Qui souhaite réellement voir la Corée du Nord disparaître? Qui souhaite réellement voir la Corée du Nord disparaître?
        Dans un contexte particulièrement tendu après un nouveau tir de missile nord-coréen qui a survolé le Japon le 28 août... Qui souhaite réellement voir la Corée du Nord disparaître?

        Dans un contexte particulièrement tendu après un nouveau tir de missile nord-coréen qui a survolé le Japon le 28 août et un sixième essai nucléaire le 4 septembre, les Etats-Unis ont déclaré que face aux « actions menaçantes » de la Corée du Nord, « toutes les options sont sur la table » tandis que la Russie s’est dit « extrêmement préoccupée ». Tout porte à croire que la Corée du Nord s’est à présent donnée les moyens de ses ambitions et constitue une menace pour l’ensemble de la communauté internationale. Il apparaît toutefois paradoxal qu’un pays 81 fois plus petit que les Etats Unis et qui dispose de peu de ressources économiques puisse faire fi des pressions économiques et politiques exercées sur lui par de grandes puissances et continue d’être une menace nucléaire. Qui a intérêt à ce que le régime nord-coréen prospère ?

 

 Certes, la chute du régime est une priorité sécuritaire et diplomatique

Si la Corée du Nord a encore des difficultés à mettre au point des missiles longue portée (le missile tiré le 28 août a parcouru une distance de 2700 kilomètres et le Pentagone a affirmé qu’il ne présentait aucun danger pour les Etats-Unis et l’île de Guam), la menace nucléaire régionale qu’elle exerce est aujourd’hui réelle. Par conséquent, ses voisins y voient une menace sécuritaire directe et veulent à tout prix apaiser les tensions. Pour le Japon, c’est la troisième fois qu’un engin nord-coréen survole les îles principales de l’archipel (2012, 2016 et 2017). Du côté sud-coréen, la priorité est donnée à l’intensification de l’intégration économique de la Corée du Nord depuis l’élection du nouveau président Moon Jae-in en mai 2017. Ce dernier déclarait même en janvier 2017: « Lorsqu’adviendra une réunification pacifique, la première chose que je veux faire est d’emmener ma mère de 90 ans dans sa ville natale ». Pour les Etats-Unis, enfin, la réunification nord-coréenne serait synonyme d’une victoire diplomatique régionale et de la fin d’une menace nucléaire qui s’est intensifiée suite aux échanges verbaux musclés entre Donald Trump et Kim Jong-Un.

 

Toutefois, la survie de la Corée du Nord présente un intérêt géopolitique certain pour la Chine, voire même pour les Etats Unis

          En dépit de la pression exercée par l’ONU et les Etats-Unis sur la Chine pour qu’elle se montre plus ferme à l’égard son voisin nord-coréen, celle-ci reste son principal allié et partenaire commercial. Face au nouveau tir de missile du 28 août, la porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois Hua Chunying a déclaré que « les pressions et les sanctions ne peuvent fondamentalement résoudre le problème ». Cet attentisme de Pékin révèle sa volonté d’éviter la chute du régime nord-coréen. En effet, la Chine craint que cela entraîne une vague migratoire massive de Nord-Coréens alors que celle ci est déjà confrontée à de nombreux problèmes frontaliers (présence de minorités Ouigours du Nord, tensions anciennes ou récentes avec le Népal et l’Inde..). À plus long terme, l’émergence d’une seule Corée pourrait également la concurrencer économiquement. Sur le plan géopolitique, enfin, l’effondrement du régime nord-coréen serait pour la Chine le synonyme d’une Corée réunifiée et alliée aux Etats-Unis. La Chine veut donc à tout prix éviter que les 28 000 soldats américains aujourd’hui présents en Corée du Sud ne se retrouvent à ses portes, ce qui renforcerait son sentiment d’encerclement.

Du côté américain, les ambitions géopolitiques de Washington sont devenues beaucoup plus floues avec l’arrivée de Donald Trump. Sous la présidence d’Obama, un « pivot asiatique » s’était mis en place. Il visait à redéployer les forces aéronavales américaines du Moyen Orient vers l’Asie. Si la Corée du Nord constitue une menace réelle pour les Etats Unis, l’agressivité de Pyongyang est également un alibi justifiant la présence de soldats américains en Corée du Sud. Depuis 1963, date à laquelle une alliance militaire entre les deux pays a été signée, 28000 soldats des forces armées des Etats Unis sont stationnés en Corée du Sud (les plus grosses bases militaires sont celles de Yongsan près de Séoul, de Gunsan et de Osan) et des exercices bilatéraux se tiennent régulièrement afin de faire face à une éventuelle invasion nord-coréenne. L’idée que les Etats-Unis instrumentalisent le conflit nord-coréen à des fins militaires stratégiques est toutefois à nuancer au regard du nouveau tir nord-coréen de septembre. Si Donald Trump a laissé entendre que l’usage de la force n’était pas exclu, il devra cependant peser ses mots face à un régime nord-coréen lui aussi prêt à affirmer sa puissance militaire et nucléaire.

 

La fin du régime nord-coréen signifie-t-il pour autant une réunification coréenne ?

Le nouveau président coréen Moon Jae-in semble être partisan d’une coopération économique approfondie et s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur Mme Park, qui proposait en mars 2014 à Dresde une « initiative pour la réunification pacifique de la péninsule ». Le choix du lieu n’avait rien d’anodin : le parallèle avec la réunification allemande est souvent établi pour avancer la thèse d’une possible réunification coréenne. Au premier abord, les deux situations semblent similaires : la Corée du Nord, tout comme la RDA des années 1970-1980, est bien plus pauvre que son voisin et repliée sur elle-même politiquement. Toutefois, à en juger de plus près, la comparaison semble bancale et la perspective d’une réunification coréenne s’amincit. Malgré une culture commune, les deux Corées se sont affrontées militairement et les divergences économiques sont patentes : le rapport de richesse est de 1 à 60 entre les deux Etats tandis qu’il n’était que de 1 à 4 entre la RFA et la RDA . La nouvelle génération sud-coréenne qui peine déjà à s’émanciper dans une société en crise apparaît donc peu enthousiaste à l’idée de payer pour accueillir un voisin ruiné par des décennies d’isolement économique…

Lola Charbit

20 ans, étudiante à HEC et ancienne élève en classe préparatoire ECS à Stanislas.

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