Le Guatemala – Une économie libérale confrontée à de nombreux défis Le Guatemala – Une économie libérale confrontée à de nombreux défis
Le Guatemala, quatrième plus grand pays d’Amérique centrale, fait partie des pays les plus inégalitaires du monde. Le défi sera donc de taille pour... Le Guatemala – Une économie libérale confrontée à de nombreux défis

Le Guatemala, quatrième plus grand pays d’Amérique centrale, fait partie des pays les plus inégalitaires du monde. Le défi sera donc de taille pour Alejandro Giammattei, le nouveau président guatémaltèque, qui prendra ses fonctions dans quelques mois. À cette occasion, Major-Prépa vous propose de revenir sur la situation de ce pays.

 

I – Un pays marqué par 30 années de guerre civile

En 1951, Jacobo Arbenz Guzman est élu sur un programme réformateur et promet de rendre le Guatemala économiquement indépendant des États-Unis. Tout en poursuivant les mesures de son prédécesseur, celui-ci décide d’initier en 1952 une réforme agraire (Decreto 900) en vue de répartir plus équitablement les terres guatémaltèques. Selon les estimations, à cette époque, 76 % des habitants possédaient moins de 10 % des terres, d’où la nécessité, selon lui, de mieux les redistribuer.

Ces réformes ont été très mal acceptées par les grands propriétaires terriens qui voyaient d’un mauvais œil que l’État s’approprie leurs terres, et ce, malgré la compensation financière qui leur était versée. Ça a été notamment le cas de l’entreprise américaine, United Fruit, qui a décidé alors de faire pression sur l’administration Eisenhower pour que celle-ci intervienne.

En accord avec le gouvernement américain, le chef de la CIA de l’époque – qui était au passage actionnaire dans l’entreprise bananière – s’est occupé alors de préparer l’opération PBSUCCESS. L’objectif était simple : former des rebelles pour destituer le président socialiste. En 1954, l’opération est un succès et permet l’instauration d’un nouveau gouvernement autoritaire, bien plus enclin à défendre les intérêts américains. C’est cette procédure antidémocratique qui motivera en 1960 divers officiers (influencés par la révolution cubaine) à tenter un coup d’État.

L’échec de ce coup d’État plongera le Guatemala dans une guerre civile qui durera plus de trente ans. D’un côté, l’URNG (Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque) regroupant diverses guérillas de gauche et militant pour prendre le pouvoir, et de l’autre, le gouvernement autoritaire guatémaltèque. Au total, ce conflit aura fait plus de 100 000 morts et ne se terminera qu’en 1996 grâce à l’action conjointe de différents acteurs à l’instar de Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix en 1992.

Malgré la résolution du conflit, le Guatemala reste tout de même un pays largement instable en raison notamment de la forte corruption ainsi que du terrorisme. Selon l’organisation des droits humains, Global Witness, il s’agit de l’un des pays les plus dangereux au monde.

 

II – Une économie libérale confrontée à de nombreux défis

Depuis la fin du conflit, le Guatemala mène une politique libérale visant à attirer les investisseurs étrangers. Pour ce faire, les différents gouvernements qui se sont succédé se sont appuyés, entre autres, sur un très faible taux d’imposition (le plus faible d’Amérique latine). Toutefois, ces mesures peinent à convaincre lorsque l’on sait que le taux de pauvreté est estimé à 60 % et qu’il s’agit du seul pays d’Amérique latine n’ayant pas réussi à réduire la pauvreté entre 2000 et 2015. Force est de constater que le Guatemala fait face à des défis qu’il conviendra de résoudre pour espérer que le pays puisse prospérer.

Le premier d’entre eux, comme je l’évoquais précédemment, est la forte insécurité. Le terrorisme, qui sévissait déjà dans la région avec l’existence des gangs (maras), s’est fortement développé à la fin de la guerre. En effet, d’anciens militaires se sont organisés en bandes criminelles pour éviter la mise en place d’un système judiciaire qui les inculperait des crimes commis durant la guerre civile. Pour lutter contre ces inactions, le gouvernement a décidé en 2006 de faire appel aux Nations unies qui ont mis sur pied une Commission internationale chargée de lutter contre l’impunité au Guatemala : le CICIG. Son objectif : réduire le taux d’impunité en conseillant les institutions publiques en vue de lutter contre l’insécurité et la corruption.

En plus du terrorisme, le Guatemala est, depuis la fin de la guerre civile, confronté à de nombreux scandales de corruption. Le cas le plus célèbre est très certainement celui de La Línea (importante fraude douanière), révélé par le CICIG et menant à la démission en 2015 du président Otto Perez impliqué dans cette affaire. Ces nombreux scandales ont créé une forte défiance vis-à-vis du pouvoir politique en place poussant à l’élection, en 2016, d’un novice en politique : Jimmy Morales. Membre du FCN (Frente de Convergencia Nacional), il se fait élire sur un programme conservateur en promettant de lutter contre la corruption.

La réalité est pourtant tout autre puisque très vite il est accusé par le CICIG d’avoir financé de manière illicite sa campagne. Face à ces accusations, le président prend la décision très controversée d’expulser la Commission internationale en septembre 2019. Cette mesure, pour le moins contestable, a contribué à le décrédibiliser vis-à-vis des classes populaires pour qui cette Commission était tout un symbole. Elle disposait de 70 % d’opinions favorables parmi la population.

C’est toutefois la signature d’un pacte sur l’immigration avec Washington qui lui causera le plus de tort. Cet accord, signé avec l’administration Trump, accorde au Guatemala le statut de « pays tiers sûr ». Autrement dit, le pays acceptera désormais d’accueillir sur le sol guatémaltèque les demandeurs d’asile présents sur le territoire américain. Pour beaucoup, cet accord n’a que peu de sens, c’est du moins ce que pense le directeur du refuge pour migrants la Casa del Migrante qui a déclaré : « C’est irresponsable, alors que le pays n’est déjà pas capable de garantir des conditions de vie dignes à ses propres citoyens ».  

Cette actualité a été très présente lors de la campagne présidentielle de juillet-août 2019 à l’issue de laquelle le candidat conservateur Alejandro Giammattei a été déclaré vainqueur. Cet homme de 63 ans, qui prendra ses fonctions en janvier 2020, a promis de renégocier cet accord en plus de lutter contre la délinquance et les trafiquants de drogue « [à coup] de testostérone ». Ce qui est certain, c’est qu’il reste beaucoup à faire dans un pays où deux autochtones sur dix reçoivent plus que le salaire minimum, alors que dans la population non autochtone, ce ratio atteint sept personnes sur dix.

 

III – Une précarité sociale

Comme je l’évoquais quelques lignes auparavant, le Guatemala fait partie des pays les plus pauvres et inégalitaires du monde. Au total, on dénombre que près de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ; ce pourcentage augmentant drastiquement lorsqu’il s’agit des populations autochtones, témoignant ainsi de fortes inégalités. La législation, elle, interdit tout mariage homosexuel et ce n’est pas l’élection d’Alejandro Giammattei qui risque de changer les choses. Il s’est en effet prononcé contre le mariage homosexuel et l’IVG et est favorable à la peine de mort pour lutter contre les gangs.

Concernant le droit des femmes, le pays semble être dans un état très préoccupant : avorter est considéré comme un crime et le taux de féminicide est particulièrement élevé. Selon un rapport publié en 2019, le Guatemala fait partie des 10 pays les plus dangereux pour les femmes et arrive en première position des pays d’Amérique latine. Plus de 2 femmes seraient ainsi tuées chaque jour…

 

IV – Conclusion

Pour conclure, le conflit armé guatémaltèque, même terminé, impacte encore énormément l’économie du pays. Différents défis (lutte contre le terrorisme, la corruption et la précarité) devront encore être surmontés pour permettre au Guatemala de prospérer. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Alejandro Giammattei aura encore beaucoup à faire pour tenter de redresser le pays.

DATES DESCRIPTION DE L'ÉVÉNEMENT
1951Élection de Jacobo Arbenz Guzman
1952Réforme agraire : J. Arbenz Guzman s’attaque à la compagnie United Fruit
1954Coup d’État soutenu par les Américains, instauration d’un régime autoritaire
1960Tentative de coup d’État révolutionnaire ; début de la guerre civile
1992Prix Nobel de la paix pour Rigoberta Menchu
1996Fin du conflit suite à la signature d’un accord de paix
2006Création de la CICIG (Commission internationale)
2016Élection de Jimmy Morales
Juillet 2019Ratification du pacte sur l'immigration entre Washington et le Guatemala
Septembre 2019Expulsion de la Commission internationale par Jimmy Morales
Janvier 2020Prise de fonction d’Alejandro Giammattei

 

Yanis Bekhti

Après deux années de classes préparatoires au Lycée Gustave Flaubert (Rouen), je décide de privilégier un cursus universitaire et valide ma licence d'economie. Désormais étudiant à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine (IHEAL), je tente de vous partager ma passion pour le continent sud-américain.