Une journée d’entretiens dans la peau d’un jury Une journée d’entretiens dans la peau d’un jury
Pour un candidat qui s’apprête à passer ses entretiens de motivation, il est utile de connaître la journée classique que vivent les personnes qu’il... Une journée d’entretiens dans la peau d’un jury

Pour un candidat qui s’apprête à passer ses entretiens de motivation, il est utile de connaître la journée classique que vivent les personnes qu’il aura face à lui lors d’une demi-heure décisive.

Qu’est ce qu’attendent les jurys de cette journée ? Pourquoi se sont-ils portés candidats pour être jury d’écoles ? Quel est leur état d’esprit au fur et à mesure que les candidats défilent ?

Laissez-nous vous raconter une journée dans la peau d’un jury d’école de commerce.

 

Tout d’abord, quelles sont les motivations pour un membre de jury de consacrer sa journée à voir défiler des candidats qu’il devra ensuite sélectionner ?

Comme vous le savez, les membres qui composent un jury ont des provenances différentes : une à deux personnes ne travaillent pas directement pour l’école, et une personne (souvent le président du jury) est un(e) salarié(e) de l’école (enseignant, responsable des admissions, directeurs des partenariats, voire même directeur général).

Il est donc évident que les raisons de la présence différent selon le profil du membre de jury. La personne de l’école, tenue de faire passer un certain nombre d’entretiens, regarde le candidat comme un futur étudiant de l’école. Elle se posera sans cesse la question de savoir si elle aimerait l’avoir en cours, le croiser régulièrement dans l’école, s’il sera non seulement un bon élève, mais un bon ancien élève de l’école …

Quant aux membres de jurys « professionnels », le contexte est autre. Ils viennent bénévolement passer une journée au sein de l’école pour recruter les futurs étudiants de celle-ci. Si des motivations annexes peuvent intervenir, telles que vouloir rendre ce que l’école leur a donné, vouloir vérifier l’adéquation des potentiels étudiants de l’école avec les valeurs de celle-ci (tout ça pour les diplômés de l’école) ou bien enrichir leur réseau, il ne faut pas se tromper : la principale motivation des membres de jurys tient à rencontrer les acteurs de la prochaine génération qui arriveront en (et dans  leur) entreprise. Il s’agit donc de cerner les motivations, les projets, les doutes, les rêves, les exigences de ceux qui deviendront potentiellement les futurs stagiaires de leur entreprise, puis leurs futurs collègues de travail. Ce point n’est pas anodin, ces « professionnels » se demanderont toujours (consciemment ou non) s’ils aimeraient travailler avec cette personne.

 

De ceci, le candidat qui lira ces lignes doit en tirer une conclusion : un jury, quel qu’il soit, veut d’abord découvrir le candidat. La pire des choses pour un jury sera d’avoir en face de lui un candidat qui ne veut pas se révéler. N’oubliez jamais : un membre de jury est là parce qu’il l’a voulu, et qu’il souhaite vous rencontrer, vous découvrir. Si le candidat refuse la main tendue, ses chances d’entrer en école s’envolent.

 

Maintenant que nous avons expliqué les raisons qui poussent les membres de jurys à faire passer ces entretiens, il est intéressant de décrire une journée type pour un membre de jury.

 

La journée type d’un membre de jury

Sachez tout d’abord que dans la plupart des écoles, les jurys sont formés pour une demi-journée. Ainsi, un membre de jury qui passera une journée entière dans une école travaillera avec des co-jurys différents le matin et l’après-midi.

Les membres de jurys sont convoqués le matin autour d’un petit-déjeuner d’accueil pour assister au briefing général d’un membre de l’école hôte. Les consignes données varient selon les écoles mais les lignes directrices restent sensiblement les mêmes : bienveillance face à l’étudiant, volonté de connaître la personne et non de la déstabiliser, nécessité de « creuser » tout de même les profondeurs des discours, de tester l’honnêteté, la cohérence des motivations, la connaissance de l’école et l’ouverture intellectuelle du candidat.

Puis, les jurys sont conduits dans leur salle où peut commencer la journée d’entretien. Le nombre d’entretiens dans une journée ou une demi-journée varie beaucoup en fonction des écoles et de la date choisie. A SKEMA BS, les jurys voient jusqu’à 6 personnes sur une demi-journée (12 en une journée !). Cette variable peut extrapoler un phénomène sur lequel un candidat doit être attentif : il existe des périodes dans une journée où le jury peut – fort logiquement – avoir une attention plus faible, et où le candidat aura donc à encore plus « aller chercher » l’intérêt du jury et donc la note qui le fera intégrer. Même si cela peut évidemment varier en fonction des jurys, un candidat passant juste après le déjeuner ou à la fin de la journée doit se mettre en tête que le jury a lui aussi le droit d’être fatigué et de moins « rebondir » sur ce que dit le candidat, de moins « prendre ses perches »… A lui donc d’être encore plus clair, précis, « offensif » et d’attirer l’attention du jury par la fraicheur et l’envie d’intégrer qu’il dégagera.

 

Avant chaque entretien, le jury prend connaissance du document remplis par le candidat en amont : questionnaire pour la plupart des écoles, CV projectif pour SKEMA, vidéo pour ICN… Les quelques minutes que prend le jury pour connaître les grandes lignes de votre profil sont essentielles et permettront au jury d’anticiper certaines questions qu’il pourra vous poser durant l’entretien. Le candidat sérieux comprend donc l’importance de ce questionnaire, qui constitue finalement le premier contact entre lui et le jury. Il existe des jurys qui éliminent un candidat d’office si le document donné au jury est indigne d’un candidat sérieusement préparé (fautes d’orthographe, phrases incomplètes…). A l’inverse, un bon questionnaire/CV projectif permet au candidat de tendre ses premières perches au jury.

Enfin, à la fin de la matinée ou de l’après-midi se déroule le rituel du jury : la notation des candidats. Le lecteur doit savoir que les écoles ont des pratiques toutes différentes : le jury ne met pas de notes à l’EDHEC mais classe des critères au-dessus ou en-dessous des attentes, le jury met une note après chaque entretien à SKEMA ou Grenoble EM et peut harmoniser celles-ci en fin de matinée / après-midi…

 

Par ailleurs, le candidat doit avoir un dernier élément en tête : tous les jurys sont différents, et il est hasardeux de juger la qualité d’un entretien sur l’attitude du jury. Un jury, fatigué, peut ne pas avoir envie de chercher un candidat incohérent et se contentera de questions basiques tout en actant le fait que celui-ci n’est pas prêt à intégrer son école. A l’inverse, un jury qui va pousser le candidat dans ses retranchements et lui proposera des questions délicates, peut tout à fait (et c’est très souvent le cas) être en train de voir si le candidat aura 17, 18, 19 ou 20/20. D’ailleurs, un jury n’est jamais sadique et ne posera que très rarement des questions délicates à un candidat moyen qui pour sûr sera en difficulté.

Une seule constante peut être évoquée : aucun jury ne vient pour passer une mauvaise journée. Or, voir plusieurs candidats à la suite qui, dû au stress, laissent leur sourire à l’entrée de la salle, ne constitue pas l’attente d’un jury. Tout membre de jury aura envie de voir en face de lui – et valorisera donc – un candidat avec ses qualités et ses défauts, mais dont le sourire, preuve de la joie de défendre sa chance dans cette école, lui permet prendre plaisir à échanger avec lui. Pour cela, il faut évidemment être à l’aise avec son discours et avec qui nous sommes. Cela s’apprend et se perfectionne, tant sur la forme que sur le fond !

 

 

A la fin de la journée, le jury quitte l’école et mesure sa satisfaction à la fraicheur et à la motivation des candidats reçus. A travers eux, c’est aussi la volonté d’être enthousiasmé sur les prochaines générations qui animeront les entreprises (et la sienne) qu’il a voulu constater, le temps d’une journée. A vous de jouer donc : « Soyez la fraîcheur que vous voulez voir dans le monde ».

 

Par Robin Morth

 

Mehdi Cornilliet Fondateur

Ancien étudiant à HEC Paris après une prépa ECS au Lycée La Bruyère (Versailles) et fondateur de Major-Prépa.