Le triptyque: débat bullshit ou combat de coqs ? Le triptyque: débat bullshit ou combat de coqs ?
Aucune de ces deux réponses en réalité. Anciennement surnommé « Face-à-face », l’épreuve a été renommée triptyque pour rappeler aux candidats qu’elle est avant tout un... Le triptyque: débat bullshit ou combat de coqs ?

Aucune de ces deux réponses en réalité. Anciennement surnommé « Face-à-face », l’épreuve a été renommée triptyque pour rappeler aux candidats qu’elle est avant tout un débat structuré et un échange d’analyses pertinentes. L’épreuve est bien plus donc qu’une joute oratoire aussi acharnée qu’un débat de second tour de présidentielles.

Le triptyque est coefficienté 6 sur 36 pour toutes les filières et son originalité réside dans le fait que vous êtes évalué sur votre prestation devant d’autres étudiants directement, et ce sur trois rôles consécutifs, que sont répondant, convaincant, et observateur (pas obligatoirement dans cet ordre). La moyenne se situe aux alentours de 11,5 chaque année et la notation, à l’inverse des autres épreuves, dépendra en très grande partie de votre prestation : l’impact des prestations des autres candidats est moins important.

Il est vivement conseillé de faire au moins un ou deux triptyques blancs avec votre prépa ou d’autres organismes privés pour saisir les enjeux et avoir une petite idée du timing, que nous préciserons plus tard. Mais il est absolument inutile d’enchainer les préparations si vous ne savez pas comment agir le jour J ou si vous avez une mauvaise idée des exigences de l’épreuve.

 

 

 

Format inédit pour épreuve redoutée

Le format du triptyque est le suivant : pendant 15 minutes, le convaincant prépare un exposé de 4 minutes sur un sujet donné au hasard par le jury. Exposé qui sera suivi d’un échange de 5 minutes avec le répondant qui lui aura écouté en silence l’exposé et préparé ses réponses avec éventuellement des notes. À côté, deux observateurs assistent à l’exposé ainsi qu’au débat, et devront par la suite, chacun à leur tour, venir exposer leur point de vue et l’évaluation des deux débats auxquels ils auront assisté chacun. Vous rentrerez donc 5 fois dans la salle au cours de la demi-journée: répondant, convaincant, deux fois observateurs, et une fois pour venir faire le débrief final (sauf si vous êtes appelé à débriefer juste après la fin du second débat, dans ce cas, pas de chance mais rien n’est perdu). Les rôles tournent ce qui fait que vous ne tomberez pas sur les mêmes personnes, quelque soit votre rôle.

 

Le convaincant, ou comment avoir l’air plus intelligent qu’on en a l’air

Analysez et essorez le sujet à la manière d’un sujet de dissertation. Certains sujets peuvent être compris de différentes manières et cette diversité des opinions sera éventuellement source de débat plus tard. Mais vous ne pouvez omettre un thème sous-jacent au sujet ou taper à côté. Si vous avez « Faut-il supprimer le Tour de France ?», oublier d’aborder le sujet de la drogue minorera votre note. De même, un sujet comme « Est-ce un progrès si un cannibale utilise une fourchette ?» n’est pas un prétexte pour dresser une liste des divers ustensiles que le cannibale pourrait utiliser, mais vous incite à questionner le lien entre progrès, codes sociaux et la morale.

Respectez un timing rigoureux. L’exposé doit durer 4 minutes maximum, et vous serez stoppé par le jury si vous dépassez cette limite, après quoi votre note sera minorée. Il en sera de même si vous peinez à atteindre les deux minutes et que vous vous perdez en références loufoques, argumentation bancale et explications hasardeuses pour combler votre manque d’inspiration. Il est conseillé de suivre ce timing rigoureux, chronomètre en main : 30 secondes d’intro, 3 minutes de développement, 30 secondes de conclusion.

Un exposé bien structuré. L’introduction met en avant les enjeux du sujet et prouve au jury que vous avez compris ce que l’on attendait de vous. Le jury vous pénalisera si vous le perdez dans votre plan, donc soignez les transitions et annonces : « Mon second argument est déontologique :… Mon troisième ET dernier est moral… ». La conclusion est brève.

Des références appropriées et variées. Vous ferez mouche si les exemples que vous utilisez illustrent parfaitement vos arguments et sont variés. Le triptyque n’est pas une épreuve de CG ou d’HGG, donc n’hésitez pas à aller chercher ces exemples dans toutes les thématiques : actualité, proverbes, histoires, philosophie,… tant qu’ils sont liés à votre argument, tous les exemples sont bons à prendre.

Prenez position. Le triptyque est un débat et pas une dissertation orale qui voudrait que vous nuanciez chaque aspect à la manière d’un « Oui, non, un peu » ou « Thèse, antithèse, synthèse » des plus barbants, et qui risquerait de couper l’herbe sous le pied de votre répondant pour le débat à venir. Le jury de triptyque veut voir que vous savez argumenter votre point de vue puis le défendre face à une opinion différente ou revoir éventuellement votre position.

 

Le répondant, ou comment gentiment tacler du convaincant

Vous n’êtes pas l’ennemi du convaincant… Ce qui veut dire que vous ne devez pas prendre constamment le contre-pied de ce qu’affirme ce dernier. Soyez simple et défendez simplement votre avis avec vos arguments. De même, cherchez le débat plutôt qu’à tout prix vouloir démonter le point de vue de l’autre. Rappelez-vous que vous voulez prouver au jury que vous savez acceptez les idées des autres tout en sachant défendre votre opinion. Maturité et ouverture d’esprit en quelque sorte.

… mais vous n’êtes pas son ami non plus. Qui a dit qu’il n’était pas possible de déstabiliser son convaincant sans se montrer agressif ? Au contraire, perdez pendant quelques instants, et votre note s’en retrouvera directement valorisée. Après tout, vous n’avez que 5 minutes. Pour ce faire, lorsque vous écoutez, prêtez attention aux défauts du convaincant : a-t-il oublié un élément incontournable et sous-jacent au sujet (comme la drogue au Tour de France) ? Ses exemples sont-ils adaptés aux arguments ? A-t-il manquer de clarté lorsqu’il avançait dans son plan ? Dans ces cas, commencez de la façon suivante :

« Excuse-moi, il me semble que tu as omis cet élément qui me semble incontournable… »

« Désolé, mais j’ai du mal à comprendre comment (l’exemple) illustre (l’argument)… »

« J’avoue avoir été perdu à tel moment de ton plan » (dans ce cas, assurez-vous que c’est le cas pour les 4 autres personnes dans la pièce).

Assurance et ouverture d’esprit. Le triptyque évalue votre habileté à défendre votre opinion tout en recevant celle des autres. Si vous pensez que votre idée est la meilleure, défendez-la avec certitude (et sans montrer aucun signe d’énervement) mais reconnaissez quand il le faut que l’idée de l’autre a du bon.

Soyez stratège lors de votre prise de notes. Il est bien inutile de noter tout ce qu’il dit, mais contentez-vous de noter l’argument ainsi que l’exemple utilisé. C’est tout ce dont vous avez besoin pour contre-attaquer. À côté, notez vos potentielles pistes de débat et commencez au début par évoquer celle-ci la plus à même de faire mouche.

 

 

L’observateur, ou comment dire un max de choses en un minimum de temps

Votre plus grand ennemi : le temps. Vous observerez lors de ce triptyque deux exposés suivis chacun d’un débat, ce qui fait que vous assisterez exactement 18 minutes de prestation pour… 5 minutes seulement d’échange avec le jury. C’est bien trop peu pour évaluer de façon exhaustive les différentes prestations, mais il vous faudra faire avec. Si vous êtes appelé à échanger avec le jury directement après un débat auquel vous venez d’assister, vous n’aurez pas le temps d’organiser vos notes et vos pensées. Tout le travail se fait donc au moment des exposés et débats.

Prise de notes intelligente et efficace. L’heure est venue pour vous de devenir le Dieu de la synthèse, le maestro de la concision, l’Apollon de la contraction. En un laps de temps, vous allez devoir analyser entièrement l’argumentation et les exemples du convaincant, la structure et les ressorts du débat, tout en vous assurant une prise de notes efficace vous rendant capable de répondre à n’importe quelle question sur ces derniers. Lors de l’exposé et avec des mots clés, utilisez votre propre méthode de notation de façon à ce que le plan de l’argumentation soit compréhensible en un simple coup d’œil. Et inutile de changer de couleur, vous n’aurez pas le temps. Lors du débat, retranscrivez-le à la manière d’une discussion SMS d’iPhone (gauche droite gauche droite…) sur une feuille de brouillon A4 avec les mots clés pour retrouver quel exemple a illustré quel argument.

Soyez prêt à vous confronter au jury. Vous remarquerez probablement que les jurys de triptyque utilisent les mêmes questions et astuces pour interroger le répondant, vérifier son suivi et bousculer ses certitudes et affirmations. Tour d’horizons des astuces à travailler et des écueils à éviter :

« Quelles notes mettriez-vous aux deux ? ». Pas de chichi, pas de blabla, pas de « Si l’on se base sur une échelle qui aurait pour équivalent zéro blabla… », pas de début d’argumentation sur le pourquoi du comment (on ne vous demande pas « pourquoi » mais « quoi »), répondez simplement avec vos notes. N’hésitez pas à être discriminant : les jurés le seront et vous passerez autrement comme le candidat qui a peur de trancher, peur de s’affirmer. (et pour info, votre évaluation n’aura aucun impact sur la note finale des jurés !).

« Quel était le quatrième exemple de l’argument bis de la tierce sous-partie de la partie VI ? ». Rassurez-vous, aucun candidat n’aura le temps d’élaborer un plan aussi complexe, mais ce genre de question doit vous rester en tête lors de votre prise de notes.

« Qui a été le meilleur ? ». Rien de nouveau sous les tropiques ici, et comme la première, il vous faudra vous affirmer en étant sûr de vous, armé de vos arguments d’observateur talentueux. Les jurés aiment jouer et vous demanderont ensuite quels ont été les atouts et qualités du « moins bon » selon vous avant de vous demander « Pourquoi lui alors ? », ce qui vous pénalisera grandement si vous n’avez pas d’argument en faveur du « meilleur ».

« Si tel candidat devait être un animal, lequel serait-il ?». Prenez cette question originale comme une bonne nouvelle car cela signifie que le juré cherche de nouveaux moyens pour vous « taquiner ». Concentrez-vous évidemment sur la prestation et l’attitude du candidat lors de ces 9 minutes et évitez toute référence à un animal loufoque ou à son physique, même fortuite. Si un candidat par exemple a un léger embonpoint, ne sortez pas « éléphant » parce qu’il était neutre, ou « Balou » parce qu’il était tout gentil. Voilà voilà.

Affirmez-vous. Dit autrement, ne permettez pas au jury de triptyque de vous balader sans respect et de vous faire changer d’opinion comme de chemise. Vous laisserez une meilleure impression et éviterez de faire trainer les 5 minutes pourtant si courtes et si précieuses. Si le jury, après vous avoir demandé vos notes, parvient à vous faire croire que vous y êtes allé un peu fort au moment de la notation, préférez « Il est vrai que j’ai été un peu rude, mais j’assume ma note » plutôt que « Ah ouais z’avez raison, en fait je vais changer ». Ne cherchez pas à plaire mais à vous affirmer.

 

Trucs et astuces de dernière minute que t’as pas envie de découvrir après l’épreuve

– Tutoyez l’autre, tout simplement. Vous n’êtes pas dans un salon de thé.

– Le jury et les autres observateurs n’existent pas lorsque vous prenez la parole. Il n’y a que le répondant et le convaincant donc ne les regardez pas.

– La posture doit refléter confiance et politesse : dos droit, légèrement penché en avant, voix claire et distincte, en regardant dans les yeux votre interlocuteur.

– Évitez les lourdeurs et autres phrases grotesques de la culture populaire censées vous élever au rang de super-orateur (« je vous serais bien aise…. »).

– Les exposés, débats, et compte-rendu d’observateurs sont retransmis en live et en libre accès dans les classes au-dessus des salles de concours. Pourquoi pas aller y faire un tour quand il sera possible et voir comment se passe un vrai triptyque. Vous pouvez aussi regarder comment votre observateur évalue votre prestation.

– La fin du débat est aussi l’occasion pour les deux de faire une brève conclusion. Si vous en avez l’occasion, soyez synthétique et ne résumez pas votre point de vue. Si l’autre s’en charge, ne lui laissez pas le dernier mot et apportez votre petite précision ou concluez par un optimiste « Je suis d’accord » pour laisser une bonne impression.

– Évitez l’argumentation “ad hominem” qui ne se baserait que sur votre propre expérience du type “Moi perso j’aime pas le McDo donc il faut interdire les fast-food”. Argumentations ET références.

 

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris Ancien préparationnaire au Lycée Saint-Vincent de la Providence à Rennes.