rares), « small » (= petites) et « far » (= loin, donc éparpillées).

– L’utilisation du conditionnel « would » dans la forme contractée « You’d think I’d have… » indique une idée reçue de la part du lecteur que la narratrice réfute. On utilise, nous, soit la forme adverbiale « logiquement, j’aurais dû… », pour montrer le caractère en fait illogique bien que conscient de la réaction de la narratrice, soit la forme plus littérale « on aurait pu penser que je me serais… ».

– « To wallow » = se complaire, se vautrer, se laisser aller (par plaisir).

 

(8)

– On étoffe davantage « not at all » pour lui donner une valeur plus expressive : « eh bien pas du tout ! ». Cela donne de la vie et du corps au texte, et souligne le caractère surprenant de la situation.

– Pour la suite de la phrase, comme à notre habitude, nous passons de la voix passive « the habit (…) was » (très usitée en anglais) à la voix active « j’avais […] l’habitude » (préférée en français). On ajoute « bien trop » pour insister sur le caractère d’empreinte laissée par l’habitude qui est contenue dans le verbe « ingrained » (littéralement, « enraciné »).

– « As opposed to » = à défaut de.

– « Begin to » = commencer à, se mettre à (plus littéraire).

– On transpose et on étoffe « spend hours driving  to… » pour le traduire en « passer des heures au volant afin de gagner… » (le verbe « driving » devient le complément circonstanciel de manière « au volant » et « to » devient le complément circonstanciel de but « afin de gagner… » ).

– « Too much » et  « too little » se traduisent littéralement par les adverbes quantitatifs « trop » et « pas assez », et s’utilisent avec le verbe « avoir ». Ici, on décide de plutôt utiliser des adjectifs avec le verbe « être », car la structure est alors allégée : « (le choix était) trop grand/réduit ».

– Enfin, il est préférable de traduire les verbes répétés « could not » de manière plus diversifiée en français, grâce à « j’étais incapable de », « je me trouvais […] démunie ».
De plus, pour éviter trop de répétition du pronom « je », on utilise cette fois-ci au contraire la voix passive (« le choix était trop grand/réduit ») plutôt que la voix active (« I had too much/little (choice) »).

 

Espérons que ces détails t’ont éclairé sur les choix qui ont pu être faits lors de la traduction, et que tu aies pu trouver des idées originales pour améliorer d’autant plus la proposition de traduction ici présentée !

Louise Pondevie

Etudiante à l'EDHEC, à l'issue de deux années de prépa ECS au Lycée Berthollet (Annecy)