L’entretien : une épreuve indomptable ? L’entretien : une épreuve indomptable ?
Le saviez-vous ? L’entretien représente en moyenne 59,97% de la notation totale des oraux. Une épreuve à ne pas rater donc 😉   Hormis HEC... L’entretien : une épreuve indomptable ?

Le saviez-vous ? L’entretien représente en moyenne 59,97% de la notation totale des oraux. Une épreuve à ne pas rater donc 😉

 

Hormis HEC qui s’offre le luxe de ne pas avoir d’entretien, toutes les écoles ont un entretien plus ou moins sélectif pour les admissibles. Le haut coefficient de cette épreuve est choisi par les écoles pour s’assurer que les futurs admis correspondront aux « valeurs de l’école » et à ce qu’elle offre. Ceci en fait une épreuve redoutée auréolée de toute une mystique nourrie de diverses anecdotes et rumeurs propres aux écoles.

Heureusement pour vous, il existe quelques astuces de préparation qui vous permettront de vous présenter à l’entretien confiant et avec un projet à défendre. On ne vous garantit pas un 19, mais une meilleure approche de cet oral si redouté ;).

 

Que cherche le jury ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le jury n’est pas votre adversaire mais une sorte de partenaire avec lequel vous devez essayer d’instaurer un échange, dans le temps imparti, qui en dira long sur la cohérence de votre ambition, votre personnalité et votre motivation. Les entretiens durent en moyenne 25 minutes, ce qui est bien court pour vous évaluer de façon juste, au contraire de ce que peuvent affirmer les écoles. L’idée est donc de briller en un temps record.

N’oubliez pas que les jurys sont BENEVOLES et veulent avant tout passer un bon moment (si si, même à l’ESSEC) ce qui fait que vous ne marquerez pas de point en arrivant en mode poker face, désinvolte, chill, en vous croyant déjà arrivé, ou tout simplement démotivé. Plus précisément, le président du jury sera celui qui cherchera le plus à vous imaginer dans l’école.

En plus de votre profil adapté à celui de l’école, le jury évaluera les qualités réputées nécessaires au futur manager que vous serez : confiance, assurance, écoute, capacité à échanger, répartie, posture, etc …

 

Est-ce uniquement du bullshit ?

Non, car certaines écoles accordent, selon leur dire, une véritable importance à ce profil recherché, qu’il soit unique à l’école ou non. emlyon cherche un profil de candidat ouvert d’esprit, audacieux, novateur, et constructeur de projet de A à Z (donc pas entrepreneur à tout prix). Et les jurés de cette école n’hésitent pas à descendre très bas dans les notes pour s’assurer de recaler le candidat s’il ne correspondrait pas au profil recherché, ou si « l’école n’a rien à lui proposer au vue de son projet ».

Et oui, car qui peut prétendre évaluer un candidat à sa juste valeur en uniquement 25 minutes ? Comment déceler avec certitude le profil recherché dans ce petit laps de temps ? Les Parisiennes ne valorisent pas de profil en particulier et vous examineront plutôt sur votre attitude et votre projection dans l’école, avec évidemment des variantes selon les écoles. D’autres écoles moins bien classées et soucieuses de se différencier établissent au contraire un profil type qui discriminera les candidats. Vous avez un temps limité pour briller.

 

Assurer les bases de l’entretien : écoute, curiosité, assurance, répartie

L’écoute est une qualité louable et, même si elle n’est pas LE critère majeur de notation, vous rapportera des points si vous savez faire mouche au bon moment. Au début de l’entretien par exemple, les jurés se présentent brièvement et lâchent quelques informations sur leur vie : retenez ces précisions et n’hésitez pas à les relancer à la fin de l’entretien tout en les flattant. « Vous avez précisé au tout début que vous étiez chasseur de tête : vous avez déjà été chassé ? ». Écoutez surtout lorsqu’un juré parle et ne soyez pas trop pressé de répondre à une question, avant d’avoir entendu sa fin et d’en saisir le sens. Et si vous tombez sur quelqu’un qui a le même centre d’intérêt que vous, c’est jackpot, n’hésitez pas à mettre l’accent sur lui, ce que les autres membres comprendront parfaitement et ne vous en tiendront pas rigueur. Parole de Major-Prepa.

La curiosité ici n’est pas un vilain défaut, car les membres du jury adorent parler de leur parcours et seront flattés de vous voir poser des questions sur ce qu’ils ont réalisé. L’entretien est un échange et pas un monologue du candidat qui chercherait à déballer toute sa vie dans le temps imparti, donc montrez un intérêt pour leur parcours sans trop en faire. Pour info, le jury est généralement composé de la manière suivante: un président de jury membre de l’école, un professionnel, et un étudiant en fin de cursus ou diplômé.

L’assurance n’est pas le fait d’être imbuvable ou d’avoir pris le boulard, mais de montrer que vous savez pourquoi vous êtes là, et que vous savez parler de votre projet seul devant le jury. Vous pouvez et devez démontrer que vous savez où vous aller et pourquoi, même si le jury joueur s’applique à vous prouver que ce n’est pas le meilleur des choix. À l’entretien de l’ESSEC, le jury s’est appliqué à démonter point par point tout ce que j’annonçais pour justifier mon envie de travailler en start-up: « Il n’y a pas d’argent », « Rares sont celles qui décollent », « Le travail ne paie pas toujours », « Elles ne créent pas de jobs », ce à quoi je répliquais en parlant de mes diverses expériences, mon goût de l’effort acquis en prépa et qui me sera utile en start-up, et de diverses données encourageantes sur ces jeunes entreprises d’aujourd’hui.

La répartie n’est pas d’une importance majeure mais est un gage de votre sérieux et de votre capacité à vous extraire de situations difficiles dans lesquelles vous auront éventuellement mis les jurés. Et ça plaira au jury de l’entretien qui gardera votre humour fin en tête après qu’il vous ait posé une question des plus inattendues. Si l’on vous demande la (très improbable) question « Quelle profondeur fait la Seine ? », ne répondez pas « Je ne sais pas » mais « Sous quel pont monsieur ? ». « Comment aimez-vous faire la fête ? – En soirée, je suis plutôt Boney M que DMX ». « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient – Eh bien, si c’est votre façon de faire, soit. ». Voilà voilà.

 

S’y préparer

L’objectif de l’entretien sera de donner une cohérence à votre entretien et de prouver –même si c’est faux- que vos différentes expériences et votre projet sont compatibles avec les programmes et opportunités de l’école. Bien sûr, vous pouvez et devez adopter un minimum votre discours à l’école, même si vous ne la voulez pas.

Dressez la liste de vos diverses expériences et pour chacune, réfléchissez à comment elle vous a dessiné et aidé dans votre projet. Si vous vous êtes pleinement engagé dans une association au lycée ou en prépa, avec des responsabilités, expliquez par exemple comment cela vous a convaincu de vous orienter vers un travail où projets, responsabilité, initiatives et indépendance seront votre quotidien.

Entrainez-vous à présenter le tout dans un ensemble cohérent qui présente dans cet ordre : Le contexte de votre expérience (date, nom, durée,…) – Ce que vous avez fait – Comment cette expérience vous a changé – Quelles conséquences sur votre projet. Et le tout en 1 minute  max pour ne pas donner l’impression d’un monologue. Trois ou quatre expériences feront l’affaire pour donner à votre entretien de la consistance et vous donner le temps de développer avec le jury.

« En Terminale, j’ai pu être responsable de l’association lycéenne de mon école et la faire revivre grâce à de nombreux projets, notamment l’organisation d’évènements pour tous les lycéens. J’ai réellement apprécié m’impliquer dans cette équipe, apprendre à composer avec ses avantages et défauts, organiser des évènements avec toutes les conditions qu’ils impliquaient, et de ce fait, toucher à tout. Voilà une des raisons pour lesquelles je souhaite être indépendant plus tard et avoir un travail qui me permettra de travailler avec une équipe et prendre de nombreuses initiatives ». Et BIM, lien avec l’école.

Il est parfaitement inutile de connaître parfaitement tous les programmes de l’école mais connaissez la filière qui vous intéresse dans les grandes lignes. Et préparez une argumentation en lien avec vos expériences pour montrer comment vous vous projetez dans cette école. Prévoyez aussi une brève argumentation sur les assos, autres campus, et opportunités internationales. L’important est que tout soit cohérent avec votre projet, et l’entretien est l’opportunité de le montrer.

 

Questions pernicieuses et indécisions

« Et si je n’ai quasiment rien fait de ma life ? ». Pas de panique car, premièrement, le jury ne vous évalue pas sur le nombre de vos expériences mais sur comment elles vous ont changé et déterminé à rejoindre cette école. C’est donc l’occasion de mettre l’accent sur le peu que vous avez fait. Vous avez vécu dans un bunker mais avez une passion pour la pêche fluviale ? Expliquez comment cet intérêt vous a enseigné la patience et a fait de vous quelqu’un de posé, calme, réfléchi (ce qui n’est pas forcément vrai). Deuxièmement, allons, vous avez bien du faire un sport ou devez avoir un parent dont l’expérience vous a motivé dans vos décisions ?

 

« Et si je n’ai pas de projet professionnel ? » Comme la plupart des étudiants de votre âge, donc pas de panique. Surtout, n’adaptez pas votre projet à l’orientation de l’école car cela risquerait très très très probablement de sonner faux, et vous écoperez d’une note qui ne vaudrait pas la peine d’en parler. Mais cette absence d’idée est la formidable occasion pour vous de découvrir de nouveaux secteurs de l’économie, de nouveaux jobs, et en conséquent, des filières correspondantes des écoles. Ici est la clé: vous n’avez pas de projet précis ? Soit, le jury ne vous en tiendra évidemment pas rigueur. Mais montrez que vous avez plusieurs pistes et que, comme le candidat sérieux que vous êtes, vous avez deviné comment ladite école pourrait être un tremplin vers ces secteurs.

 

« Citez-nous un de vos défauts. » Évitez les défauts ennuyants qui n’apporteraient pas de valeur ajoutée à l’entretien, comme « Je suis perfectionniste ». Au contraire, citez-en un en lien avec votre expérience ou votre projet pour donner à cet échange de la cohérence et de la consistance. « Je déteste que l’on me dise que ce dans quoi je m’engage n’est pas la bonne solution. C’est mon choix. »

 

« Dois-je mentir ? » À vos risques et périls. Si vous mentez, assurez-vous que vous êtes le seul à pouvoir vérifier la véracité de votre propos, sinon … Ne dites pas par exemple que vous avez gagné une grande compétition régionale de tennis car le risque est trop gros.

 

« Jusqu’où êtes-vous admissible ? » Une question délicate avec derrière toute une kyrielle des rumeurs. Notre conseil est de dire la vérité quelque soit la situation, puis d’affirmer ensuite que l’école où vous êtes faisait ou fait partie de vos préférées, ce qui explique votre présence, et que les admissibilités ont été une agréable surprise (ou non).

 

The D Day

N’hésitez pas à faire référence à vos réponses précédentes pour assurer encore une fois d’exposer votre projet de façon cohérente, ce qu’appréciera le jury. Vous éviterez de même de scinder votre entretien en différentes parties sans lien aucun entre elles selon les thèmes que vous aborderez.

Ne vous laissez pas berner par les apparences. Le jury ne vous connaît pas (en vrai, ils ne savent vraiment rien de vous si ce n’est nom, prénom, et date de naissance, exit donc les rumeurs sur la notation en fonction des notes aux écrits) et n’a pas de dent contre vous. S’il est froid en apparence ou agressif, c’est pour voir comment vous réagissez et savez vous défendre, rien de plus.

En conséquence, restez calme car vous êtes bien à un entretien et pas dans une discussion de tous les jours. Au contraire, si l’entretien est plaisant et qu’il vire à une simple discussion entre bonnes connaissances, méfiez-vous et restez dans la dimension « entretien ». Pour faire simple, ne tombez pas dans la familiarité, surtout avec l’étudiant du jury.

Montrez que vous en voulez et que vous êtes content d’être là, ou du moins faites semblant, car le jury est très sensible à cette attitude et reconnaît aisément un élève blasé.

L’attitude et votre façon de vous tenir auront un impact important sur la notation et vous reflètent vous, votre profil, votre confiance. Auriez-vous envie d’échanger avec un étudiant qui reste adossé au dos de sa chaise, jambes et bras croisés, à parler d’une voix molle à peine audible, et qui ne prend même pas la peine de vous regarder dans les yeux ? Au contraire, penchez-vous légèrement en avant, le dos droit, en regardant TOUS les jurés, d’une voix claire et distincte, en jouant des mains pour donner du sens à ce que vous dites.

 

Conseils de dernière minute

– Attendez l’accord d’un juré avant de vous asseoir.

– S’ils ne vous invitent pas à vous serrer la main au début ou si la configuration de la salle ne s’y prête pas, ne faites pas le forcing et attendez un signe.

– S’il l’on vous tend la main, avancez-vous et faites de même, en regardant dans les yeux et d’une poignée ferme, et marquez un temps dans cette position avant de passer au prochain jury. Il ne dédaigne pas vous regarder ou vous dire « bonjour », c’est du bluff.

– Soyez simple dans vos premiers échanges et évitez les « Bien le bonjour », « Bonjour à vous » gênants.

– Avant de rentrer dans la salle, vérifiez bien votre tenue et votre apparence, comme les nœuds de cravate qui se desserrent, ou les mains moites.

– Faites fi de toute pensée négative et pénalisante, comme votre dernier oral ou vos notes à l’écrit, car vous avez sincèrement toutes vos chances à l’entretien.

– En sortant, continuez à vous battre jusqu’au bout. Vous ne savez pas ce que le jury réserve, et inversement, ne vous reposez pas sur vos acquis si l’entretien s’est a priori bien passé.

– Prenez du plaisir.

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris Ancien préparationnaire au Lycée Saint-Vincent de la Providence à Rennes.