Interview de Sébastien Chantelot, Directeur Général de l’ESC Pau Interview de Sébastien Chantelot, Directeur Général de l’ESC Pau
Raillée par certaines pages Facebook à l’humour douteux, l’ESC Pau pâtit d’une réputation délétère et a priori injustifiée. Pour nous en convaincre, nous sommes... Interview de Sébastien Chantelot, Directeur Général de l’ESC Pau

Raillée par certaines pages Facebook à l’humour douteux, l’ESC Pau pâtit d’une réputation délétère et a priori injustifiée. Pour nous en convaincre, nous sommes allés à la rencontre de Sébastien Chantelot, le jeune directeur de l’école paloise. Alternance, pédagogie centrée sur l’expérience étudiante, implantation au cœur du territoire, accompagnement individualisé de ses étudiants… Elle n’a pas l’air si mal que ça, cette école !

 

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs quelle est l’identité de l’ESC Pau ?

L’ESC Pau, c’est la « petite Grande Ecole » du Sud-Ouest de la France. Une école qui se veut de taille et de dimension humaine. Un petit mot sur la taille d’abord : nous ouvrons chaque année une centaine de places seulement aux préparationnaires. A la logique de la taille critique, nous privilégions donc celle de l’innovation permanente et de l’agilité : si l’enseignement fondamental reste inchangé année après année, nous nous attachons en revanche à renouveler constamment notre offre expérientielle. Pour ne donner qu’un seul exemple, nous avons cette année délocalisé notre business game annuel à Biarritz afin de motiver encore davantage les étudiants et leur permettre d’apprendre dans des conditions optimales.

L’expérientiel justement, qui va de pair avec la dimension humaine que je viens d’évoquer, est l’autre élément fondamental de l’ADN de l’école.

 

En quoi cette dimension expérientielle est une valeur ajoutée pour les étudiants ?

L’ESC Pau développe depuis sa création une pédagogie extrêmement atypique, aux antipodes des méthodes d’enseignement de la majorité des autres écoles de commerce. Elle consiste à confronter immédiatement les étudiants à des cas pratiques, des mises en situation connectés aux problématiques de l’économie réelle, avant de les traiter de manière théorique en cours. Dans un cadre expérientiel, nous invitons nos étudiants à se poser des questions avant de prendre le relais sous forme de coaching, où nous tirons ensemble les enseignements qu’il convient. En ce sens, nous nous positionnons en designer de contextes d’apprentissage, et créons du sens concret qui soutient l’approche académique. C’est une manière de faire audacieuse dans un pays, la France, dans lequel l’erreur est dramatisée. Ici, les élèves essayent, testent, se trompent parfois mais ces petits échecs sont formateurs : ils sont débriefés en cours a posteriori et permettent une assimilation plus rapide et pérenne des notions abordées.

Plus généralement, le dénominateur commun de l’expérientiel à Pau, c’est l’entreprise. Nos étudiants bénéficient dès la première année d’un contact quotidien avec le monde professionnel au gré des visites d’entreprises, des interventions de professionnels sur le campus… que nous organisons très régulièrement. D’ailleurs, nous allons pousser au maximum de son intensité cette approche en permettant à l’étudiant d’être tour à tour intrapreneur, entrepreneur ou consultant pendant son parcours à l’Ecole, dans le cadre de business units qu’il aura au préalable créées. L’innovation n’est ni une science, ni un art, mais une pratique : pour la comprendre, il faut la vivre. Nos étudiants sont immédiatement inscrits dans une posture de développeur innovant qui connaît les problématiques et les enjeux actuels, sait identifier des besoins, produire des idées et résoudre des problèmes complexes.

 

Comment s’explique cette volonté de mettre les étudiants « dans le bain » de l’entreprise aussi rapidement au cours de leur cursus ?

C’est une autre composante de l’identité de l’ESC Pau qui explique ce positionnement, et cette composante se nomme l’alternance. Nous avons été la première école, avec l’ESSEC, à proposer l’apprentissage à nos étudiants. Depuis 1994, nous avons acquis une grande légitimité auprès de nos 825 entreprises partenaires (Total, Safran, IBM, Quicksilver…) en France. Nous sommes par ailleurs l’une des rares écoles de commerce à négocier directement nos contrats d’apprentissage avec les employeurs : plus de 200 chaque année !

Cela signifie que pour conserver cette légitimité, nous devons armer rapidement nos étudiants, de sorte qu’ils soient immédiatement opérationnels pour les entreprises qui les emploient. Au-delà des compétences techniques, nous attachons donc beaucoup d’importance à façonner le savoir être de nos étudiants pour répondre aux exigences du monde professionnel et leur garantir une adaptation rapide dans l’entreprise. Cela n’est possible que par une grande connaissance de nos étudiants, donc un coaching individualisé que ce soit dans les cours ou en dehors.

 

Pourquoi ce parcours, pourtant exigeant, est si prisé par vos étudiants ?

L’alternance demande effectivement une implication importante à nos étudiants, mais ceux-ci sont récompensés de leurs efforts à plus d’un titre : dès la signature de leur contrat, leur frais de scolarité sont entièrement pris en charge par l’entreprise, et leur salaire mensuel atteint en moyenne 1100 euros net. Ils deviennent par ailleurs de véritables acteurs de leur entreprise : pendant deux années, ils travaillent sept semaines sur neuf et étudient les deux semaines restantes. C’est donc un parcours très rentable financièrement et qui permet d’acquérir une solide expérience professionnelle.

 

Le choc n’est-il pas trop brutal pour les ex-étudiants en prépa qui connaissent peu le monde de l’entreprise ?

Il est vrai que les étudiants sont parfois un peu désemparés, on le voit bien lors des oraux : les prépas ont souvent toutes les peines du monde à définir leur projet pro en entretien et c’est bien normal : ils n’ont jamais vécu en entreprise ni même étudié les domaines de la gestion ! Elaborer dans ce cadre un projet professionnel précis relève plus de la science-fiction qu’autre chose… Néanmoins, c’est dans le caractère de l’école que de bousculer un peu ses étudiants ; après tout, il faut toujours sortir de sa zone de confort pour être un bon manager ! C’est pour cette raison que nous mettons un point d’orgue à accompagner nos étudiants tout au long de leur cursus.

 

Comment se concrétise l’accompagnement des étudiants à l’ESC Pau ?

L’accompagnement tel que nous le concevons est individualisé. Nous sommes en mesure de répondre au mieux aux besoins de chacun des étudiants qui passent par l’école. Dès la première année, chaque étudiant bénéficie d’un tuteur qui l’aiguille dans ses choix. Ce tuteur peut être amené à laisser sa place à un de ses homologues si le projet professionnel de son étudiant nécessite une autre expertise que la sienne. En seconde année, les étudiants mènent à bien des projets en fonction de leurs intérêts personnels (finance, marketing, entrepreneuriat…), toujours coachés par deux professeurs de l’école. Nous parlions tout à l’heure de l’apprentissage : l’école se déplace chez l’entreprise partenaire pour faire le point trois fois avec l’apprenti. Encore une fois, l’expérientiel et le coaching sur lesquels nous faisons reposer notre modèle pédagogique nous permet d’être très proches des étudiants dans des contextes d’apprentissage en immersion où nous favorisons leur dimension entrepreneuriale.

 

Si l’ESC Pau est gratuite pendant deux ans pour les apprentis, elle est de toute manière parmi les moins chères de France : 26 400 euros pour trois ans, soit près de 10 000 euros de moins que la moyenne des écoles post-prépas !

La question des droits de scolarité est sensible dans l’environnement des écoles de commerce en France. Nous faisons partie du peu d’écoles qui ont vu leurs droits augmenter de manière raisonnée. Cela est dû au modèle intrinsèque de l’école : nous touchons chaque année 35% de notre budget via la taxe d’apprentissage. Cet effort porté sur l’alternance profite donc à l’ensemble de nos étudiants. Le but, c’est aussi que nos étudiants ne se retrouvent pas avec un prêt colossal à rembourser à l’issue de sa scolarité : il faut impérativement s’interroger sur le retour sur investissement obtenu après une grande école de commerce. Les nombre d’années passées à rembourser le coût de scolarité augmente dramatiquement dans les pays anglo-saxons… il ne faudrait pas que les écoles de commerce françaises s’inscrivent dans cette dynamique vicieuse. Nous avons une fois de plus à Pau pris le problème à l’envers : nos étudiants apprentis, à l’issue de leurs études, ont gagné trois fois le montant qu’ils ont investi, en plus de leur diplôme de master et de deux années d’expérience professionnelle. En termes de ROI, nous sommes en haut du classement, surtout à la vue des carrières que réalisent nos diplômés une fois sortis de l’Ecole.

 

Pour garantir cette expérience éducative, votre corps professoral peut apparaître atypique  dans l’univers des grandes écoles de commerce ?

Notre corps professoral est constitué de professeurs-docteurs qui ont non seulement un goût pour la recherche, un vécu professionnel dans l’entreprise, mais également la volonté de proposer des cours où domineront la mise en situation, la contextualisation, l’expérience étudiante. Ils portent en eux l’ADN de l’Ecole : être proches des étudiants, les connaître, les accompagner tout au long de leur parcours en leur proposant non pas un chemin de réussite, mais des chemins de réussite. Notre culture éducative consiste à considérer l’enseignement comme un sport de contact, une expérience sociale, humaine, où l’apprenant est au centre de cette expérience.

Ainsi, nous n’avons pas vocation à accueillir pléthore de chercheurs qui planchent davantage sur des problématiques d’éco-gestion souvent déconnectées des réalités de l’entreprise que sur l’expérience permanente que nous proposons à nos étudiants. Même si la recherche est primordiale pour obtenir certaines accréditations, nous nous concentrons à produire une recherche qui a du sens pour notre culture éducative et nos parties prenantes. Il ne s’agit pas de dénigrer ces accréditations, qui sont gages d’excellence, mais le cœur de notre réacteur, c’est former des étudiants agiles qui sauront s’adapter à un monde professionnel en constante évolution, afin qu’ils s’engagent dans l’avenir qu’ils souhaitent. C’est pourquoi nous ne faisons pas la course aux accréditations et que nous préférons concentrer nos efforts sur AACSB, une accréditation internationale qui sera en mesure de certifier notre excellence académique sans dénaturer notre modèle et notre volonté de rapprocher étudiants et entreprises.

 

Un dernier mot pour les admis qui hésitent encore ?

Nous parlions tout à l’heure de nos liens avec les entreprises et le territoire… eh bien, quel territoire ! La ville de Pau jouit d’un climat délicieux toute l’année, et d’un emplacement de choix : une heure de la mer, une heure de la montagne, une heure de l’Espagne ! C’est aussi une ville de sport, avec des installations de canoë-kayak de niveau mondial, des équipes de rugby et de basket de premier ordre…  Vous ne risquez pas d’être déçus pour ce qui est du cadre de vie, comme vous l’avez probablement compris lors de votre passage lors des oraux ! C’est à partir de cet environnement exceptionnel que s’inscrit l’expérience que vous allez vivre : une expérience où vous serez l’acteur principal de votre parcours, au cœur d’une Ecole orientée pour la concrétisation de vos projets où votre identité et votre singularité pourront pleinement s’exprimer.

Dimitri Des Cognets

22 ans, étudiant à NEOMA Reims, ancien étudiant au lycée La Bruyère (Versailles) et co-fondateur de Up2school (www.major-prepa.com, www.business-cool.com et www.up2school.com)

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